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Révolution de 1959

Rwanda

A) La mort du Roi Mutara III, règne de Kigeri V

Le Vendredi 24 Juillet 1959, le Roi Mutara III descend dans un hôtel Paguidas d'Usumbura après avoir reçu un télégramme d'invitation (on ne sera jamais de qui car Harroy était en vacances en Belgique et son adjoint en tournée dans le sud). Un rapide apéritif le lendemain, il insiste pour avoir une piqure de pénicilline auprès de son médecin belge (flamand). Alors qu'il converse avec celui-ci, il meurt brutalement. Aussitôt sa mort connue, les rumeurs se propagent dans tout le pays. On dit même que son barbier lui a tranché la gorge ne le rasant… . Rien ne le permet de l'assurer, mais beaucoup de Tutsis sont persuadés que leur souverain a été assassiné ou empoisonné sur ordre des colons et certains aristocrates Tutsis traditionalistes qui reprochaient au souverain la suppression de l'Ubuhake (1954), ce code qui régissait la vie des deux ethnies .Le lendemain, Radio Congo Belge annonce la réalité de la situation. Mort sans postérité masculine, la succession va être difficile. Le Général Janssens avertit son gouvernement que la situation politique du Ruanda se dégrade considérablement. Arrivé au lendemain de la mort de Mutara III, il avait été chargé d'annoncer le décès tragique du souverain à la colonie.

Harroy revient immédiatement dans le pays, réunit l'administration coloniale, le conseil de la Cour de Nyanza et les leaders Hutus. La Belgique pense à instaurer une régence en vertu de l'article 16 du décret de 1952.mais les dissensions entre Hutus et Tutsis ne lui permettront pas d'aller au-delà de cette simple idée. Après qu'une liste de possibles candidats au trône fut examinée, ce fut le Prince Ndahindurwa qui fut choisi dans la nuit du 27 au 28 Juillet. Loin des intrigues de palais, il semblait faire l'unanimité parmi la Cour de Nyanza. Les Hutus avaient quant à eux soumis une proposition de République à Harroy qui l'avait rejetée. L'administration coloniale validait ce qui ressemblait à un coup d'état monarchiste conservateur.

L'émoi provoqué par ce qui est considéré comme un meurtre par les Tutsis est énorme au Ruanda. La garde royale constitué de Twas entend se venger en assassinant le gouverneur Harroy lors de son allocution pour l'enterrement du Mwami, le 28 Juillet. Le jour de l'enterrement, les officiers Belges s'aperçoivent que la garde royale discrètement pointe ses flèches sur le Gouverneur. La tension est à son comble devant le palais royal. Les Forces de sécurité se déploient autour du Gouverneur lorsqu'un Tutsi s'avance et amène devant le Gouverneur, le demi- frère de Mutara III, Jean-Baptiste Ndahindurwa. L'administration coloniale reconnaît immédiatement Prince sous le nom de Kigeri V. la situation se décrispe mais encore une fois, les gardiens du Conseil Royal (les Biru) n'ont pas consultés. A peine nommé et avoir prêté serment le 9 Octobre, Kigeri expulse les conseillers soviétiques fraîchement arrivés dans la colonie et qui gravitaient autour de Mutara III.



Pour les Belges, il s'agissait d'éviter au pays de sombrer dans la guerre civile et d'avoir à leurs côtés un souverain plus malléable. Pourtant dans le pays, on continue de crier au coup d'état institutionnel. Bien qu'épargnés dans l'ensemble, les européens vont faire l'objet entre le 25 et le 28 juillet d'une série d'attentats : Le dimanche, le commissaire de police Van Dousselaere, en service à Nyanza, reçoit une pierre dans le dos. Le lundi, un agent territorial se rendant de Gitarama à Nyanza, est bloqué par un arbre intentionnellement abattu sur la route ; il est pris à partie par un groupe d autochtones armés, et il est légèrement blessé d'un coup de machette. Le même jour, sur la même route, Mlle Laps, assistante sociale à Astrida, revenant d'une excursion en compagnie de monitrices ruandaises, est assaillie également, et des vitres de la voiture sont brisées. Le mardi, la camionnette de l'hebdomadaire " Kinyamateka ", dans laquelle se trouve notamment un frère de la mission de Kabgaye ), est lapidée à onze kilomètres de Nyanza. Le même jour, pendant l'enterrement, un Territorial qui tente de faire respecter l'ordre, est malmené par la foule. A la même heure, entre Nyanza et Astrida, un groupe de Batwa a abattu un arbre et s'en prend aux usagers de la route. Encore le même jour, mais après la cérémonie de l'administrateur de Kibuye, Mr. Nys, rentrant chez lui, tombe dans une embuscade, avec évidentes intentions homicides, tendue par une trentaine de Batwa. Il est sauvé par un détachement de gendarmerie en patrouille. Dans une autre perspective, suite à de faux bruits répandus par des ennemis des Missions, on arrache des chapelets et des médailles, et on les piétine sans vergogne (source : Eurafrica, 1959)


