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Tanzanie (Zanzibar)
Les Sultans de Zanzibar et le protectorat Britannique.
Le 7 Octobre 1870, Majid meurt. Son mariage n'ayant produit qu'une seule fille, c'est son frère Barghash qui lui succède. A l'autoritaire Majid, Barghash va se révéler être un sultan plus réformateur. Il s'agit d'embellir l'île et de la structurer. Canalisations, bains publiques, hôpitaux, administrations… il s'entoure de conseillers européens mais entend décider seul. D'ailleurs n'a t-il pas fait emprisonner son jeune fils Châlife, de peur que celui-ci ne s'empare du trône et ce pour 3 ans. Le bruit de ses chaînes résonne encore dans les ruines du palais de Zanzibar aujourd'hui.
Barghash se méfie des Britanniques. Afin de les contenter, il décide de mettre fin au commerce de l'esclavage et de fermer les portes du Grand Marché de Mkunazini. Le Sultan de Zanzibar a vu sa route de l'Afrique coupée par l'invasion des prussiens allemands qui depuis le Kenya ferme les frontières du Tanganyika avec Zanzibar. Barghash tente bien d'envoyer des troupes châtier le Sultan de Witu qui a accepté le protectorat allemand mais à la vue des cuirassiers prussiens décide de faire demi-tour. Il appelle les Britanniques pour une médiation et il est convenu le 29 Octobre 1886 que le sultan régnera sur quelques centaines de kilomètres sur les côtes mozambicaines, somaliennes et quelques villages de la Rivière Tana au Kenya. Un sévère camouflet pour le Sultan.
Le 26 Mars 1888, Barghash meurt brutalement. Sur la côte du Tanganyika, les sujets du sultan se sont révoltés contre l'autoritarisme prussien et revendique d'être rattachés à Zanzibar, leur vraie nation. La répression est sanglante. Le gouverneur prussien met fin à l'hégémonie zanzibari en annexant purement et simplement tous territoires du Tanganyika.
Le 10 Novembre 1871, le Tanganyika avait fait l'objet d'une grande couverture médiatique. Un journaliste américain du nom de John Rowlands (en fait Henri Morton Stanley) avait retrouvé le Docteur Livingstone David, perdu depuis 5 ans.. " Doctor Linvingstone, I presume .. ! ", une phrase qui immortalisa à jamais ces retrouvailles historiques.
Le nouveau souverain Khalifa Ier Ben Saïd Al Busaïd (né en 1852) n'est autre que Châlife, le prince emprisonné. Libéré au bout de 3 ans de captivité, son père continue de le faire surveiller et lui prive tous soutiens en destituant les chefs de village qui seraient susceptibles de lui apporter une aide financière à un hypothétique complot. Devenu Sultan à son tour, il est l'objet de toutes les attentions de la part des Britanniques qui vont même jusqu'à lui décerner la croix des Chevaliers du Royaume- Uni le 18 décembre 1889. Khalifa Ier a souffert de sa captivité et sa santé est défaillante. Le 13 Février 1890, il succombe à ses tortures subies en prison. Son frère Ali Ben Saïd, son cadet de deux ans lui succèdera jusqu'au 5 Mars 1893. Le 1er Juillet 1890, la France qui ne cachait pas sa volonté d'étendre sa puissance coloniale sur Zanzibar abandonne ses prétentions contre l'île de Madagascar. L'Allemagne quant à elle reçoit l'île d'Héligoland située dans la Mer du Nord et conserve le Tanganyika laissant le Kenya aux Britanniques. Khalifa Ier exige que son drapeau continue de flotter sur les côtes du Tanganyika. Les autorités allemandes refusent. C'est l'affrontement entre les partisans du sultan et les européens, il y'aura 20 morts.
