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Maroc
Né le 10 Août 1909, le Prince grandit sous les soubresauts du conflit entre nationaliste et la puissance française. Il est le plus jeune fils du Sultan Youssef et c’est à ce titre que le Protectorat décide de le mettre sur le trône en lieu et place de ses frères jugés trop turbulents par les autorités de la République Française. D’ailleurs, le Protectorat entend bien tout réformer à commencer par les populations marocaines qu’un décret (Dahir) divise entre arabes et berbères (dont les derniers dissidents rendront les armes en 1933, 3 ans après le Dahir). L’idée nationaliste a grandit parmi les marocains, qui malgré leur aire affable, n’accepte guère cette occupation française. En 1934, nait l’Action Marocaine premier mouvement politique ouvertement nationaliste. Les autorités coloniales n’ont que faire de ce mouvement qui d’ailleurs commence à se fissurer entre les différents idéologues qui composent son comité de direction (en 1937, une première scission aura lieu avec l’Istiqlal puis en 1946 avec le Parti Démocratique de l’Indépendance).
Mohammed V grandit dans les dorures de son palais mais n’en est pas moins attentif à la pensée nationaliste de l’Action Marocaine comme les attentes de son peuple. L’arrivée en 1936 du nouveau Résident Général (le 3ième depuis son avènement), le Général Charles Noguès (1871- 1976) va être un tournant dans l’histoire du Maroc. Noguès connaît le Maroc. Ce fils d’agriculteur, militaire polytechnicien, il a participé à la guerre du Rif de 1924 et a même occupé le poste de Directeur des Affaires Indigènes de Rabat 3 ans plus tard. .Il a une haute opinion de son poste et entend reléguer le Sultan dans un rôle purement protocolaire. Autant dire que les relations entre Noguès et Mohammed V n’allaient pas être de tout repos.
En 1937, l’ancien sultan Moulay Abdelhafid meurt dans son palais. Il y’a longtemps qu’il avait été oublié.
Lorsque la seconde guerre mondiale éclate, Charles Noguès se range avec enthousiasme aux côtés du Maréchal Pétain et du régime de Vichy. D’ailleurs, il se fait fort d’arrêter les députés français qui ont réussi à fuir avant que toute la France soit occupée par l’Allemagne (24 Juin 1940). L’Afrique du Nord devient le terrain d’affrontements des vichyssistes et des partisans du Général De Gaulle. Le Maroc n’échappe pas à cette règle. Pour les Alliés, Casablanca devient l’un des 3 axes prioritaires avec Oran et Alger (Algérie). Pour les Américains, le Général Giraud apparaît comme une meilleure solution que le Général De Gaulle connu pour certaines positions anti anglaises. Mohammed V n’est pas en reste et refuse d’appliquer les lois anti-sémites de Vichy. Les partis nationalistes ont été interdits et leurs leaders exilés. Le déclenchement de l’Opération Torch le 8 Novembre 1942 marque le 1er tournant de la Seconde Guerre Mondiale en faveur des Alliés. Casablanca est désigné comme une cible avec Alger et Oran (où Henri d’Astier de la Vigerie va organiser la résistance de l’intérieur avec le Général Giraud, jugé plus apte que le Général de Gaulle). Il s’agit pour les alliés de s’assurer à court terme le contrôle du Canal de Suez. Noguès ordonne la résistance mais les forces françaises de Vichy accepteront de signer leur reddition le 11 Novembre à Fedala. Le Maroc change d’administration mais pas de Résident Général qui reste confirmé à son poste afin de ménager les français divisés dans la colonie. Mohammed V est l’objet soudain de l’attention des Alliés qui l’invite à la Conférence de Casablanca en tant que souverain du Maroc. Un véritable coup de massue pour la Colonie ce 14 Janvier 1943. Le Souverain fournira des contingents aux Alliés qui s’illustreront comme leurs parents sur les champs de batailles africains et européens (25 à 30 000 Goumiers marocains succomberont lors de cette guerre mondiale). Noguès est désavoué ; il doit démissionner le 3 Juin 1943 (il se réfugiera au Portugal, sera condamné par coutumace en 1947 et bien qu’il se soit constitué prisonnier en 1954, il bénéficiera d’une liberté provisoire dont il profitera pour retourner au Maroc. On le retrouvera encore en 1955, comme négociateur au retour… du Sultan au pouvoir) .