B) Anarchie politique

Kigeri hérite d'une situation politique tendue. D'un côté, il y'a les belges qui régentent la monarchie, d'un autre son aristocratie divisée qui critique cette tutelle et enfin l'ethnie Hutu représentée par son leader, Grégoire Kayibanda (né en1924) qui réclame plus de droits. En effet, elle réclame leur participation au gouvernement et ni plus ni moins que l'abolition des privilèges de l'aristocratie Tutsi (manifeste BaHutu de 1957). La démocratisation du régime, voulue par les colons ont permis la création de partis tel que le Parmehutu (Parti du Mouvement de l'Emancipation Hutu) de Kayibanda, l'Association pour la PROmotion sociale de MAsse de Juvénal Habyarimana (APROMA- Hutu), l'Union Nationale Rwandaise (UNAR- Tutsi ) ou le Rassemblement Démocratique Rwandais ( RADER- Tutsi, crée par les Belges ). Les Tutsis rejettent en bloc les doléances des Hutus. Il n'est pas question de partager une once de pouvoir. La lettre du 18 Mai 1958 en réponse au manifeste des Bahutu est éloquent : " …comment les Bahutu réclament maintenant leurs droits au partage du patrimoine commun. Ceux qui réclament le partage du patrimoine commun sont ceux qui ont entre eux des liens de fraternité. Or les relations entre nous (Batutsi) et eux (Bahutu) ont été de tous temps basées sur le servage ; il n'y a donc entre eux et nous aucun fondement de fraternité. En effet quelles relations existent entre Batutsi, Bahutu et Batwa ? Les Bahutu prétendent que Batutsi, Bahutu et Batwa sont fils de Kanyarwanda, leur père commun. Peuvent-ils dire avec qui Kanyarwanda les a engendrés, quel est le nom de leur mère et de quelle famille elle est ? Les Bahutu prétendent que Kanyarwanda est père des Batutsi, Bahutu et Batwa ; ors nous savons que Kigwa est de loin antérieur à Kanywarwanda et que conséquemment Kanyarwanda est de loin postérieur à l'existence des trois races Bahutu, Batutsi et Batwa, qu? il a trouvées bien constituées. Comment dès lors Kanyarwanda peut-il être père de ceux qu? il a trouvés existants ? Est-il possible (de donner naissance- enfanter dans le texte) avant d'exister ? Les Bahutu ont prétendu que Kanyarwanda est notre père commun, le " Ralliant " de toutes les familles Batutsi, Bahutu et Batwa : or Kanyarwanda est fils de Gihanga, de Kazi, de Merano, de Randa, de Kobo, de Gisa, de Kijuru, de Kimanuka, de Kigwa .Ce Kigwa a trouvé les Bahutu dans le Rwanda. Constatez donc, s'il vous plaît, de quelle façon nous, Batutsi, pouvons être frères des Bahutu au sein de Kanyarwanda, notre grand père. L'histoire dit que Ruganzu a tué beaucoup de " Bahinza "(roitelets). Lui et les autres de nos rois ont tué les Bahinza et ont ainsi conquis les pays des Bahutu dont ces Bahinza étaient rois. On en trouve tout le détail dans l' " Inganji Kalinga ".Puisque donc nos rois ont conquis le pays des Bahutu en tuant leurs roitelets et ont ainsi asservi les Bahutu, comment maintenant ceux-ci peuvent-ils prétendre être nos frères ? "

Dans une lettre adressée aux prêtres de l'Archevêché (24 Septembre), Monseigneur Perraudin et Bigirumwami dénoncent publiquement le caractère ultranationaliste de l'UNAR. Le limogeage de chefs pro UNAR par la Force Publique provoqua des émeutes qui firent 3 blessés et 1 mort. Perraudin avait même été jusqu'à affirmer que le programme politique de l'UNAR était islamiste et pro- communiste. Le 11 Octobre, il renouvelle une lettre pastorale, cette fois ci contre l'APROMOSA.

