Menu principal:
Ethiopie
A) Règne de Yohannes III
L'abdication en 1855 du Négus Yohannes III ouvre en Ethiopie, une crise de succession que Ras Théodoros II va bientôt mettre fin en prenant le pouvoir. Né vers 1818 sous le nom de Kassa Hailé Giorgis, prétendant descendre de l'Empereur Fasiledes via une de ses filles, Théodoros va vivre sous l'influence de sa mère divorcée, reconvertie dans la vente de drogues douces (kosso), et l'éducation austère des monastères. Hailé Giorgis (Georges) revendique très tôt le poste de gouverneur de Qouara, poste qu'occupait son père. Cela le lui sera refusé ; il doit fuir et devient le leader de voleurs dont les victoires militaires face aux troupes de l'Empereur font de lui un héros aux yeux de la population lassée de ces interminables troubles et incessantes agitations politiques.
Yohannes III (né 1797) est devenu un empereur fantoche entre les mains de sa famille et le régent (Enderase) un Prince Oromo, Ras Ali II. Plusieurs fois entre le 30 Août 1840 et 1850, il est déposé et restauré tour à tour par Ras Ali et son rival Wube Haïlé Maryam. Le Négus est le jouet de ses gouverneurs, sombre dans l'alcoolisme, passant son temps à organiser des banquets quand il n'était pas dans son harem au grand dam de son épouse, la Woizero Menen, ci-devant mère du … Ras Ali II. D'ailleurs Ras Ali n'en est pas à son premier coup d'état. Déjà entre le 18 mars et le 8 Juin 1832, il avait mis sur le trône tantôt Gebre Christos ou son frère Sahlé Dengel qui avait ce tort de déplaire à l'église. Fils d'un descendant de Fasilides, Sahlé Dengel gouverna avec la bienveillance du Ras Ali II jusqu'au 29 Août 1840. Dengel sut jouer de la rivalité entre les deux Ras et fut restauré en Octobre 1841. Yohannes III fut déposé en 1850 et restauré un an après.
Le monastère de Théodoros incendié par les troupes impériales, celui-ci continue de se livrer avec ses quelques coreligionnaires à ses actes de banditismes. Le nombre de ses partisans va bientôt croître, tant et si bien que le Régent lui reconnaît des droits sur la province de Quouara. Il est vrai aussi qu'une prophétie annonçait qu'un Prince Théodore unifierait le pays, un jour ..
Pourtant, le bouillant Prince va reprendre le chemin de la guerre très vite. Les cadeaux dispersés de la famille impériale lors de son mariage avec une petite fille de l'Empereur en seront le prétexte. L'Impératrice Menen hait son petit fils par alliance. Elle conduira elle -même les troupes contre le Prince du Qouara en 1852. Défaite, capturée, elle sera emprisonnée. Le Régent envoie d'autres troupes que Théodoros défait une nouvelle fois le 27 Novembre 1852. La route de la capitale est dès lors ouverte au Prince Théodoros (encore auréolé de sa victoire contre les Egyptiens en 1838) qui force la fuite de l'Empereur vers le camp retranché du Prince Djedjazmatch Wube, descendant de l'Empereur Sousneyos. A peine arrivé au camp, Yohannes III est arrêté puis déposé par le Prince Djejdazmatch.
Le 29 juin 1853, c'est au tour du régent d'être défait par Théodoros. Le Prince Wube qui se considère désormais comme le souverain du pays tente de se faire reconnaître. Mal lui en prit. Théodoros le chasse avec son armée le 8 Février 1855. Théodoros charge alors le vieil Archevêque impérial, Abune Sellama II de le couronner. Il refusera. Par coïncidence, un évêque Arménien se trouvait dans les parages. L'évêque couronnera Théodoros II le 5 Mai.
Quant à Yohannes III, il a été oublié dans la majorité des provinces du pays. En exil, privé de revenus, il meurt en 1870 dans la pauvreté. Il avait écrit à Napoléon III pour lui demander de l'aide financière mais le neveu de l'Aigle faisait peu de cas de Lion de Juda. Dengel ne fut reconnu comme Yohannes III que par une partie de certaines régions de l'Empire. L'avènement de Théodoros II mit fin également à son règne. Ni l'un ni l'autre ne seront menacés par le nouveau Négus durant leur exil.
