histoiredelafrique


Aller au contenu

Menu principal:


Royaume Tutsis et colonisations

Rwanda

ROYAUME TUTSIS ET COLONISATIONS

C’est au XIVème siècle que le Mwami (Roy) Ruganzu Bwimasa fonde la dynastie rwandaise Nyinginya (ethnie Tutsi qui serait venue dit-on d’Ethiopie) et impose une loi salique de type occidental qui régira la famille royale jusqu’à la chute de la monarchie en 1960. Seule une exception confirmera cette règle avec le règne de Ndaniro II (1660 à 1624) qui ne serait pas dit-on le fils de Yuhi II- Gahina II (1576 à 1600, arrière petit fils du fondateur ?).

Une guerre civile s’en suivra et s’achèvera avec la mort de Ndaniro II, la proclamation sur le trône de son demi-frère Bawana, sa destitution en 1634 et le couronnement de son neveu et héritier légitime Ruganzu II . Son frère Mutara I lui succèdera jusqu’en 1648 achevant l’établissement de la dynastie et la main mise sur la Région des Grands Lacs. Les différents royaumes Hutus avoisinants avaient été détruits ou absorbés par l’épée ou le meurtre. Pourtant, les Tutsis qui s’étaient installés dans cette région avait plutôt adopté la culture des Hutus avant d’en faire complètement sienne. Le Mwami est supposé dans sa logique divine être le propriétaire du sol, du bétail, des récoltes et de ses sujets. Cependant son pouvoir restait néanmoins limité par la collectivité aristocratique qui restait le pendant du pouvoir pyramidal royal.

En 1830, Yuhi III décède après 33 ans de règne absolu. La conquête de l’Afrique par l’Europe a dès lors débuté de part et d’autres du continent. Mutara II Rwugera lui succède. Puis en 1853, c’est Kigéri IV qui est à son tour intronisé. Curieusement, le nouveau souverain décédera dans d’étranges circonstances alors que l’Allemagne a pénétré en force dans son royaume et contraint le souverain à accepter un protectorat. Non sans se mêler des affaires dynastiques de la famille royale. Quoiqu’il en soit, la mort (1895) de Kigéri IV profite au nouveau protecteur. Sans consulter le Conseil Royal, les Allemands (qui s’installeront définitivement dans le pays en 1898 avec l’accord du Mwami) nomment manu militari sur le trône, Mibambwe IV avant de favoriser l’élection de son fils Yuhi IV Musinga en 1896. Trois souverains en un an puis l’occupation Belge (1916) va réveiller le nationalisme Tutsi. Si la famille royale a accepté de se soumettre définitivement aux Prussiens en 1905, il n’est pas question pour autant que les Belges fassent la pluie et le beau temps autour des Grands Lacs (A la fin de 1914, les Allemands occupaient également le Kivu, le Lac Tanganyika et le Nord- Ouest de l’actuelle Zambie). Certains aristocrates contestent la légitimité du souverain et lui opposent sa mère la Princesse Kanjogera, épouse du Roy Mutara II. Elle sera finalement adjointe au nouveau souverain. Musinga ne l’admet pas et découvre que l’on tente de restaurer son père à son insu. On tente même de l’assassiner. Il réagira avec toute la violence d’un souverain africain. Son oncle, sa mère, ses deux épouses et ses frères compromis seront tous exécutés. La Belgique qui n’est pas intervenue et qui administre le Rwanda depuis la défaite en 1918 des Allemands lors du premier conflit mondial ont peu apprécié cette façon de régler les problèmes dynastiques du pays. Et pour contraindre le souverain à se soumettre, les Belges vont ni plus ni moins que pointer leurs canons sur sa case. Musinga qui déteste cordialement ces européens sera forcer de se rendre de mauvaise grâce. Craignant que l’anarchie ne s’installe dans le royaume, les Belges décident tout de même de maintenir Musinga dans ses prérogatives, lui construisent un vrai palais et fait assez exceptionnel le décorent. Seul son droit divin de vie ou de mort sur son peuple lui est retiré.




Le 24 Octobre 1922, les Belges décident de réunir sous une seule administration le Rwanda et l’Urundi et s’entendent pour favoriser les deux monarchies Tutsis au détriment des Hutus.

Mibambwe IV qui avait tenté de s’opposer à sa destitution s’était rebellé mais assiégé, il avait fini par se suicider avec ses trois autres fils (En Mai 1922. Le Premier Résident Belge (depuis 1919) Pierre Ryckmans fera exécuter 6 des 22 rebelles capturés). Musinga, à qui on vient de retirer désormais son droit de propriété inaliénable et d’arbitre régalien, reprend finalement le flambeau de la révolte contre ses nouveaux protecteurs. Rejetant le catholicisme, prônant la polygamie, le souverain Tutsi s’attire les foudres de l’Eglise Belge. Agacés, les Belges le dépose finalement le 12 Novembre 1931. Monseigneur Classe qui régente la vie ecclésiastique de la colonie et le Vice- Gouverneur (depuis le 20 Octobre 1924, le royaume a été englobé à l’Urundi voisin et quelques mois plus tard annexé au Congo belge) décident de mettre fin à cette monarchie et de la remplacer par une administration interne. Le projet est vite abandonné. On réunit un parlement acquis aux belges et qui désigne le fils de Musinga, Charles Rudahigwa Mutara III (né 1912) comme nouveau souverain. D’un point de vue juridique, c’est un véritable coup d’état que les Belges viennent d’opérer.

