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Ethiopie
A) L'invasion et l'occupation italienne
Tafari Makonnen était l'unique héritier de Zaouditou. Iyassou V ne représentait pas une menace directe pour le Négus. L'ancien Négus fit pourtant de nouveau parler de lui. Sa fuite en 1931 avec l'aide d'un aventurier italien et celle de son ex- beau- père Ras Haïlou Tekle Haimanot de Godjam puis de nouveau son emprisonnement a Addis Abeba le 27 Mai 1932 réduisit ses chances de restauration. Durant sa captivité, Zaouditou avait réclamé un traitement royal à l'ancien Négus, traitement qui fut refusé par Tafari. C'est donc en captivité qu'Iyassou devait mourir en Mars 1936.
Jamais avènement n'avait été accueilli avec autant de ferveur parmi la population Ethiopienne. Descendant de Ménélik I à la fois par son père et sa mère, le nouveau Négus incarnait en ce début de XXème siècle tout le prestige impérial que l'Ethiopie revendiquait à travers son indépendance.
Né le 23 Juillet 1892, il acquit un sens des affaires politique lors de son accession au poste de Gouverneur du Harrar à l'âge de 13 ans, à la mort de son frère aîné. Le 3 Août 1911, il se mariait à la nièce de l'héritier du trône, Menen Asfaw. Ce mariage le rapprochait inopinément du trône. Lidj Iyassou déplaisait au milieu aristocratique par son attitude arrogante et les faveurs qu'il distribuait aux milieux musulmans. Guerre civile, régence et Haïle Sélassié Neguse Negest ze-'Ityopp'ya ( Rois des Rois d'Ethiopie), une aura qui place son règne sous les meilleurs augures.
L'Empereur veut moderniser son pays et les ambitions italiennes l'insupportent. Le Négus a voyagé en Europe et s'est fait des amis parmi les maisons royales. Lors de son couronnement le 2 Novembre 1930 dans la Cathédrale Saint Georges d'Addis Abeba, le Duc de Gloucester, un Maréchal de France et un Prince Italien représentait leurs pays respectifs. Hommage de monarchie à une autre mais aussi présence de puissances coloniales qui lorgnaient sur les richesses du pays.
Le Négus fait promulguer la première constitution du pays le 16 Juillet 1931, créant une assemblée nationale avec deux corps et une chambre de sénateurs. C'était la première fois que l'aristocratie se retrouvait ensemble, toutes ethnies confondues afin de présider aux destinées du pays. Haïlé Sélaissié entreprend de réformer l'état de fond en comble quitte pour cela à faire bouger les mentalités conservatrices de la noblesse et de l'Eglise. Bien qu'officiellement abolie, l'esclavage reste encore de mise dans le pays. Certaines traditions ont la vie dure. Inacceptable pour le Négus. Pourtant ce n'est pas la noblesse ni l'église qui va stopper ses réformes mais l'Italie voisine.
Le 5 Décembre 1934 au puit de Walwal alors que son armée accompagne une commission anglo - éthiopienne chargée de délimiter les frontières de l'Empire, ses soldats sont pris à parti par des italiens. Les combats qui s'en suivent font 130 morts du côté impérial, 30 du côté de l'Italie. A Rome, on a guère oublié la défaite d'Adoua. Le Duce Bénito Mussolni exige des réparations au Négus. Celui-ci flaire le piège et se retourne auprès de l'arbitrage de la Société Des Nations ; l'Italie refuse. Une mission d'observation est crée fin Septembre 1935 après une multitudes de pourparlers. Il faut dire que l'acheminement d'armes par l'Allemagne durant l'Eté a affolé les pays adhérents de la S.D.N. L'Italie fait peu de cas de cette mission et le 3 Octobre envahit brutalement l'Ethiopie.