A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le Sultan Mohammed V prononce un discours à Tanger le 10 Avril 1947 où il revendique ouvertement l’indépendance d’un Maroc unifié et l’adhésion de son pays à la Ligue Arabe, fondée deux ans auparavant. Eric Labonne, nommé Résident Général le 16 Mars 1946 est aussitôt limogé par le gouvernement français (il subissait l’influence d’ultras comme Philippe Boniface) qui le remplace par le Général (et futur Maréchal en 1952) Alphonse Juin (1888- 1967), un héros de la Seconde Guerre Mondiale et aussi un Pied Noir d’Algérie qui connaît bien le pays. . Immédiatement en poste, le Général Juin s’oppose avec vigueur au Sultan Mohammed V (refus du Sultan de désavouer le 12 Février 1951 l’Istiqlal) tant et si bien que le 20 Août 1953 ce dernier finira par être envoyé en exil en Corse puis à Madagascar sous bonne surveillance.
Le Général Augustin Guillaume (1895-1983), qui a succédé à Juin en 1951, lance une campagne contre Parti de l'Istiqlal aidé du Pacha de Marrakech, Thami El Mezouari El Glaoui (né en 1889). Le Pacha qui avait à plusieurs reprises demandé la destitution de Mohammed V et en conflit lui- même avec l’Istiqlal en profite pour placer sur le trône le cousin de Mohammed V, Mohammed (VI) Ben Arafa (1889- 1976). Quant au Général Augustin, à peine arrivé sur le sol marocain, qu’il échappe à une tentative d’assassinat organisé par des membres du Parti démocratique de l'indépendance (PDI).
Le Maroc s’enfonce lentement dans une guerre civile larvée sous l’œil des français (les colons de la droite ultra fondent en 1953 le mouvement «Union Présence Française » (dirigé par les radicaux socialistes, les Docteurs Causse et Eyraud) et collabore avec l’Organisation de la Main Rouge. Ceux plus à gauche fondent le mouvement « Conscience Française ») qui répriment toutes manifestations anti- françaises. A la destitution du Sultan, c’est 11 français qui avaient été massacrés. Le 11 Septembre 1953, Mohammed Ben Youssef échappe de peu à un attentat. En 1954, Francis Lacoste devient Résident Général en lieu et place du Général Guillaume rendu responsable des affrontements au Maroc. La République se méfie de ses colons qui font le jeu de la division et menace d’emporter les institutions politiques. On parle même de sécession (le 30 Juin 1954, le Docteur Eyraud est assassiné)….. Les nations arabes accentuent aussi un peu plus tous les jours cette pression en armant secrètement les nationalistes depuis l’Algérie ou la Lybie. Le 7 Juillet 1955, Edgar Faure qui dirige le gouvernement français déclare : « l’ère du colonialisme est fini ». Le 23 Août, il est décidé de déposer le cousin de Mohammed V et de ramener celui-ci au pouvoir afin de faire taire les affrontements. Les Colons n’entendent pas céder une once de pouvoir et le rappellent au gouvernement en faisant assassiner le 13 Juin le patron de Maroc Presse, Jacques Lemaigre Dubreuil qui avait osé écrire dans les pages de son journal qu’il fallait un gouvernement marocain avec des membres de l’Istiqlal. Lacoste sera démis de ses fonctions. Son successeur, Gilbert Granval démissionne après deux mois de résidence (22 Août). Il refusait le retour du Sultan déposé au Maroc. Le gouvernement français nomme alors le Général Boyer de la Tour pour remettre de l’ordre dans le protectorat. Le temps presse. Entre le 20 et le 22 Août 1955, le quartier européen d’Oued Zem est attaqué par les nationalistes qui l’incendie et le pille (50 morts). Le 26 Août, à Aix les Bains, l’Istiqlal est formel. Pas de retour au calme sans le retour au pouvoir de Mohammed V. Du côté du Sultan Mohammed Ben Arafa , ce dernier refuse de céder son trône (5 Septembre). Le 30 Septembre, trois jours après avoir encore refusé d’abdiquer, le Sultan Mohammed Ben Arafa se réfugie chez un ami, le Capitaine Oufkir, ci- devant Aide de camp du Résident- général et nomme son cousin Moulay Abdallah, régent. Le 1er Octobre, le Général Boyer de la Tour remet au Sultan Ben Arafa une lettre du gouvernement français qui lui promet que son Mohammed V ne sera aucunement restauré si il accepte de s’éloigner de la capitale. Ben Arafa obtempère le 1er Octobre et va dans son palais aménagé de Tanger. La question de la création du Conseil du Trône est alors posée au Sultan Ben Arafa. Il tergiverse, il sera installé le 17 Octobre avec à sa tête le Pacha de Fès, Fatmi Ben Slimane.