Mutara III ne s’accommodera pas vraiment non plus de cette situation et tente de se soustraire à cette tutelle de l’église catholique Belge. Cette dernière a pris de plus en plus de place au sein de la vie des Rwandais et a converti tutsis comme Hutus (commencée en 1911, la population se montrera peu empressée de se convertir). D’ailleurs Mutara est le premier Mwami à accéder au pouvoir comme catholique. Le jour de son couronnement, il remerciera «  le Christ –Roi qui a donné au Rwanda la lumière divine de l’administration coloniale Belge .. ». Mais la religion donne aussi des illuminés dans sa foi. En 1927 un Hutu ,sorcier de son état, se fait reconnaître ni plus ni moins que comme le nouveau Messie, promet l’égalité pour tous et soulève pas moins de 2000 Hutus. On frise la guerre civile dès lors que les rebelles s’attaquent aux Tutsis. Il faudra presque un mois à l’autorité belge et quelques mitrailleuses pour mater cette insurrection messianique.

Le protectorat en cette première moitié de vingtième siècle est dominé par deux ethnies majoritaires et une ethnie minoritaire, les Twas ou plus communément appelés pygmées. Les Tutsis (ethnie royale dominante) sont plus que minoritaires tandis que les Hutus plus spécialisés dans l’agriculture et l’élevage sont majoritaires. Bien avant que les colons accentuent cette différence, les Hutus étaient considérés comme des africains de seconde classe par la monarchie Tutsie. Bien que partageant la même langue, ils n’étaient pas autorisés de se marier entre membres d’ethnies concurrentes. On avait pourtant oublié ou feint de l’ignorer que c’était ces mêmes Hutus qui avaient baptisés cette partie des Grands Lacs, le Rwanda (qui a vocation de s’élargir)







Les Allemands remplis de tout l’orgueil impérial prussien n’avaient fait peu de cas de ces différences. Pour eux, il n’y’avait que des peuples colonisés et un seul Empire, celui du Reich allemand. Les Belges avaient une conception raciale radicalement opposée. Il devait y avoir un je- ne- sais- quoi de sémite chez les Tutsis. Donc l’équation était fort simple. Ces africains très grands de nature devaient être affiliés à une quelconque branche européenne et les Hutus plus petits, une ethnie soumise. Tout naturellement, les colons et l’église Belge soutinrent la monarchie Tutsie. L’Eglise véritable pouvoir autoritaire au sein de la colonie décida que l’appartenance ethnique serait obligatoirement mentionnée dans le livret d’identité car selon elle les droits allaient de paire avec l’ethnie. Monseigneur Classe, éminent représentant de l’autorité ecclésiastique belge que l’on connaît, décréta que « seul le Tutsi qui de par ses qualités supérieures et son sens de commandement, était bien indiqué pour gouverner sans partage le Rwanda ». On détermina également par leur naissance ethnique ce que serait le futur de tel et tel hutu ou tutsi. La classe dominante succéderait à leurs pères tandis que les Hutus devraient uniquement jouir des métiers d’artisanats. Même le séminaire était interdit aux Hutus qui devaient se contenter du seul catéchuménat.
Cette différence ethnique tant sur le plan politique que sur la plan économique existait déjà bien avant l’arrivée européens. Sans pour autant l’accepter, les ethnies composantes du Rwanda se satisfaisaient de l’ordre établi par principe de la loi du plus fort. La colonisation n’inventa donc en rien de cette ségrégation sans nom mais l’accentua fortement en institua lisant une discrimination raciale dans le but avoué de l’exploitation du sol rwandais.
La Seconde Guerre Mondiale qui éclata en 1939, fut pour le royaume une source de conflit de plus. La réquisition des forces vives de la nation ne plaisait pas au souverain Mutara III. La fin du conflit (1945), les mouvements d’émancipation qui se créaient de part et d’autres du continent noir éveillait l’attention du souverain et en particulier, les douces sirènes que lui claironnait l’Union Soviétique. Les missionnaires belges craignaient à juste titre que le souverain tente de se débarrasser de des colons en appelant officiellement les communistes à l’aide. En 1955, Jean Paul Harroy est nommé Gouverneur des Colonies belges d’Afrique. Ce Libéral convaincu succède au Gouverneur Claeys et s’accommode vite des conseils de Monseigneur Perraudin, successeur de Monseigneur Classe.

A l’aube de l’année 1959, la situation ethnique et politique de la province du Ruanda se décompose ainsi. 84% des Hutus sont contrôlés par 14% de Tutsis. La totalité des 43 chefs tribaux élus sont Tutsis et à peine 10 des 559 sous chefs sont Hutus. Pour éviter tous conflits ethniques, le Gouverneur impose une équité ethnique au sein de la Force Publique Congolaise et leur impose à tous de parler le Lingala. Cependant, il refuse que l’on arme les Tutsis car il les considère comme des perpétuels révoltés et craint que ceux-ci se servent de l’armement belge contre les Hutus voir contre les colons eux-mêmes. Enfin, 7 officiers Belges chapeauteront 3 compagnies de 250 soldats africains.

ACCUEIL | VU SUR LE NET | Ouganda | Côte d'Ivoire | Ethiopie | Rwanda | Burundi | Madagascar | Ghana | Bénin | Angola | Tanzanie (Zanzibar) | Centrafrique | Afrique du Sud | Lesotho | Lybie | Swaziland | Egypte | Tunisie | Plan du site


Ce site ne soutient aucun mouvement politique quelque soit sa nature et n'a qu'un but historique, merci de votre compréhension | draken291@hotmail.fr

Retourner au contenu | Retourner au menu