Haïlé Sélassié entend combattre l'ennemi personnellement. Tout auréolé de la gloire d'Adoua, il est persuadé que son armée mobilisée va repousser les Italiens hors de la frontière. Adoua justement va être de nouveau le terrain d'un champ de bataille le 6 Octobre. La ville tombe dans la journée. L'Italie a engagé dans la conquête de l'Ethiopie de prestigieux noms tels que le Maréchal Pietro Badoglio ou Graziani. Son armée bénéficie de toutes les techniques modernes d'armement. Au fil des mois, les armées éthiopiennes sont repoussées, les généraux éthiopiens soudoyés, les populations musulmanes se rallient à l'occupant avec la promesse de la restauration de l'ancien Négus Iyassou V. Le 12 Janvier 1936, l'aviation italienne bombarde les positions éthiopiennes et les tentes de la Croix Rouge avec des gaz. En Février, les armées du Ras Imrou Selassie (cousin de l'Empereur) et celle du Ras Kassa Haïlu sont totalement défaites laissant la route de la capitale ouverte.
A l'Assemblée, on s'agite. La session est houleuse. Finalement, on décide d'évacuer Addis Abeba et de se replier dans la ville de Gore. En Avril la famille impériale regagne la capitale et le 3 Mai s'envole pour Djibouti sous la protection des Forces Françaises. Deux jours plus tard, les Italiens faisaient leur entrée dans Addis Abeba. A Rome, les nouvelles de la victoire rejaillissent sur le Duce Mussolini. Il proclame aussitôt le Roi Victor Emmanuel III de Savoie, Empereur d'Ethiopie. Graziani recevra le titre de Vice- Roy et Badoglio celui de Duc d'Addis Abeba. Revenant à Rome, Badoglio exhibera fièrement le trône du Négus dont il s'est emparé. L'Italie aura désormais bientôt un empire colonial en Afrique avec la Somalie, la Libye et la Tunisie.
Le Négus s'embarque en Juin sur un bâtiment britannique vers Jérusalem où de là il rejoindra Londres. Il a nommé son cousin Ras Imrou Régent et celui-ci s'emploie à organiser la résistance. Le 30 Juin, le Négus arrive à l'assemblée de la S.D.N, à Genève. Il est introduit comme " Sa Majesté Impériale l'Empereur d'Ethiopie " sous les sifflets des journalistes italiens présents pour couvrir l'événement et par le Comte Galeazzo Ciano gendre du Duce. Son discours en Amharique sera éloquent et rempli de détails sur la manière dont l'Italie a utilisé des gaz chimiques. Pourtant il est trop tard. Bien que les membres de la S.D.N reconnaîtront l'atrocité de l'invasion, ils condamneront que très peu la colonisation de l'Ethiopie. Haïlé Sélassié doit repartir en exil et s'installé à Bath, en Angleterre.
Dans l'Ethiopie occupée, la résistance est active. Le 17 Décembre 1936, Imrou capitule. En Février 1937, les gendres du Négus Ras Desta Damtew et Dejazmatch Beyene Merid sont capturés par les Italiens et exécutés. Le 19 Février Graziani échappe à un attentat. La répression sera excessive. Plus de 20 000 personnes seront tuées. La Princesse Romanework, fille du Négus est emmenée en captivité en Italie où elle y mourra en 1941. Tous les membres de la famille impériale qui n'ont pas fuit avec le Négus sont entrés en résistance. Certains ont rejoint l'occupant. Le Prince Haile Selassie Gugsa , gendre de l'Empereur et arrière petit-fils de Yohannes IV, reçoit en récompense de sa fidélité le titre de ras du Tigré. Poste qu'il occupera jusqu'en 1941.
Pour éviter un embrasement général, Graziani est rappelé en Italie. Lui succède au titre de Vice- Roy, le Duc Amédée d'Aoste, un membre de la Famille Royale d'Italie.
B) Restauration du Négus.