B) Règne de Théodoros II
Le pays est toujours malgré tout divisé et le nouveau souverain doit faire face à des rebellions. La première, conduite par les partisans du prince héritier de la dynastie Zagwe Wagshum Gebre Medhin qui sera capturé et pendu à un arbre. La répression est féroce. La deuxième orchestrée par le Prince Dejazmatch et un Prince de la famille impériale, Sahle Sélassié autoproclamé, Roi du Shoa (province du Wollo) avec son fils et successeur, Hailé Meklot . La mort prématurée d'Haile Meklot (1856), met fin rapidement à ce soulèvement, du moins d'une partie de la noblesse conduite par les impératrices douairières. L'autre partie de la noblesse refuse de déposer les armes et proclame Roi, le jeune Prince Menelik Sahle Mariam, âgé de 9 ans. Théodoros le capture mais néanmoins autorise des funérailles nationales pour son père. A son départ, il nommera l'oncle de Ménelik, Hailé Michaël Roi du Shoa.
L'unité du pays est en marche. Il a soumit les quatre provinces de l'Empire que ce sont le Choa, le Tigré, le Godjam et le Bégameder. Il a interdit l'esclavage, réformé l'armée, interdit les razzias et le pillage des récoltes. Il fit de Magdala sa capitale afin de fuir Gondar, jugée trop pernicieuse à son goût (en 1866, il transféra tous les trésors de Gondar à Magdala et progressivement Gondar fut abandonnée). Il entreprit de réduire les pouvoirs de l'église qui ne s'était guère rallié à lui en 1855. Devant la résistance des moines, il nationalisa leurs biens en 1860. Enfin, il ouvrit son pays aux étrangers notamment les Anglais qui s'étaient installés dans le Soudan voisin.
A la fin de son règne coïncidant avec la mort de son épouse, Théodoros devint autoritaire et brutal. Il se remaria avec la Princesse Tiruwork, fille du prétendant Wube. Celle-ci n'appréciait guère son mari tant elle se considérait d'un plus haut lignage que lui. Bien que le couple se disputait souvent, la Woizero donna néanmoins un héritier du même nom au Négus.
La rébellion du Prince Haile Michaël fut férocement réprimée, le Prince déposé et sa couronne confiée à un gouverneur civil Ato Bezabih. La noblesse fut outrée de voir que Théodoros n'avait pas restauré le Prince Ménelik, devenu son gendre. Pis, Bezabih finit par se proclamer Roi du Shoa. Ménelik s'enfuit avec la participation du fils aîné de l'Empereur, Dejazmatch Meshesha Théodoros. Arrivé aux portes du palais, Ménelik s'empresse de déposer Bezabih et de se faire couronner Roi.
Des Européens (dont le Consul du Royaume Uni) sont pris en otage en 1864. L'Empereur avait été furieux que la reine Victoria n'ait pas répondu à son courrier où il proposait une alliance contre les Turques ; l'Angleterre riposta en s'emparant de la plaine stratégique d'Aroge le 10 Avril 1868 qui faisait face à la capitale. La bataille sera sanglante. Les Ethiopiens laisseront dans la plaine plus de sept cents morts contre deux anglo- indiens pour les forces britanniques. Pour la première fois de sa vie, Théodoros est vaincu. Abandonné, le Shoa ne lui envoyant que des courriers pour seuls supports armés, Théodoros affaibli se suicide avec son revolver le Lundi de Pâques ; révolver d'ailleurs offert par la Reine … Victoria. Il faudra toute l'humanité du Général Napier pour que l'on ordonne aux soldats britanniques d'arrêter le dépouillement du souverain. La Woizero décèdera au cours du trajet qui devait l'amener vers Londres et son fils Théodoros rejoignit son exil, seul la mort dans l'âme. A dix neuf ans, c'est la mine attristée que le jeune prince héritier devait mourir en Octobre 1879.
La mort de Théodoros profite aux membres de la dynastie Zagwe qui avec l'aide des anglais, s'empare du trône avec le Prince Wagshum Gobezze devenu Tekle Giorgis II. Ménelik refuse de le reconnaître. Il faudra un mariage et le retrait des troupes britanniques pour que la situation s'apaise. Pourtant Tekle Giorgis n'est toujours pas couronné. Abune Sellama II est mort et toujours pas remplacé. Un autre candidat survient en la personne de son beau frère (dont la mère est la petite- fille de Ras Michaël Sehul et de son épouse Astar fille de Mentewab), le Prince Dejazmatch Mercha Kassa . Tekle Giorgis sera défait le 11 Juillet 1871 et emprisonné avec ses fils. Il meurt en captivité en 1872.