C) Les émeutes de Novembre 1959

Les tensions raciales s'exacerbent. C'est le soulèvement entre le 1 et le 15 Novembre 1959 (Toussaint noire). Prenant prétexte de l'agression du sous- chef de Ndiza, Dominique Mbonyumutwa, des membres de l'ethnie tutsie sont massacrés ; les Belges interviendront peu, tétanisés par ce massacre de masse qui fait des dizaines de milliers de morts. Mais c'est l'attitude de l'Eglise qui reste sujette à caution. Le mouvement de Kayibanda a reçu le soutien du Mouvement Ouvrier Chrétien Belge et de l'Archevêque de Kigali, Monseigneur Perraudin, dont Kayibanda est le secrétaire depuis 1954. Monseigneur Perraudin déclarera : " J'estime que ce n'est pas faire de l'opportunisme que de plaider pour la promotion sociale d'une masse dont la dignité humaine n'était pas suffisamment reconnue ". Désormais le Tutsi n'est plus en odeur de sainteté !


L'Union Nationale du Rwanda (UNAR) dénoncera dans un rapport adressé à l'ONU une tentative de déstabilisation de la monarchie. Ainsi selon les partisans du roi, dans l'après midi du Lundi 2 Novembre 1959, c'est une rumeur qui fait part des éventuelles intentions du Parmehutu d'attaquer le quartier des arabisés de Gitarama qui serait à l'origine des émeutes de Novembre. Effectivement, le quartier des arabisés fit l'objet de manifestants rassemblés. Le lendemain, le Commandant de la Force Publique et l'Administrateur Territorial menacent les manifestants de tirer s'ils ne dispersaient pas (l'agression de Mbonyumutwa met finalement le feu aux poudres). Le 4, c'est le Sous- chef Ruhinguka et son fils, tous deux membres du Conseil de la Sous chefferie Mututsi, qui sont assassinés. L'UNAR écrit également que Mbonyumutwa se proclame chef de la région de Ndiza sans que la force coloniale n'intervienne. Le Jeudi 5 Novembre, le Gouverneur Général Harroy rencontre Kayibanda à Gitarama avant de rejoindre le souverain à Nyanza où l'attend également une délégation de l'UNAR.



L'état d'exception est proclamé durant ces événements et on impose désormais auprès du Mwami, un Résident militaire, le Général Logiest. Le 6 Novembre, Kigeri écrit au Roi des Belges, Baudoin, et lui demande la permission pour rétablir l'ordre lui-même avec ses milices, jugeant les Belges incapables de le faire. Le 7, un couvre feu est instauré et le rassemblement de plus de 5 personnes interdits et el 8, la Force Publique est enfin réquisitionnée sur toute la colonie. Lundi 9 Novembre, 50 personnes sont massacrées à Bufundu, Marangar et à Kibuye. Le Mwami réclame que Logiest intervienne mais ses demandes resteront vaines (rapport de l'UNAR). Le 10 Novembre, Tutsis et Hutus se font faces sur les collines. La Force Publique Congolaise maintient la pression mais pas suffisamment pour empêcher les affrontements. Le Secrétaire et trésorier de l'APROMOSA , Joseph Kanyruka est assassiné. Le 11, le Général Janssens rencontre Kigeri V et lui annonce que la Force Publique Congolaise composera désormais sa garde personnelle avec tous les hommages rendus. Le lendemain, les Parachutistes belges arrivent dans la colonie. On commence à évacuer les enfants et femmes de colons vers l'Europe. Logiest met en résidence surveillée les personnalités Tutsis comme les Européens pro- tutsis.

A l'issue des combats, Logiest rencontre Kayibanda chez Monseigneur Perraudin le 17 Novembre. Un accord sur la parité entre Hutus et Tutsis est conclu au niveau des Chefs désignés avec une légère prédominance pour les Sous- chefs Hutus. Logiest court au Burundi faire son rapport au Roi des Belges alors en visite dans la colonie. Baudouin Ier ne contredira pas les actions de Logiest. D'ailleurs, il sera nommé le 4 décembre Résident Civil au Ruanda avec grade de Commissaire Provincial. Quant à Harroy, il reçoit le titre de Résident Général le jour de Noël.