L'entrée en guerre de l'Italie en Juin 1940 dans le conflit mondial est le prétexte pour le négus de revenir sur le devant de la scène. Il propose aux anglais de commander une force conjointe avec les Ethiopiens, ce que s'empresse d'accepter le Royaume Uni qui voit là un moyen de prendre pied en Afrique et notamment dans cette Ethiopie qui les a chassés un siècle plus tôt. Haïlé Sélassié n'est pas dupe pour autant. Le 2 Juillet 1940, il arrive au Soudan. Six mois plus tard, il peut entrer en Ethiopie sous la protection des forces Britanniques. Les Italiens commencent à reculer. Le 6 Avril, la capitale capitule. Le 19 Mai, le Duc d'Aoste annonce la reddition des forces armées italiennes. Le Négus peut remonter sur son trône mais sous le protectorat des anglais qui décident d'administrer l'Ogaden. Et de destituer et emprisonner son gendre Haïle Selassie Gugsa. Dans la famille de l'ancien Négus Iyassou, il en allait autrement. Lij Yohannes, héritier d'Iyassou V, organisa une rébellion contre les italiens, gagna la faveur du Négus avant de la perdre suspectée de complots et d'être banni de la cour. Son frère, Ménélik (III) se réfugia à Djibouti après avoir refusé le trône offert par les Italiens (il sera autorisé à revenir en 1941 en Ethiopie). Meleke Teshai Eyasu VI, un autre de leur frère fut proclamé, à peine âgé de 16 ans, Empereur en 1936 par une assemblée de partisans de son père. Les Italiens le pourchassèrent mais la malaria eu raison de cet Empereur la même année.
Haïlé Sélassié acquiesce sur le principe mais entend bien renégocier sa souveraineté. Pour le moment, l'état est à reconstruire même si il faut reconnaître que les Italiens ont construit des routes et bâtiments à travers tout le pays. En 1942, il tente d'instituer un impôt qui échapperait aux regards de la noblesse. Celle-ci refuse d'appliquer une telle loi qui lui ferait perdre des privilèges issus des temps antiques.
Le 19 Décembre 1944, un traité avec l'Angleterre rend son indépendance à l'Ethiopie mais l'Erythrée reste entre les mains de la puissance coloniale. Il faudra attendre le 10 Juillet 1951 pour que l'Organisation des Nations Unies accepte que l'Erythrée soit définitivement rattachée à l'Empire. Les frontières consolidées, le Négus s'attaque au problème religieux. Il s'agit pour l'Empereur de faire de son église orthodoxe, une église reconnue par la chrétienté Orthodoxe. Ce sera fait par permission du Pape Copte d'Alexandrie, Cyrille VI, en 1959. En échange d'une autonomie de ses églises, le Négus avait négocié une taxe sur les terres de l'église orthodoxe éthiopienne. Pour son jubilé d'argent en Novembre 1955, Haïlé Sélassié fait promulguer une nouvelle constitution qui donne plus de pouvoir à la chambre basse du Parlement mais sans toucher aux privilèges féodaux. L'aristocratie enfermée dans un Parlement n'en restait pas moins une menace. Si L'empire avait acquis une stature internationale, les paysans restaient encore sous la férule de la noblesse.
L'Empereur voyage. En 1959, il est dans les pays européens de l'Ouest et de l'Est, participe à la conférence de Bandung en 1955 qui réclame l'indépendance des colonies africaines puis le 1er Décembre 1960, part au Brésil.
Le 3 Décembre, la Garde Impériale dirigée par le Général Mengistu Neway aidé de son frère Germaine, Gouverneur de district, s'empare du Palais Impérial. C'est un coup d'état. Bien qu'il ne reçoive pas de soutien de la population (hormis des universités) ni de l'église, c'est le Prince héritier Asfa Wossen qui va créer la surprise. Bien qu'il est été arrêté (14 Décembre) avec l'Impératrice par le Colonel Worheneh ci- devant Chef de la Sécurité Nationale, il lit une déclaration qui n'est ni plus ni moins qu'une reconnaissance du coup d'état. Son rôle dans ce coup d'état sera très controversé mais dans la tradition des héritiers de l'Empire. Haïlé Sélassié peut compter sur les forces gouvernementales pour contrer le putsch. Alors que le Négus rentre au Soudan, les rebelles sont acculés par les loyalistes. Les frères Neway décident d'exécuter les ministres arrêtés (dont le Ras du Tigré Ras Segoum, petit- fils de Yohannes IV ) avant de devoir se rendre le 16 Décembre. Le lendemain, le Négus rentre sous les acclamations, pardonne au Prince héritier et ordonne l'exécution par pendaison de Mengistu Neway trois mois plus tard ; Germaine quant à lui se suicidera.
Le coup d'état a des répercussions que l'Empereur ne peut soupçonner. Les étudiants dans leur large majorité ont soutenu le putsch. Le Négus ne fera rien pour contenir leurs ardeurs. D'ailleurs, il a autre chose en tête. Faire de sa capitale, le centre de l'Organisation de l'Unité Africaine. En 1963, ce sera chose faîte. L'empire est à son apogée.
