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Lutte de pouvoir au Maroc

Maroc

Fondé par le religieux Al- Mahdi Mohamed ben Toumart, la confrérie des Almohades s’opposent aux Almoravides, notamment en matière de vie privée. Les Almohades revendiquent la pureté de la religion musulmane et bannissent toutes distractions comme la lecture (autre que celle du Coran) ou la musique. La confrontation ne tardera pas à avoir lieu entre les deux confréries. Et c’est au cours d’un combat que Mohamed Ben Toumart meurt de ses blessures en 1130. Afin de fédérer toutes les tribus berbères, son successeur Abdelmoumen cache la mort du Mahdi durant 3 mois. Les Almohades s’emparent de Marrakech en Avril 1147 et exécutent Ishaq Ben Ali.

Abdelmoumen se lance à l’assaut de l’Afrique du Nord notamment vers l’actuelle Algérie et la partie de l’Ifriqiya (en Tunisie) contrôlée par les Normands de Sicile. A Sfax, le 25 Février 1156, une révolte éclate contre les chrétiens, organisée par le Gouverneur musulman de la ville. Le Royaume Normand de Sicile est alors en proie aux révoltes nobiliaires et le gouverneur Omar tente de profiter de la situation pour les chasser de Tunisie (Guillaume de Normandie fera exécuter son père, en otage en Sicile). La révolte est un succès et bientôt, c’est au tour de la ville de Mahdia d’être assiégé. Les Almohades arrivent pour soutenir le siège de la ville. Le 11 Juin 1160, elle finit par tomber aux mains des Almohades. La chute de Mahdia est aussi la fin de la présence Normande en Afrique du Nord. Tripoli (Libye) , Cordoue, Séville chuteront à leur tour peu de temps après. L’Empire Almohade menace l’occident, ralliant à sa bannière toutes les tribus musulmanes.

Afin de sécuriser son empire, il construit une forteresse qui prendra le nom de rabat (camp de la victoire). Il meurt en 1163 sans avoir vu la fin des travaux. Son fils Abou Ya'qoub Youssouf lui succède. On est loin du puritanisme imposé par la confrérie avec ce souverain qui préfère les délices de Séville à la dureté de Marrakech. Néanmoins, c’est un érudit et un guerrier. Il continue la mission de son père. L’Andalousie toute entière tombe dans son escarcelle. Il s’attaque au Portugal avant de mourir de ses blessures au siège de Santarem en 1184. Youssouf II, son fils, lui succède. La Castille tente à son tour de reprendre pied dans le pays mais une lourde défaite à Alarcos (1195) oblige de nouveau les castillans à se replier. Il y gagnera d’ailleurs le titre d’Al Mansour (le Victorieux). Rien ne semble arrêter les Almohades dans leur conquête de l’Espagne. En 1199, son fils Mohammed lui succède. L’Empire est stable mais fragilisé par les rébellions incessantes au Maroc des partisans Almoravides. Se concentrant sur la partie espagnole de l’Empire, les Almohades ont délaissé le Maroc et l’ Ifriqiya. Mohammed est un souverain timide et avec peu d’envergure. Le Pape Innocent III demande alors l’unité du monde chrétien et lance sa croisade contre les Almohades sous la houlette d’Alphonse VIII de Castille.

Le 16 Juillet 1212, les deux armées se font face à Las Navas de Tolosa. L’affrontement est violent ; les Almohades sont obligés de reculer face aux 200 000 soldats et chevaliers, archers alignés par les castillans, Aragonais et Francs qui ont répondu à l’appel de cette croisade. Le Prince Youssouf, fils du souverain, doit se replier sur la ville de Baeza avant de la quitter précipitement à l’annonce de l’arrivée des soldats d’Alphonse VIII. C’est la peste qui sonne la fin des hostilités. Les Chrétiens décident de stopper leur avancée et les musulmans de regagner le royaume. Mohammed, discrédité par cette défaite, décide d’abdiquer en faveur de son fils et de décéder par la suite mystérieusement en 1213 (empoisonnement ?). Le nouveau souverain est à peine âgé de 16 ans. Youssouf Al Moustansir est contesté dès les premières heures de son règne et parmi les partisans de la monarchie, certains suggèrent qu’il serait temps d’élire le monarque plutôt que d’accepter la succession héréditaire. Les Berbères mérinides en profitent pour attaquer le royaume Almohade et Youssouf Al Moustansir est battu en 1217 dans le Rif ; partie de son royaume qu’il devra céder. Youssouf meurt à son tour brutalement le 6 Janvier 1224 laissant le trône à son petit neveu Abdel Wahid. Mais lors d’une révolution de palais, le nouveau souverain est étranglé (Septembre 1217). Le Royaume très affaibli est victimes des nombreuses incursions des mérinides.