C) Règne de Yohannes IV
Le gouverneur du Tigré Mercha kassa est proclamé empereur sous le nom de Yohannes IV à Aksoum. Tout un symbole !
Il n'est pas un inconnu pour les Ethiopiens. Il avait aidé les anglais en 1868 contre Théodoros II et ceux-ci l'avaient remercié en le nommant au Tigré et en le fournissant en armes modernes. Les Egyptiens qui contrôlaient le Soudan voisin, entendaient bien profiter de la rancoeur de Ménélik contre Yohannes IV. Le 16 Novembre 1875 et le 7 Mars 1876, l'Empereur bat les Egyptiens qui rentrent penauds au Soudan. Ménélik n'a d'autres choix que de se soumettre, du moins le fait-il croire. Il sera néanmoins re- couronné Roi du Shoa par Yohannes IV et Zaouditou la fille de Ménélik sera mariée à l'héritier impérial, Araya Sélassié.
En nommant Tekle Haimanot Ras du Godjam, Ménélik finit par s'emparer du Prince en le retenant captif. Les complots Egyptiens reprennent. Ils encouragent la rébellion du Ras Wolde Salomon vite remplacé par Ras Welde Michaël d'Hamasein. Les Italiens subitement passent le Canal de Suez et s'emparent de Massawa et forcent le recul des Egyptiens ; il est vrai que le Négus avait refusé toutes aides aux anglais lors des révoltes du Soudan avant de signer le traité d'Adoua le 3 Juin 1884.
Fort de son pouvoir, il ordonne que les musulmans du Wollo se convertissent à la foi orthodoxe sous peine de se voir saisir leurs propriétés (Le Ras Ali deviendra Michaël du Wollo et sera marié à une fille de Ménélik) et le Shoa d'expulser tous les missionnaires catholiques.
Les malheurs vont s'accumuler pour le Négus. Les rebelles soudanais passent la frontière et les Rois du Shoa et Godjam se liguent contre lui. Yohannes fond sur le Godjam et à l'instar de Théodoros réprime dans le sang la rébellion. Abandonné par les Italiens, Ménélik doit de nouveau se soumettre. Mais les Italiens de s'installer définitivement dans la ville de Massawa. Une forme de colonisation cachée.
La rébellion soudanaise rencontre les armées du Négus, le 10 Mars 1889 .Le Négus est mortellement blessé C'est un choc pour la famille impériale. Le Négus a perdu son fils Araya Selassié, il y'a sept ans (Mai 1888) et ce dernier ne laisse que derrière lui, un petit- fils illégitime, Gugsa. Malgré la victoire des troupes éthiopiennes, son armée abandonne le Négus dans sa tente ; son corps fut découvert décapité, sa tête promenée sur une pique par les soudanais……
D) Règne de Ménélik II
Le pays sombra de nouveau dans la guerre civile entre les deux prétendants, Gugsa Araya et Mengesha Yohannes V (reconnu sur son lit de mort par son père Yohannes IV). Les Italiens en profitèrent pour s'emparer de l'Erythrée, Ménélik Roi du Shoa de se proclamer Empereur avec l'accord tacite des Italiens, les prétendants forcés de se retirer. Ménélik II accepta que Mengesha Yohannes continue de régner sur le Tigré dans l'espoir qu'il se soumette. Mais ce dernier se rebella (1898) et Ménélik II nomma Ras Makonnen, son cousin à sa place non sans emprisonner Mengesha. Et diviser le Tigré. Ainsi, l'Est du Tigré revint à Gugsa Araya puis à sa mort, son fils Dejazmatch Haile Selassié (qui épousera plus tard la fille du Ras Tafari Makonnen).