La Somalie voisine entend récupérer l'Ogaden perdu entre Février et Mars 1964. L'échec est aussi retentissant en Somalie que la victoire en Ethiopie est célébrée dans le faste. Pourtant la révolte gronde. L'Erythrée se soulève en 1965 avec le Front de Libération de L'Erythrée acceptant mal la domination de l'administration éthiopienne. Le Soudan arme la rébellion, espérant que les musulmans suivront bientôt dans cette lutte. D'Empereur de la paix, l'image du Négus véhiculée par certains Présidents africains se mue en Empereur autocrate. Les étudiants manifestent violemment dans la capitale et réclament plus de liberté. Les idées marxistes ont pénétré largement au cœur des universités. Profondément affecté par le décès de l'Impératrice Menem le 15 Février 1962, le Négus se réfugie dans les affaires extérieures du pays (voyage en France, Etats-Unis) et laisse son Premier Ministre s'occuper des problèmes intérieurs de l'Empire. Et les problèmes vont en s'accroissant. Les manifestations étudiantes reprennent en Mars 1968 et durant l'année 1969.
Haïlé Selassié continue de voyager et se rend en France pour l'enterrement du Général de Gaulle. Il est alors le doyen des chefs d'état présent lors du deuil national. Il s'entretient avec le Secrétaire aux Affaires Malgaches et Africaines (Jacques Foccart), salue les ministres du Gouvernement Français et joue la carte des alliances. Sait-on jamais !
Il lui faut pourtant revenir dans sa capitale. Les manifestations sont désormais contenues mais certaines provinces grondent encore. L'Empire est vieillissant à l'instar de son Empereur.
C) La fin de l'Empire
L'Etat d'urgence est proclamé en Erythrée et comble de tout, une famine éclate dans la province du Wollo et du Tigre en 1972. Des multiples saisons sèches et des terres distribuées à des propriétaires terriens qui les exploitent mal ont mit à mal ces deux provinces impériales. Pourtant les greniers à blé sont remplis mais le gouvernement refuse de les distribuer. Pis l'armée retiendrait les réserves de nourriture pour contraindre les rebelles à se soumettre.
Le bilan de cette famine sera lourd. 200 000 morts, 80% des récoltes et autant du bétail sont perdus. Le gouvernement est accusé d'incompétence et des rapports accusent la noblesse de s'être servi dans les réserves et d'étouffer le scandale (dans son allocution parlementaire, le Négus ne fait pas mention de la famine).. Les images de la famine seront diffusées à travers le monde entier par les médias télévisés internationaux. Le quatre vingtième anniversaire du Négus achève de discréditer l'Empire. Célébré en grandes pompes, l'anniversaire est mal perçu par une population qui vit dans la pauvreté. Au palais, la famille impériale vit dans les intrigues, divisés entre partisans de Teneworq, fille du Négus et le Prince Makonnen, petit-fils du Lion de Juda. La course à la succession a commencé. On sait le peu de cas que le Négus faisait de son fils.
Dans l'armée, la révolte gronde également. Prix de l'essence en constante augmentation, salaires non versés, rupture des relations diplomatiques avec Israël qui les prive d'une aide technique indispensable, les officiers sont pris en otage par leurs propres troupes (Janvier et mars 1974). En Février, rentrant d'une inspection militaire, le Négus trouve sa capitale paralysée par les grèves. Des étudiants aux conducteurs de bus, tous trouvent un prétexte pour paralyser la ville. L'Empereur leur donne satisfaction deux semaines plus tard en retirant tous les projets de loi qu'ils contestent. Le 26 Février Asmara, capitale de l'Erythrée une mutinerie éclate. Le lendemain, c'est l'aviation qui rejoint les rebelles en lançant des tracts depuis les airs. Devant la corruption généralisée, l'Empereur a accepté le 7 Mars qu'une commission militaire (Derg) soit formée et annonce au pays le 14 devant un corps entièrement éthiopien que son successeur sera Zera Jacob, fils d'Asfa Wossen .