Les chefs de tribus se pressent pour occuper le trône vacant et c’est Abou Mohammed Al Adil qui réussit à s’emparer du titre de Commandeur des Croyants. Un règne de 10 ans qui finiront dans un lac. Il sera lui aussi victime d’une révolution de palais.

Alors que l’anarchie s’installe dans toute le Royaume Almohade, le Roi de Castille (Ferdinand III) va placer son champion, Abou II, le frère du souverain assassiné. Il lui fournit une cavalerie et lui permet d’entrer à Marrakech en 1229, chassant le Roi Yahya Al Moutasim (en récompense, Abou II autorise la construction d’une église.. qui sera détruite en 1232). Yahya n’a pas dit son dernier mot et profitant d’un éloignement de la capitale de son rival en profite pour reconquérir Marrakech en 1232. Revenant à la hâte vers son royaume, Abou II meurt sur le chemin le 16 Octobre.
Abû Muhammad ar-Rachîd `Abd al-Wâhid , fils d’ d’Abou II, accède au trône en 1236 après avoir fait assassiner le rival de son père. Marrakech est alors la capitale d’un califat morcelé. Il perd successivement une partie de l’Algérie et de la Tunisie qu’il occupait. Sa fin sera tragique. Il meurt le 4 décembre 1242 après une chute dans une citerne d’eau, noyé. Il avait maintenu un semblant d’unité du royaume. Son frère Abou al-Hassan as-Sa`îd al-Mou'tadid n’arrive pas à maintenir les frontières du royaume . Il est tué lors d’une embuscade en 1248.

Ses successeurs (Abou Hafs de 1248 à 1266 et son cousin qui a pris le pouvoir Abou al-Oulâ al-Wâthiq de 1266 à Septembre 1269) vécurent sous la menace constante des Mérinides. Abou Hafs allant jusqu’à payer tribut à ces derniers.

Othman ben Abd al-Haqq a succédé à son père tué en 1217 sur les territoires mérinides nouvellement conquis. Il harcèle régulièrement les Almohades mais tombe en 1240 sous le poignard de son esclave chrétien. Son frère Mohammad ben Abd al-Haqq lui succède naturellement. Et nullement effrayé par le nombre de chértiens présents dans ses territoires, il n’hésitera pas à louer les services de milices chrétiennes afin de le seconder dans sa lutte contre les Almohades comme lors du siège de Meknés. A tort, car lui aussi succombera sous les coups de poignards d’un de ces miliciens payé par les Almohades..
Abou Youssouf, fils d’Abou Yahyâ (Sultan de 1244 à 1258, frère du précédent), prend la succession qu’il revendiquait déjà lors de la mort de son père. Mais a peine au pouvoir qu’éclate un conflit dynastique sur fond d’intervention castillane. Un de ses neveux qui revendiquent le trône s’allie aux castillans et profite de leur aide pour s’emparer de Salé en Septembre 1260. Abou Youssouf n’a pas d’autre choix que de déclarer le Djihad contre l’Espagne. Et d’en finir avec la monarchie Almohade qui empêche l’unification du Maroc sous son égide.

Le Royaume n’est pas encore né qu’il excite la convoitise des Princes tant du côté chrétien que du côté musulman ou les alliances se font et se défont au gré des humeurs de chacun (révolte du neveu d’Abou Youssouf mécontent de ne pas avoir été choisi comme Prince héritier. Battu, certains membres de la famille du Sultan se réfugient à Tlemcen ou en Andalousie). Abou Youssouf s’empare de la ville espagnole de Tanger en 1273 et avec ses alliés du Royaume de Grenade monte des vaines expéditions sur l’Espagne. C’est au cours de la 4ième expédition qu’Abou Youssouf meurt de maladie à Algésiras en 1286 laissant sur le trône son fils Abou Yacoub en proie au désordre et à l’anarchie. Sa famille refuse de le reconnaître, des révoltes éclatent (fomentées par des partisans des Almohades voir des rébellions militaires). Même ses alliés de Grenade, à qui il a fait cadeau de la ville de Cadix, se retournent contre lui au prix d’une alliance avec ….. les castillans. Abou Yacoub perd vite le contrôle de Tarifa qui voient défiler dans ses rues les croisés castillans.. Le Sultan n’a plus de contrôle sur le Maroc et il meurt tragiquement en 1307, assassiné par un eunuque de son harem.

