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CAMEROUN
Le Prince Nchare à la tête de centaines de personnes conquit un royaume et établit sa capitale à Djimom, jetant les fondations du futur Royaume Bamoun. Véritable guerrier de génie, le Prince finit par conquérir un empire (1394) qui comptera bientôt 30 000 personnes. Foumban va s'élever de terre et supplanter Djmom comme capitale du royaumme. La dynastie Nchare Yen est née.
Au XVIIIème siècle, le Royaume Bamoun va commencer à subir de façon répétitive les assauts des Haoussas - Foulanis et des Chambas. Il faut attendre le règne du Mfon Mbuembue (1757 - 1814) pour que les attaques cessent. Il en profite pour créer le symbole qui représente toujours la monarchie actuelle, un serpent à deux têtes (Ngnwe peh tu). Pour le Roi des Bamouns, ce symbole se doit d'affirmer son pouvoir dans la sous région. Il signifie qu'il peut intervenir sur deux fronts en même temps et remporter la victoire. Enfin, la capitale est fortifiée par d'imposants murs et de profondes tranchées. Mais ses successeurs ne profiteront pas des victoires de Mbuembue pour étendre le Royaume au-delà de leurs frontières.
Le royaume sombre vite dans l'anarchie à la mort de Mbuembue. Le Mfon Mbienkouo règnera à peine un an, décapité en place publique, déposé par un complot organisé par un esclave Bamiliké qui se proclame Roi sous le nom de Mfon Ngouoh. Loin d'être stabilisé par ce coup d'état, le Royaume vit une guerre civile entre partisans du nouveau Mfon et le prince royal, Nsangou. Ce dernier finit par arracher la victoire en 1863 et de restaurer les droits de sa famille sur la couronne. Les guerres reprennent pourtant et celle avec les Nso durant le règne du Mfon Nsangou) va être violente. Le souverain Bamoun en perdra d'ailleurs la tête.
L'apogée du Royaume va s'achever sous le règne du Roi (Mfon) Njoya en 1889, fils de Nsangou. Le Souverain de 19 ans marque déjà sa première année de règne en écartant le Premier Ministre de son père, Gbetnkom Ndo`mbue et ci devant amant de sa mère, la Reine Mère (Nafom) Nzapdunke . Mais le Premier Ministre déposé ne l'entend pas ainsi. Il entre immédiatement et ouvertement en rébellion contre le jeune souverain soutenu par une partie de la noblesse. Le pays Bamoun sombre dans la guerre civile. Comparé à l'histoire française, c'est l'épisode " de la Fronde " (soulèvement de la noblesse française contre le Roi Louis XIV au XVIIème siècle). Le Roi Njoya, avec l'aide de sa mère, est contraint de faire une alliance avec les Peuls, voisin de 200 kilomètres du Royaume. La cavalerie Peul mettra la balance du côté du souverain qui finit par remporter la victoire contre les rebelles. La stabilité politique retrouvée, le souverain entend réformer toutes les institutions du royaume. Il modifie l'armée et la dote d'une cavalerie tant il a été impressionné par le savoir- faire des Peuls. Enfin, il introduit un alphabet de son cru (500 signes qui évolueront durant un demi- siècle) et place la religion coranique au rang d'état avec une touche de christianisme (il s'est converti aux contacts de ses anciens alliés) en 1915. L'histoire Bamoun allait être consignée dans des livres et distribuée dans tout le pays.
Lorsque les missionnaires européens arrivent à sa cour en 1907, ils sont impressionnés par la modernité de l'état Bamoun, plus avancée que certains en Afrique de l'Ouest. Colonie allemande sous le nom du Kamerun, le Sultanat du Bamoun n'oppose pas de résistance. Bien au contraire, Njoya accepte de signer volontairement le protectorat que lui propose les Prussiens en 1884. Le Sultan Njoya est laissé sur son trône par son nouveau Protecteur qui a pris bien vite conscience de l'importance de cette monarchie pour stabiliser la colonie naissante. Mais à la fin de la première guerre mondiale (1918), la colonie allemande est divisée en deux et remise à une administration française et anglaise. Le Sultan Njoya est contraint de composer avec ces nouvelles deux entités coloniales. L'administration française le prive bientôt de ses pouvoirs, interdisant l'écriture Bamoun de crainte qu'elle serve de messages à des complots. Enfin l'administrateur français impose le christianisme dans la colonie. Cela indispose le Sultan Njoya qui réinstaure de son côté la religion musulmane dans ses états. Cette dernière tentative de rébellion force les Français à réagir et à mettre sous résidence surveillée le Sultan des Bamouns (1931). Njoya mourra dans une villa de Yaoundé en 1933. Il aura marqué significativement la vie du futur Cameroun en le modernisant totalement.