Dans les universités, les étudiants et les professeurs manifestent au coté du syndicat CELU et réclame l'application de 16 mesures dont un nouveau code du travail, sécurité de l'emploi, des retraites, augmentation des salaires, éducation gratuite… Le 11 Mars, l'aviation civile entre dans la grève. L'Eglise copte commence à se diviser. Les prêtres accusent la haute hiérarchie de s'enrichir sur leurs dos. Et les musulmans de donner de la voix également, réclamant la totale liberté de culte.
Le 27 Avril, l'armée arrête tout le gouvernement y compris l'ancien Premier Ministre Akilou Habtewold (démis le 27 Février) et le Ministre de la Défense, la marine se mutine à son tour. Haïlé Sélassie a nommé Lidj Endlkatchev Makonnen Premier Ministre. Il est issu d'un clan féodal et un ambassadeur de renom. L'armée rentre dans ses casernes. Mais le 26 Juin, une mutinerie de la IVème Division éclate et des membres du Parlement sont arrêtés. Le Derg entretient une situation confuse. Il renouvelle son allégeance à l'Empereur mais continue de faire arrêter tous les dignitaires de l'Empire jusqu'au Guide religieux de l'Empereur. Le 3 Juillet enfin, Le Négus accepte les réformes proposées par le conseil militaire mais se heurte à sa noblesse qui voit la fin de ses privilèges. L'armée est exaspérée devant cet Empereur vieillissant et ce malgré la nouvelle nomination le 22 Juillet de Lidj Michaël Imru (né en 1926, fils de Ras Imru, cousin du Négus) à la Primature qu'elle a pourtant soutenu. Des affiches sont placardées à travers toute la capitale appelant à la fin de l'Empire. Les étudiants les plus radicaux reprennent les grèves.
Le 12 Septembre vers 10 heures, le Négus est au Palais Impérial. Il voit soudainement entré dans son bureau des militaires armés qui lui annoncent qu'il a été déposé, le Parlement dissout, la loi martiale proclamée et la constitution dissoute. Le Chef d'Etat- Major le Général Michaël Aman Andom (nommé récemment à son poste le 3 Juillet) s'est proclamé chef de l'état. Pourtant, le Derg hésite à abolir la monarchie millénaire d'Ethiopie et les syndicats n'acceptent pas que les militaires se fassent leurs représentants. Le Négus a renoncé à son titre d'Empereur et a pris celui plus humble de Roi, espérant sauver l'Empire. Le conseil militaire ne l'entend pas ainsi et proclame le Prince héritier Asfa Wossen Empereur mais sans aucun pouvoir quelconque. Il fallait aussi éviter une contre- révolution conservatrice.
Peu après, c'est la résidence de la Princesse Tenagneworq qui est investie, son entourage arrêté.
Mais le nouveau Négus se trouve dans un hôpital suisse pour raisons médicales (en 1973, il a été victime de sa première hémorragie cérébrale) et ne peut rejoindre son royaume. L'église copte s'est ralliée au nouveau pouvoir puisqu'elle contribue aux respects des traditions et qu'en suspendant la constitution, elle a empêché le projet de séparation de l'église et de l'état de voir le jour.
Certains militaires du Derg entendent se passer définitivement de la monarchie. Les tergiversations du Général Andom poussent certains comme le Général Tafari Bante (1921- 1977) ou le Général Mengistu Mariam à destituer Andom le 22 Novembre et l'arrêter à son domicile. Andom tente de résister avec quelques soldats loyalistes mais blessé il doit se rendre. Il mourra sur le trajet qui le menait à l'hopital.
Les membres de l'aristocratie sont arrêtés voir exécutés (61 Membres le 23 Novembre 1974 dont le petit-fils du Négus, l'Amiral Iskander Desta (Ministre des Affaires Etrangères) et deux anciens Premier Ministre Lidj Endelkachew Makonnen et Tsehafi Taezaz Akilou Haptewold, le Général Andom) , la famille impériale assignée à résidence. L'ancien Ras du Tigré, Haile Selassie Gugsa est libéré par le Derg . Vieilli par plus de trente ans de prison, le Prince mourra quelques mois plus tard, oublié. L'épouse de Endelkachew et nièce du Négus, la Princesse Yeshashewok Yilma est arrêtée et emprisonnée (elle n'en sortira qu'en 1982 et survivra peu de temps à sa libération) à son tour. La fille d'Iyassou, Alem Tsehai, qui n'avait pas été inquiétée par Hailé Sélassié ne le sera pas non plus par le Derg . Pour la fille du prétendant, qu'importait ce que représentait le Derg puisqu'il vengeait l'humiliation faîte au Négus Iyassou V. Mais son rang de Princesse était heurté par le changement de régime. Des partisans d'Iyassou V refirent soudainement apparition. Mesfin Iyassou VII, confiné dans un monastère ( ?) se fit proclamer en pleine révolution Empereur avec peu de succès car on remit finalement en cause sa filiation à l'ancien Négus.