Dans son rapport, l'UNAR conclut que les colons belges étaient responsables des émeutes de 1959 et les avaient préparées afin de diviser les élites Tutsis et Hutus. Le but aurait été de retarder l'indépendance de la colonie. L'UNAR réclamait donc à l'Organisation des Nations Unies, la création d'une Commission Internationale pour enquêter sur les émeutes et une autre chargée de surveiller les prochaines élections. Le Roi Kigeri V fera une déclaration publique aux rwandais où il rappelle à chacun qu'il est le souverain du pays dénonçant les manipulations des partis qui menace la démocratie du rwanda.

D) Les élections et la fin de la monarchie

La Belgique (en fait l'ONU) impose au Mwami d'organiser des élections afin de sauver son trône et la colonie.

Le 25 Janvier 1960, Kigéri consent de force à l'instauration d'une monarchie réduisant ses pouvoirs et à nommer Kayibanda, Premier Ministre. Mais le 3 Mars, il rejette toutes les propositions de pacification du pays et de réformes de la monarchie que lui soumettront l'UNAR, le RADER, le PARMEHUTU et l'APROMOSA. Furieux, ces 3 derniers partis décident de rompre avec le souverain et se constitue en un front commun. Les tensions s'apaisent mais le 8 Mai lors d'un congrès à Gitarama, le leader Hutu réclame ouvertement l'abolition de la monarchie (que refuse l'ONU mais accepte le principe du référendum) et se transforme en un Mouvement Démocratique Républicain. C'en est trop pour le Roi qui continue de bloquer les institutions.
La veille, le 7 Mai, le parti de l'Union Nationale du Rwanda avait fait propager des rumeurs affirmant que l'Organisation des nations Unies allait restaurer le souverain et annuler les élections. A l'origine, l'UNAR avait été formé en Août 1959 par l'ancien Premier Ministre royaliste François Rubeka (avec l'assentiment de Mutara III) afin que le pays se dote d'une organisation royaliste capable de contrecarrer l'opposition Hutu. Logiest se méfiait de l'UNAR et vice versa d'ailleurs. Il ordonna que l'on fouille les maisons des Tutsis et même le palais royal où quantité d'armes sont découvertes, certaines venant de la Force Publique Congolaise.

Courroucé par les initiatives de Logiest, le Mwami décide de boycotter (et l'UNAR également) la commission de préparation des élections communales à Bruxelles (30 Mai au 7 Juin). Erreur stratégique car l'administration coloniale n'apprécie pas cette fronde. Le Front commun éclate à l'issu des élections.


Les élections communales de du 27 Juin au 30 Juillet 1960 vont donner 74% des voix à Kayibanda (soit 20 sur 229 communes) et un maigre 33% aux royalistes (toutes tendances confondues malgré le boycott de l'UNAR (2%) qui rejette en bloc ces résultats. Le RADER protestera et parlera de fraude (il a obtenu 7%). L'APROMOSA fera le même scrore que le RADER et une alliance de dissidents appelé le Cartel RADER-APROMOSA ne dépassera guère les 6%). Le Mwami crie également que le scrutin a été truqué et se réfugie à la frontière du Congo - Léopoldville (26 Juin) craignant de se faire assassiner tant par les Belges que par Kayibanda qui réclame qu'on lui octroie désormais les pleins pouvoirs. Les Belges tentent de temporiser et d'obtenir le retour du souverain avant finalement de demander l'intervention des Casques Bleus de l'ONU. Le 9 Juillet, déjà au Congo voisin le Premier Ministre Lumumba avait décidé d'écarter les cadres Belges de la Force Territoriale, majoritairement composée de Hutus et assujettis au maintien de l'ordre au Ruanda- Urundi (parmi les nouveaux cadres africains nommés se trouvent un certain Juvénal Habyarimana qui va bientôt s'occuper du protocole du gouvernement provisoire). Logiest et Harroy avait averti Bruxelles des intentions de Lumumba puis demander le 29 Août 1960 le remplacement du Mwami.