Abou Al Hassan, son fils et successeur (né en 1229), tente de reprendre le dessus mais une fois de plus, il a devant lui des aînés qui revendiquent le trône. Le nouveau Sultan tient bon (et malgré la mort de son fils tué peu avant par les castillans) finit par s’emparer de la ville de Tlemcen en 1337, tenue par ses rivaux Abdalwides. Il faudra 10 ans au Sultan pour pacifier le Maroc au prix de la perte de toutes idées de conquête sur l’Espagne. Et malgré une victoire navale près de Gibraltar (5 Avril 1340), la défaite à Tarifa le 30 Octobre 1340 suivie de celle de Kairouan en Septembre 1347 (contre les Arabes en Tunisie) va d’ailleurs menacer la stabilité à peine retrouvée du royaume. Des rumeurs se propagent et affirment que le Sultan Mérinide a trouvé la mort lors de la bataille de Kairouan. Son fils, Abou Inan Faris s’empresse de faire couronner Sultan sans faire les vérifications qui s’imposent. En effet, Abou Al Hassan est loin d’avoir succombé aux combats. Contraint à la fuite, il se réfugie en Algérie et tente de reprendre son trône…. en vain. Il doit se soumettre à son fils, ses partisans l’ayant presque tous abandonnés au profit du nouveau sultan (il meurt au Sud de l’Atlas le 24 Mai 1351).

Abou Inan Faris n’échappe pas à la malédiction qui semble régner au sein de sa famille. Son neveu, régnant sur la ville de Fès , lui conteste son trône. Il le fait promptement exécuter. Au cours des années suivantes, il est de plus en plus contesté au sein de son palais comme dans tous son Royaume (Tlemcen, Bougie, Tunis..). Le 3 Décembre 1358, l’un de ses vizirs mettra fin aux jours du Sultan en l’étranglant de ses propres mains.

Le Royaume sombre dans l’anarchie ou chaque vizir tente de mettre sur le trône son candidat. On tentera bien de restaurer l’Empire Mérinide à travers un arrière- arrière petit fils d’Abd El Haqq (le Prince Mansour) mais celui-ci préfère s’enfuir devant l’arrivée d’autres prétendants au trône. Abou Mohammed Zian , petit fils d’Abou Al Hassan 1358- 1362), Abou Yahya II ( 1358 à 1359), Abou Sélim (fils d’Abou Al Hassan) qui accède au pouvoir grâce au soutien castillan en 1359 avant d’être destitué 3 ans plus tard face à son frère Tachfin, soutenu par les milices chrétiennes mais dont le règne ne durera que quelques mois et qui sera finalement renversé par un autre de ses frères Abou Mohammed Zian, soutenu également par les castillans de Pierre Ier ( qui font le jeu politique du Royaume Mérinide). Mais voulant se débarrasser de la tutelle encombrante de son Vizir (Omar), ce dernier prévenu par des indiscrétions se dépêchera de le faire étrangler et de le remplacer par un des fils d’Abou Al Hassan, Abou Faris Abdelaziz, qui était jusqu’ici en prison.

Abou Faris va garder le pouvoir jusqu’à sa mort en 1372 alors que la peste noire ravage l’Afrique du Nord. Il a compris qu’il fallait vite se débarrasser de son vizir et le condamne à être tranché à coup de sabre une fois couronné. Mais sitôt Abou Farris décédé, le défunt évacué du palais, le désordre refait surface. 21 années de guerre civile où tous souhaitent succéder à l’autre. Profitant des troubles, la castille d’Henri III envoie une escadre s’emparer de Tétouan. La ville est mise à sac, sa population déportée en Espagne. Rejoint par le Portugal dans cette nouvelle croisade (dont le seul but était de mettre fin à la pratique de la course qui s’était développée le long des côtes), la ville de Ceuta tombe à son tour. Deux ans après la prise de pouvoir d’Abou Farris, le sultanat est scindé entre le royaume de Fès et le royaume de Marrakech.
A Abou Farris succède son jeune fils de 5 ans, Mohammed. Mais qui se soucie d’un enfant dont on se débarrassera un an plus tard. Abou Al Abbas, Vizir de son état, s’empare du pouvoir soutenu militairement par le Royaume de Grenade qui finalement le destitue en 1384 et l’infirme Prince Moussa (frère de Mohammed) sur le trône. La lutte pour la succession est féroce et chaque Vizir prend l’habitude de renverser son prédécesseur. Une guerre civile qui permet aux Chrétiens hispaniques de reprendre pied en Afrique du Nord. Le Sultan Abou Othman ne peut empêcher la population de Ceuta de faire massacrer par les Portugais en 1415. Le 21 Octobre 1420, un complot met fin violemment à son règne. Son fils et successeur à peine âgé de quelques mois (Abou Saïd) sera à son tour égorgé en 1465.