Le nouveau gouvernement trace la nouvelle ligne de conduite du pays. Le 21 Décembre 1974, un programme socialiste Ethiopia Tekdem (Ethiopie d'abord) est distribué à travers le pays. En pleine guerre froide, cette nouvelle situation inquiète les puissances occidentales dont la France et les Etats-Unis. La France craint que l'Ethiopie ne tente d'annexer sa colonie de Djibouti, les Etats-Unis que le pays devienne un satellite de l'Union Soviétique.
Le Godjam se soulève. Les monarchistes commencent à s'unifier pour renverser le Derg (Février 1975) alors que celui-ci commence à nationaliser les secteurs phares de l'économie. Le 4 Mars, le Derg fait voter une loi de réforme agraire qui fait des terres, des propriétés collectives de l'état sans compensations. Les thèses marxistes sont à la mode. L'Eglise est également nationalisée. Rien d'étonnant quant on sait que la coccinelle qui a amené le Négus Hailé Selassie en prison était de couleur .. rouge. Le 17 Mars, le Derg annonce à l'Ethiopie que la République a été proclamée et la monarchie définitivement abolie. Le Cameroun, le Gabon ou le Kenya auront tenté en vain de négocier un exil avec le nouveau gouvernement pour le Négus.
D'ailleurs le Négus est devenu aussi un poids lourds pour le Derg divisé. Faut-il l'exiler comme le pensent une majorité du Comité ou l'éliminer dans la plus pure tradition éthiopienne ? Les plus radicaux d'entre eux comme le Général Mengistu Mariam penchent pour cette deuxième solution. L'Empereur vivant, il reste un symbole pour ceux qui refusent le progrès et la modernité ! Telle aurait pu être sa pensée ..
Le 25 Août 1975, sa porte de prison s'ouvre. Le Négus est allongé sur son lit, il est fatigué. Ses médecins lui ont diagnostiqué depuis le mois de Mai une tumeur de la prostate. Il se réveille aux sons de la porte. Il n'aura pas le temps de protester, un coussin imbibé d'éther lui est violemment asséné sur la tête. Il ne survivra pas à l'étouffement. Son corps sera livré à la chaux et enterré en catimini.
Sa mort annoncée déclenche des manifestations et des grèves de soutien à l'Empire (environ 10 morts le 26 Septembre, les membres du CELU sont incarcérés).En Octobre, c'est l'ethnie Amhara qui se rebelle. Le pays sombre dans la guerre civile. De son exil Asfa Wossen soutient toutes formes de rébellions pourvu que celles- ci le ramène à Addis Abeba. Certains officiers du Derg devant tant d'anarchies pensent d'ailleurs le rappeler. C'est sans compter parmi les plus radicaux du comité. Le 30 Janvier 1976, c'est 6 ministres de la Junte qui sont arrêtés. Le 15 Février suivant, le Général Kedebe Workou , ancien Commandant de la Garde Impériale est assassiné. Le 10 Juillet, c'est une tentative de coup d'état qui échoue. Des officiers du Derg sont arrêtés et fusillés. Le 23 Septembre, Mengistu échappe à une tentative d'assassinat. Les représailles et les exécutions qui s'ensuivirent accentuèrent les dissensions au sein du Comité. Le 3 Février 1977, de violents affrontements entre partisans des deux camps militaires éclatent dans la capitale. Le Général Bante tente de s'emparer du pouvoir ; il sera tué dans les combats. Les plus modérés des officiers du Derg favorable à une monarchie constitutionnelle ou une république démocratique sont arrêtés. Le nouvel homme fort de la République Populaire d'Ethiopie s'appelle désormais Mengistu Hailé Mariam.