Le 2 Septembre, le Comte d'Aspremont- Lynden est le tout nouveau Ministre des Affaires Etrangères Belges. Il ne cache pas son attachement à la politique pro- hutu de la colonie. Le 17 Octobre, il débarque à Kigali vidée de ses instances royales. Il annonce la formation d'une assemblée provisoire et l'organisation d'élections législatives. Enfin à la Radio, le Comte d'Aspremont- Lynden confirme que Kigeri V, volontairement exilé pour la Belgique, restera écarté du pouvoir jusqu'à l'échéance de ces élections. Le 18 Octobre, un Conseil Provisoire du Rwanda est crée mais l'UNAR refuse d'y participer (en Novembre , il crée un Front contre le Parme Hutu avec le RADER et l'APROMOSA). Le 26, Grégoire Kayibanda est élu à la tête d'un gouvernement provisoire de 8 ministres dont deux belges (Affaires sociales et Economiques et Défense et Relation Extérieures).


Les autorités belges tentent de convaincre le Roi de revenir mais Kigeri refuse catégoriquement. En Décembre 1960 à bord d'un équipage russe, Kigeri s'enfuit vers Léopoldville puis vers la Tanzanie. Le 28 Janvier 1961, les Belges autorisent la proclamation de la République du Rwanda (Kayibanda avait avertit Logiest 3 jours auparavant de ses actions) et la présidence intérimaire avec Dominique Mbonyumutwa à sa tête. Pour ce faire, le Ministre de l'intérieur du gouvernement provisoire convoque tous les bourgmestres et conseillers communaux à Gitarama pour leur annoncer l'abolition de la monarchie. Les élus ne bronchent pas. Il faut dire que les Parachutistes Belges campent à proximité dans les Bananeraies. L'Organisation des Nations Unies, surpris par cette proclamation, réclame le retour du Mwami et des élections législatives immédiates. Le 27 Mai 1961, Radio Rwanda est crée mais Harroy refuse de lui accorder la liberté des ondes. Pas un seul Tutsi n'a été engagé dans la nouvelle équipe dirigeante. Depuis Mars, l'UNAR s'est armé et attaque constamment les Chemises Rouges du ParmeHutu. L'organisation royaliste reçoit des subsides de l'Union Soviétique et de la Chine, de l'Ethiopie, du Libéria ou encore du Mali, du soutien du Kabaka Mutesa II d'Ouganda... Le 25 Septembre 1961, un plébiscite sur l'avenir de la monarchie et des élections législatives sont conjointement organisés au Rwanda. Le ParmeHutu de Kayibanda reçoit 78% des voix (soit 35 sièges) contre les 17% de L'UNAR (7 sièges) qui jouaient là son dernier baroud d'honneur politique, l'APROMOSA 4% (2sièges) et le RADER moins d'1% (fin du mouvement). Quant au référendum pour la monarchie, le système royal est rejeté avec 80% des voix ( 257 510 voix pour ; 1 004 655 voix contre). Kayibanda Premier Ministre devient Président le 26 Octobre (coup d'état de Gitarama). L'indépendance proclamée, ce sont des colons qui retournent en Belgique ou au Congo voisin. Kayibanda annoncera à cet effet :
" C'est aujourd'hui en effet, qu'un gouvernement représentatif et un parlement également représentatif sont mis en place. Aujourd'hui la démocratie, la démocratie libératrice a vaincu la féodalité, la féodalité, sous quelque forme qu'elle soit, sous quelque forme qu'elle puisse être, elle est vaincue définitivement, elle est abolie définitivement, nous la rejetons définitivement. "
Monseigneur Perraudin sera d'ailleurs présent derrière Kayibanda lors de son investiture. Leur relation étroite durera encore onze ans.
Quant au Roi, il résume la situation ainsi : "Il est donc faux de dire que j'ai été chassé du pouvoir par les Hutu. Ceux qui m'ont exilé, ce sont les Belges en 1961, une année avant l'indépendance. Ce qui s'est passé, c'est le coup d'Etat de Gitarama, où les Belges Harroy et (le Général) Logiest (administrateurs Belges), en collaboration avec les pères blancs, ont mis Grégoire Kayibanda au pouvoir". A la veille des élections, le Mwami avait demandé aux Belges l'autorisation de revenir mais ceux-ci avaient sèchement refusé. Kigeri V s'était donc échappé de son exil tanzanien dans la nuit du 24 au 25 Septembre. Rattrapé, il est renvoyé vers son lieu d'exil non sans avoir reçu très curieusement les honneurs d'un souverain en exercice.
Le 14 Janvier 1962, Harroy repart en Belgique et Logiest devient haut Représentant de la Belgique dans la République du Rwanda. La majorité des troupes belges sont évacuées et seuls quelques régiments se maintiennent en place à la demande de Kayibanda. D'ailleurs la Garde Nationale Rwandaise reste sous la gestion de 52 officiers et sous officiers Belges.