La fin de règne des Mérinides est plus que mouvementée. Les Portugais tentent de conquérir le Royaume que viennent de s’emparer la famille des Wattassides. Une régence (Abou Zakariya Yahya de 1420 à 1448 puis Ali ben Youssouf de 1448 à 1459) de fait s’est installée afin de contrôler le Sultan Abou Saïd. La ville de Tanger est assiégée par les Portugais en 1437 mais résiste fermement obligeant le Roi du Portugal Edouard à céder Ceuta en échange de leur retrait. La mort dans l’âme, Edouard donne son jeune frère Ferdinand (né en 1402) en otage afin de conserver Ceuta (l’infant meurt à Fès 6 ans plus tard en 1443, son corps suspendu aux murailles fortifiées de Fès. Il sera plus tard béatifié en 1473).

En 1459, âgé de 20 ans le Mérinide Abou Mohammed Abdel Haq s’empare du trône à la faveur d’un soulèvement. Il fait massacrer le Régent et sa famille, laissant seulement deux frères échappés à ce parricide. Mais trop sur de lui, le nouveau Sultan n’arrive néanmoins pas à stabiliser le Royaume. L’anarchie se réinstalle très rapidement dans tout le Sultanat. La ville de Marrakech sous l’influence d’un Soufi se soulève. Abdel Haq réprime violemment la révolte. Puis en 1465, c’est au tour de Fès de se révolter. Le Sultan n’arrive plus à contenir ses sujets et le palais est pris d’assaut, Abdel Haq égorgé…

Le Sultanat Wattasside est livré à lui-même, les Princes continuent de s’entre déchirer et ne prennent même pas la peine de s’inquiéter du débarquement des troupes d’Alphonse V du Portugal qui s’empare de Tanger en 1471 (il avait prévu une croisade contre les Ottomans avant de retourner ses troupes vers le Maroc). L’héritier Wattasside, rescapé du massacre de 1459, Abou Abdallah regroupe ses partisans et reprend au bout d’un an la ville de Fès. Mais ce triomphe sera de courte durée. Les Portugais contrôlent tout le détroit de Gibraltar, Ferdinand IV de Castille toute l’Andalousie puis Melilla en 1497. Cette perte de territoires force le départ en masse d’Andalous musulmans ou de juifs pourchassés par L’inquisition.

Quant au Sud du Maroc, une nouvelle dynastie, les Saadiens, s’y est installée. Seul Fès et ses environs restent encore aux mains des Wattassides qui l’érigent en Sultanat. Lorsqu’Abou Abdallah meurt en 1504, son héritier Mohamed Al Bourtouqâli ne gouverne plus qu’une peau de chagrin. Les Portugais qui occupent toujours Tanger en ont profité pour développer de nombreux comptoirs (comme la future Agadir). Les Saadiens désormais soutenus par les chefs tribaux Berbères et conduit par Mohammed Al Quaim s’empare de Marrakech en 1524. Deux ans après Mohamed Al Bourtouqâli meurt laissant un Sultanat encerclé par l’ennemi tant chrétien que musulman. Abou A Abbas qui succède à son père se voit même brièvement contesté par son oncle Abou Hassan . Il est contraint de reconnaître la souveraineté des Saadiens sur Marrakech qui s’offrent le luxe de s’emparer d’Agadir en 1541. Prisonnier des Saadiens (1547- 1549), le Sultan de Fès doit négocier la perte de Meknès contre sa liberté. En 1550, les Saadiens finissent par s’emparer totalement de Fès et échouent de peu de s’emparer de l’Algérie. Mohammed Ech Sheikh Al Quaim est désormais le maître du Maroc. Le prétendant au trône, Abou Hassan (dont l’Algérie turcomane lui a fournit des troupes) trouvera la mort en 1554 contre les Saadiens en 1554.

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