Les autorités coloniales allemandes vont devoir gérer un autre conflit, celui avec les Doualas du Roi Rudof Manga Bell (né en 1873). Ayant succédé à son père, le souverain Manga Ndumbe Bell, le 2 Septembre 1908, les autorités coloniales allemandes ne peuvent que se réjouir de l'accession de ce Prince au trône. Le nouveau souverain des Doualas est ultra occidentalisé, éduqué à Berlin et peut même se targuer d'avoir visiter Manchester. Le gouvernorat prussien lui alloue rapidement une pension de 8000 Marks par mois. Cette collaboration va durer dans l'amitié et le concordat pendant deux ans. Jusqu'à ce jour de 1910 où une délégation prussienne annonce au souverain que lui et son peuple allaient être re-localisés vers la rivière Wouri afin de permettre aux colons de s'installer dans ses terres. Rudolf Manga Bell est surpris par cette décision arbitraire et des révoltes sporadiques éclatent de part et d'autres des frontières de son état alors que les expropriations se multiplient. En Novembre 1911, le souverain Douala, sans avoir averti les autorités coloniales, envoie une plainte au Reichstag allemand (Parlement) qui ignorera superbement ce courrier. En Mars 1912, il récidive s'attirant les foudres du Gouverneur Prussien. Le conflit va devenir juridique chacun accusant l'autre d'avoir violé le traité de protectorat. En Août 1913, les autorités prussiennes décident de le déposer en mettant à sa place, son frère Henri.
Rudolf Manga Bell s'oppose à cette abdication forcée et les Doualas se retrouvent avec deux souverains. Au début de 1914, il envoie, en vain, des demandes de soutiens aux tribus avoisinantes. Le Sultan des Bamouns refusa catégoriquement de l'aider, alerte les missionnaires que le souverain Douala fomente une rébellion qui à leur tour alertent les allemands. Arrêté, Rudolf Manga Bell est pendu le 8 Août 1914.
Le 27 Septembre 1914, Douala était capturée par les forces alliées, les Prussiens contraints de quitter leur colonie en ce début de première guerre mondiale.
A la mort d'Ibrahim Njoya, un de ses 177 fils âgé de 31 ans, Seidou Njimoluh Njoya vient revendiquer la succession auprès de l'administration française. Depuis la mise en résidence surveillée de son père, le Royaume Bamoun n'a plus de souverains. La France accepte de restaurer le Prince dans ses droits à la condition qu'il ne se révolte pas.
Le nouveau Mfon conservera ses droits régaliens au sein d'une autonomie restreinte mais le Royaume Bamoun ne sera pas sacrifié sur l'autel de la colonisation. D'ailleurs, le Mfon Njimoluh deviendra un fonctionnaire zélé de l'Empire Français en occupant un siège à l'assemblée territoriale et bientôt au-delà de l'indépendance. Profondément attaché à sa culture, il restaurera au départ de l'administration coloniale les idoles de sa religion et transformera son palais en musée. Le Mfon décèdera le 28 Juillet 1992 alors que le Cameroun se déchire doucement de nouveau entre francophones et anglophones, une guerre virtuelle débutée lors de l'indépendance négociée.
Le Mfon al-Haji Ibrahim Mbombo Njoya XIX succède en Juillet 1992 à son père.
Né le 27 octobre 1937 à Foumban, le Prince n'est pas un inconnu de la vie politique camerounaise. Son curriculum vitae résume a lui seul toute une carrière prometteuse au sein de la République. Il va occuper les fonctions de secrétaire d'Etat à l'information de 1960 à 1961, puis de Directeur du Cabinet du Ministre des forces armées (1961-1964) et enfin de Commissaire Général à la jeunesse, aux sports et à l'éducation (1964-1965). Le Prince s'est vite rallié à Ahidjo qui le gratifie entre 1965 et 1970, du poste de vice Ministre de l' Education Nationale, de la culture de la jeunesse et des sports avant de le nommer Ambassadeur en Guinée Equatoriale (1970-1974), puis en Egypte (1974-1980).
Le Prince est populaire parmi son peuple. Ahidjo comprend qu'en éloignant ce prince, il peut craindre de perdre un soutien important et de plus le Sultan Njimoluh, qui vient de sortir d'une grave maladie, fait pression sur le Président afin qu'il rappelle le Prince au cameroun. En 1980, il rappelle brièvement le Prince au gouvernement comme vice-ministre des affaires étrangère avant de le muter en Janvier 1982 aux postes et télécommunications.
Ibrahim Mbombo Njoya suit avec attention le développement de la Présidence d'Ahidjo. La dureté du régime lui fait craindre un coup d'état. Il refuse de se mêler aux complots internes de peur d'être privé de sa succession. L'exemple ougandais lui reste en mémoire quand même bien la proclamation de la République a réduit les pouvoirs de son père à un simple rôle traditionnel.
En 1983, il est nommé au poste de Ministre de la jeunesse et des sports. L'équipe nationale de football, les Lions Indomptables, remportera la coupe d'Afrique des Nations en 1984. ; Équipe qu'il a contribuée à soutenir et financer. Entre temps, Ahidjo a été " débarqué " de son poste. Le prince continue d'assurer néanmoins ses fonctions avant de le quitter en 1986 auréolé de cette gloire. Devenu alors Ministre de l'information et de la culture puis celui de l'Administration territoriale (1988-1990), il reprendra peu après son maroquin de Ministre de la jeunesse et des sports avant de bientôt rejoindre son palais deux ans plus tard pour succéder à son père.
Intronisé le 10 Août 1992, le Sultan des Bamouns reste une figure incontournable de la vie politique camerounaise et le détenteur d'un héritage glorieux.