E) La République de Gitamara

Le nouveau régime se veut vite revanchard, népotique et bientôt entaché de corruption. Mais pour le moment, Kayibanda a fort à faire avec les royalistes qui n'ont pas désarmé et notamment dans la circonscription de Nyanza. Des attaques contre les belges sont recensées dans le pays (21 au 22 Décembre 1961, 10 Janvier 1962..). Les Forces Métropolitaines Belges interviendront et mettront en fuite " ces bandes armées ", opération qui sera niée par Logiest lui-même. Le 28 Février 1962, un accord signé à New York entre le gouvernement et l'UNAR stipule que les royalistes obtiendront 2 postes dans le nouveau gouvernement. Mais Kayibanda n'entend pas céder. Le 25 Mars, un raid royaliste dans la commune de Nkana tue 4 fonctionnaires Hutus. L'accord a cessé de vivre. En Mai, les forces royalistes investissent les régions de Gisenyi et Kibuye (50 morts). Kigeri plaide sa cause en Ethiopie et accuse ouvertement les belges de sa destitution au profit du ParmeHutu. L'ONU décide d'envoyer des troupes de maintien de la paix tandis que Kayibanda ordonne aux Forces Armées Belges de se retirer. Le Président Rwandais soupçonne le Burundi et l'Ouganda voisin de soutenir militairement l'UNAR afin de restaurer la monarchie. Une offensive des royalistes est repoussée entre le 5 et 7 Juillet 1962. Le 16 Août, départ des dernières troupes coloniales et évacuation des ressortissants belges (Logiest sera nommé Ambassadeur pour quelques mois, jusqu'en Avril 1963 avant d'occuper le poste de conseiller Militaire de Mobutu, la France signe un traité de coopération en Octobre 1962).

Lors des élections communales d'Août 1962, le MDR de Kayibanda obtient 98% des sièges. L'UNAR obtiendra une commune, celle royale de Nyanza.

Le 29 Novembre 1963, la garnison de Gako est attaquée par les royalistes. C'est leur dernière offensive. 72 heures plus tard, la garnison sera reprise par les loyalistes Hutus. A Kigali, 200 Tutsis ont été arrêtés et 15 après un tri sélectif seront exécutés à Ruhengeri. Dans les préfectures du Sud, les Hutus se ruent sur les Tutsis. Le massacre fera entre 5000 et 8000 morts.


Entre Décembre 1963 et Janvier 1964, ce sont donc des milliers de Tutsis qui fuient vers le Congo ou l'Ouganda voisin afin d'échapper aux massacres perpétrés par les Hutus. Les ministres de l'ancien régime seront même exécutés. Le 11 Mars 1964, lors de son discours à la Nation, Kayibanda déclare : " Nous vous conjurons de penser à ces êtres innocents qui peuvent encore être sauvés de la perte où vous conduisez votre groupe. Les Tutsi restés au pays qui ont peur de la fureur populaire que font naître vos incursions sont-ils heureux de vos comportements ? A supposer, par impossible, que vous veniez à prendre Kigali d'assaut, comment mesurez-vous le chaos dont vous seriez les premières victimes. Vous vous dites entre vous : Ce serait la fin totale et précipitée de la race tutsi. Qui est génocidaire ? ". message à peine voilé aux monarchistes de l'UNAR. Réélu en 1969 avec une écrasante majorité, Kayibanda veut désormais purifier le pays. En Février 1973, il interdit sans regrets aux Tutsis d'occuper des postes au sein de la Fonction Publique et des secteurs privés. C'en est trop pour certains officiers militaires qui craignent que cette épuration commence à toucher les Hutus d'opposition, issus du Nord du pays. Les militaires vont alors décidés d'agir et vite.

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