Ras Makonnen est né le 8 Mai 1952 issu d'un prestigieux lignage. Il est en effet le petit- fils de Sahle Selassie, Roi du Shoa par sa fille, Tenagnework. De facto, il était le cousin de Ménélik II et donc un sérieux candidat pour le trône impérial
En 1889, Ménélik II installe sa capitale à Addis- Abéba avant de soumettre définitivement les provinces rebelles. Il est né le 17 Août 1844, otage de Théodoros II, il connaît les arcanes du pouvoir en tant que chef de la maison du Choa, doublement affiliée aux Salomonides puisqu'il avait épousé la fille de Yohannes IV. Ménélik est un Roi moderne qui veut industrialiser son pays. Il introduit le télégraphe, le chemin de fer et même la voiture. Objet de curiosité pour l'Empereur qui se voulait l'égal des monarques européens, la voiture fut boudée par ses congénères plus enclin à utiliser le chameau, l'âne ou le cheval. Car malgré tout le pays restait rural et féodal.
Comme ses voisins européens engagés dans la colonisation forcée, l'Italie voulait une part du lion. L'occupation de l'Erythrée et de la Somalie avait été un premier pas pour la monarchie de Savoie. L'Ethiopie en était un autre. Lors du traité signé avec Ménélik II en 1889 qui reconnaissait la souveraineté de l'Italie sur l'Erythrée, le document italien stipulait que l'Ethiopie était devenu un protectorat italien ce que sa version amharique ne faisait pas mention. Ménélik dénonça cet article et exigea son retrait du traité ; les italiens refusèrent. L'invasion du pays par les troupes italiennes en Mars 1896 se solda par un cuisant échec pour ces derniers le 1er Mars à Adoua. Ajouté à cette humiliation, un nouveau traité qui confortait l'indépendance du pays. En 1897 le Négus annexe l'Ogaden somalien, noue des liens commerciaux avec la France et fait confirmer ses frontières par un traité Franco- anglo- italien le 13 Décembre 1906. Le Négus savait jouer des rivalités européennes avec brio.
E) Règne de Iyassou V
Ménélik II avait enfin achevé ce que l'Ethiopie attendait depuis deux siècles, la paix, l'unité et l'indépendance.
En 1909, il tomba gravement malade et devint paralysé. Le pouvoir se concentra entre les mains de la Woizero Taïtou (née en 1851, épousée en 1883), nièce du Prince Wube Haylé Maryam. Ménélik II avait désigné comme héritier le fils du Ras du Wollo. Taïtou n'eut pas d'autres choix que d'appeler ce Prince pour lequel elle faisait peu de cas.
Fils de Ras Michael Ali et de la fille de Ménelik II, Lidj Iyassou est né en 1901 (sa sœur Zenebework épousera le fils de Tekle Haimanot et décédera en accouchant). Elevé par une nurse allemande, le Prince se retrouva subitement candidat au trône en mars 1906 (Ras Makonnen I est décédé le même mois), dès le premier accident vasculaire de Ménélik II. Régent en Août 1907 sous l'œil acéré de Ras Tessema (Premier Ministre), il épouse en Octobre 1909, Romanework Mengesha, petite fille de Yohannes IV.
Tout pourrait aller pour le mieux si la régence n'était pas contestée par le cousin de Ménélik, Ras Wolde Giorgis Aboye, soutenu par l'Impératrice Taïtou. Lorsque la santé de Ménélik se détériore complètement, Ras Tessema envoie des missives à l'Impératrice l'implorant de stopper les nominations de ses proches à des postes à responsabilité. Le 10 Avril 1911, Ras Tessema décède (empoisonné ?) curieusement laissant un Iyassou seul face à ses responsabilités. Du moins pour peu de temps car il nomme Ras Michaël, son père, à la primature.
En 1912, Taïtou tombe à son tour malade. La noblesse jusque là terrorisée se révolte et le Régent mineur ordonne qu'on prive la Woizero de ses domestiques, puis la confine à l'isolement. Néanmoins, elle réussit à nommer Ras Tafari Makonnen II comme son héritier (bien que le 21 mars 1906, elle est placée Yilmi, frère cadet de Tafari sur le trône du Choa à la mort de leur père). Par prudence, les princes issus de la lignée de Yohannes IV reconnaissent le règne du Prince Iyassou V.
Enfin, Iyassou ordonne la dissolution de son mariage pour non consommation (le Prince était loin d'être fidèle ; les rumeurs le porteront jusque dans le lit de la femme de Ras Tessema) et il se remarie rapidement à Seble Wongel Hailu, petite fille de Tekle Haimanot (dont une fille ) non sans avoir reçu auparavant le serment de fidélité de Ras Tafari (qui vient de récupérer le trône à Sidame à la mort de son frère, le 10 Octobre 1907, pendant que l'Impératrice place un eunuque sur le trône du Choa) .