Le Zanzibar est devenu le jouet des grandes puissances européennes et le Sultan à fort à craindre pour son pouvoir. La révolte des noirs sur la côte est la résultante de siècles d'un esclavage intense. A l'annonce de la signature du traité, les anciens soumis ses ruent sur les maisons des commerçants zanzibaris et les massacrent. Il y'aura plus de 5000 arabes tués avant que les puissances coloniales interviennent pour mettre fin à cette guerre civile. Le successeur d'Ali Ben Saïd, son neveu Hamad Ben Thuwaini (né en 1857) aura lui aussi un règne des plus courts. Le 25 Août 1896, il meurt dans des circonstances suspectes, certainement empoisonné par le Prince Khalid qui lui succède. Né en 1874, il est le fils du Sultan Barghash. A peine le corps de ce pauvre Hamad refroidit que Khalid s'autoproclame sultan sans que ses sujets n'y retrouvent à rien dire. Il faut dire que les Zanzibaris sont habitués aux coups d'états ou tentatives de putsch comme celui de la Branche royale des Mazruis en 1895 qui avait échoué .. grâce à une intervention des anglais.
Mais ce n'est pas le cas des Britanniques qui ne reconnaissent à Khalid aucun droit au trône de part le droit que leur confère le véto accordé par Ali Ben Saïd. D'ailleurs pourquoi reconnaîtraient-ils un droit à Khalid sur le protectorat de Zanzibar ? Khalid n'a jamais caché ses intentions de redonner à l'île son étoile perdue. Ce n'est pas la première fois que les anglais doivent intervenir contre Khalid. Trois ans auparavant, le Prince avait déjà fait connaître ses intentions d'accéder au trône. Les diplomates britanniques avaient alors avertis Khalid de ne pas tenter toutes actions contre le pouvoir en place. Maintenant, il en allait tout autrement pour Khalid. Sultan il était, sultan il resterait. Son prédécesseur avait aboli l'esclavage domestique mais avait conservé les privilèges de la propriété. Khalid voulait restaurer entièrement le principe de l'esclavage.
Khalid renvoie immédiatement le Premier Ministre (de nationalité anglaise) du gouvernement du sultan, Sir Mathews Llyod. Devant un millier de soldats de sa majesté et leurs askaris Zanzibaris, le sultan ne peut aligner ce 25 Août 1896 que 250 soldats à peine armés avec de l'artillerie issue d'un…. arsenal allemand. Le lendemain un ultimatum est lancé au sultan. Soit il se rend, soit il en assumera les conséquences. Une armada navale encercle la capitale. Khalid reçoit des médiateurs de la France, de l'Allemagne et des Etats-Unis. A ces derniers, il leur donne un message pour la Reine d'Angleterre où il proclame son attachement au Royaume Uni et sa légitimité sur le trône.
Le courrier ne sera jamais remis au Foreign Office ; les américains pas plus que les anglais ne lui reconnaissaient cette légitimité qu'il revendiquait. A 9 heures du matin, ce 27 Août, la marine britannique bombarde le palais. C'est l'incendie.. Il faudra quelques minutes à la Royal Navy pour s'emparer des dernières poches de résistances. Khalid s'enfuit au consulat d'Allemagne qui contre sa reddition l'exfiltre vers Dar Es Salam au Tanganyika.
Khalid sera capturé en 1916 alors que les Britanniques s'emparent de la colonie allemande. Envoyé en résidence surveillée vers les Seychelles puis Sainte Hélène, il sera autorisé à revenir sur Mombasa où il y mourra en 1927. A Zanzibar, les anglais couronnent Hamoud Mohamed Ben Al Saïd (né 1853), neveu de Khalifa Ier. L'esclavage est définitivement aboli, les esclaves libérés. A Oman, la branche aînée souffre de cette décision qui met à mal son économie. Les anglais ne mettront pas longtemps à profiter de la faiblesse du Sultan d'Oman. Pis, Faysal Ben Turki (1864-1913) est plus sensible aux influences françaises que de la perfide Albion. Les anglais utiliseront la même méthode avec le Sultan d'Oman que celle avec le Sultan de Zanzibar. Soit le Sultan hissait le drapeau anglais soit la capitale, Muscat, était bombardée. Le Sultan d'Oman capitulera et de Zanzibar à Muscat, les anglais imposeront un protectorat sur tout le golfe d'Aden.