Le 2 Octobre, le leader de l’Istiqlal Allal El Fassi annonce la création d’une armée de libération du Maghreb arabe et conjointement avec des membres du Front de Libération National (Algérie) attaquent 3 postes militaires français. L’Istiqlal qui a été invité à participer au gouvernement du Conseil du Trône refuse d’y entrer. Au sein de la monarchie alaouite, c’est la crise. Le Pacha de Marrakech marque son hostilité à la création du Conseil du Trône et surprend en annonçant son soutien au retour du Sultan Mohammed V. Le Gouvernement français débordé, autorise le retour de Mohammed V toujours confiné à Madagascar. Le 2 Novembre, le Conseil du Trône démissionne. Dès lors tout va s’accélérer au Maroc.
Le 5 Novembre, le Gouvernement français reçoit le Sultan Mohammed V. Mohammed Ben Arafa devra se soumettre. Le 7, le Pacha de Marrakech demande pardon pour « ses erreurs » à Mohammed V (il meurt le 13 Janvier 1956), l’Union de la Présence Française exige encore que Mohammed Ben Arafa reste Sultan du Maroc et enfin le 13 André Dubois, ancien Préfet de Police de Paris succède à Boyer de la Tour comme résident Général. Le 16, Mohammed V retrouve enfin son pays, accueilli par des dizaines de milliers de partisans encadrés par des milices de l’Istiqlal et le Parti Démocrate de l’Indépendance. Des règlements de compte se multiplient, des dignitaires se font lynchés, l’armée française doit intervenir pour maintenir l’ordre (le 14, un attentat avait coûté la vie à 2 personnes au Bar de la Gironde, considéré comme un quartier général de la Main Rouge). Le 26 Novembre, Mohammed V demande à Si Bekkaï de former le 1er gouvernement de restauration de la monarchie (9 Istiqlal, 6 PDI et 6 Indépendants).
Mohammed Ben Arafa meurt dans sa résidence niçoise en Juillet 1976. Il n’a jamais porté de numéro et reste considéré comme un usurpateur aux yeux des marocains légitimistes. Après un court séjour dans Tanger, il vivra à Nice où la France lui assurera son train de vie.
Si certains colons partent vers l’Algérie plus propice à leurs affaires politico- commerciales, l grande majorité des français pied- noirs du Maroc va s’arranger de cette indépendance (Accord de La Celle Saint Cloud et proclamation officielle le 2 Mars 1956) qui leur garantit leurs biens immobiliers et propriétés agricoles. D’ailleurs en Mai 1956, un accord est signé entre la France et le Maroc sur le maintien de l’armée française dans le Royaume et ce jusqu’en 1963… La France aida ainsi le Sultan à réprimer des insurrections dans le Rif (rebelles financés par l’Espagne) et dans le Sud. Mohammed V autorisa la formation de syndicats mais à la fin de son règne se trouva moins tolérant lorsque ceux- ci multiplièrent les grèves ..
El Fassi, le chantre de l’Istiqlal reviendra au Maroc en Août 1956 et avec lui l’idée du Grand Maroc..
L’Istiqlal qui domine le gouvernement durant le règne de Mohammed V va souffrir d’une scission en 1960 avec Mehdi Ben Barka qui représente l’aile la plus à gauche de l’Istiqlal. Dépassé par les événements à la fin des années 60, Ministre et Député, El Fassi meurt le 9 Mai 1974 loin de son pays, à Bucarest où il avait été chargé de conduire une délégation marocaine .
Le 26 Février 1961, le souverain alaouite rendait son dernier souffle lors d’une banale opération chirurgicale…