Iyassou V continue de faire scandale à la cour par ses nombreuses frasques sexuelles. Pis, son attirance pour la religion musulmane ne fait qu'accroître le ressentiment de la noblesse à son égard. Il revendiquait même son appartenance à la lignée du prophète Mohamet par la Reine de Saba.
D'autant plus qu'Iyassou était désormais disposer à se débarrasser de Ménélik II en l'envoyant dans un autre palais finir sa vie. L'Impératrice Taïtou ordonna à sa garde d'empêcher les soldats d'Iyassou de se présenter devant les portes de son palais et le 8 février 1913, ce fut l'affrontement entre les deux camps (30 morts, 60 blessés). Iyassou devra donc attendre le décès de Ménélik II le 12 décembre 1913 et l'impératrice de quitter son palais. A peine Négus, Iyassou nomme son père Roi du Zion (couronné le 31 Mai 1914) soit tout le Nord de l'Ethiopie incluant le Wollo, le Tigré et le Gondar. Le Prince Wolde Giorgis furieux de cette seconde déposition manifeste sa colère au palais.
Si le Négus mécontente sa noblesse, il agace les anglais en se rapprochant des allemands et des turques (en 1915, il offrit un drapeau Ethiopien orné d'inscriptions arabes et enlevé du Lion de Juda ), se ridiculisant en demandant en mariage la Princesse Yolande de Savoie (sauvant de fait le pays d'une nouvelle invasion depuis la colonie italienne d'Erythrée) avant de forcer sa nièce Menen Asfaw de divorcer et d'épouser Ras Tafari Makonnen afin de mieux surveiller son cousin.
Le 30 Août 1916, épuisé par leur Négus, le Conseil Royal se réunit pour discuter de la déposition d'Iyassou. Le complot fut éventré. Mais la conversion à l'Islam du Négus accéléra la procédure de destitution. Wolde Giorgis trop vieux désormais fut écarté de la succession (il reçut le titre de Roi du Gondar en compensation), le Prince Dedjazmatch Kassa Haïlou (petit fils de Sahle Selassié du Shoa) refusa la couronne et les espoirs des comploteurs, bien que conservateurs, se reposèrent sur le réformateur Ras Tafari et la fille de Ménélik II, Zaouditou qui fut proclamée Impératrice le 29 Septembre 1916.
La guerre civile qui s'en suivit, fut favorable aux comploteurs qui repoussèrent les attaques de Ras Michaël (17 et 27 Octobre 1916) avant de le capturer en Novembre 1916. Ras Michaël décédera emprisonné en 1918, la même année que la Woizero Taïtou (11 Février). En fuite en Erythrée, Iyassou fut trahit et capturé le 11 Janvier 1921 par le Prince Gugsa Arraya, beau-fils de la Princesse Zaouditou .
F) Règne de Zaouditou et du Ras Tafari Makonnen.
Née le 2 Avril 1876 la Woizero Zaouditou a cela de formidable qu'elle devenait le premier chef d'état féminin d'un pays africain indépendant. Car en ce début de vingtième siècle, seul l'Ethiopie et le Libéria pouvait revendiquer le titre si précieux de pays indépendants sur le continent africain. Du pouvoir, elle en apprit tous les secrets avec sa belle- mère Taïtou. De son neveu le Négus Iyassou, elle exécra sa conversion à a religion musulmane, elle qui était une dévote orthodoxe.
Bien que couronnée Impératrice, le Conseil Royal lui appointa comme Régent (Inderase) le Ras Tafari Makonnen, son cousin et néanmoins héritier au trône. En effet, aucun des enfants de l'Impératrice n'avait survécu au-delà de l'adolescence. Malgré une tentative de le destituer en court- circuitant ses réformes (abolition de l'esclavage en 1924, entrée de l'Empire à la Société des Nations en 1923), Zaouditou fut obligée de faire couronner Négus Tafari qui prit le nom d'Haïlé Sélassié (Force de la Trinité).
Epoux de la Woizero, Ras Gugsa Welle tenta de renverser par les armes Ras Tafari mais le Régent le battit à Anchem le 31 Mars 1930 ; Ras Gugsa ne devait pas se relever du champ de bataille… Deux jours plus tard, Zaouditou rejoignait curieusement son mari dans la tombe après une longue guerre contre le diabète.