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Swaziland
Le 7 Octobre 1889, Dlamini IV meurt subitement durant une cérémonie traditionnelle. Meurtre ou mort naturelle, quoiqu’il en soit ce décès prématuré ouvre les portes d’un nouveau règne que l’on espère long, prospère et souverain. Le règne de Ngwane V sera tout aussi décevant que son prédécesseur Les Boers du Transvaal se servent d’un imbroglio juridique pour obtenir l’administration du Swaziland en 1894 à la grande frayeur de la cour royale qui finalement n’a plus mot à dire. Mais la guerre qui va bientôt débuter entre les deux Républiques Afrikaners du Transvaal et de l’Etat d’Orange Libre contre les anglais va changer le jeu politique du royaume. Les Britanniques sont les vainqueurs de cette guerre et l’Afrique du Sud est devenue désormais une vaste colonie du Royaume-Uni. Autre fait déterminant est le décès du nouveau souverain le 10 Décembre 1899. La Régente Labotsibeni Mdluli (1859-1925) en profite pour réclamer de nouveau la protection des anglais conte la reconnaissance du pouvoir du jeune Sobhuza II, fils du précédent, et seulement âgé de quelques mois (il est né en Juillet 1899). Nous sommes alors en 1902, le Swaziland accède désormais au rang de protectorat britannique. Dans la théorie car dans la pratique, il faudra tout de même attendre quatre ans avant que cela soit officialisé dans les textes.
Le Swaziland retrouve une certaine forme de souveraineté mais le protectorat est dirigé par un Haut Commissaire britannique basé dans la colonie du Béchuanland (futur Botswana). En 1914, à peine un tiers du territoire du royaume est détenu par les Swazis. Le reste est divisé entre les petits propriétaires Anglo-afrikaners ou autres conglomérats du même genre. Pour survivre, les Swazis émigrent en Afrique du Sud et partent travailler dans les mines. La tradition en est bouleversée, les cultures abandonnées au profit des mirages des villes.
Le 22 Décembre 1921, Sobhuza II atteint enfin sa majorité et couronné Souverain (Ngenyama) du Swaziland. Le jeune souverain supporte vite mal l’omniprésence des anglais sur son sol et l’appauvrissement de son pays. C’est un fervent nationaliste et qui a compris les rouages économiques du monde moderne. Il décide d’octroyer aux investisseurs anglo- sud –africains l’exploitation des mines d’amiante et de charbon et dans le même temps fait racheter par les chefs coutumiers, les terres occupées par les boers (ainsi les swazis redeviendront détenteur à 45% de leur pays en 1968). Une politique longue, couteuse mais efficace.
Sur le plan administratif, le pouvoir anglais conforte sa puissance. Une assemblée législative est constituée censée représentée les swazis mais entièrement composée d’européens. Un comble pour ce royaume qui dispose pourtant de son propre parlement traditionnel (Liqoqo). Le « Home Rules » méprise totalement les droits souverains des Swazis. En 1944, l’autorité britannique tente de réduire les pouvoirs de Sobhuza en l’inféodant à son pouvoir (il est considéré comme un simple chef traditionnel- Paramount Chief). Mais Sobhuza II se montre des plus réticents à appliquer les ordres des anglais. Force sera aux anglais de rendre son autonomie au souverain dès 1952.
En fait les anglais manœuvrent habilement avec Sobhuza II. Il lui prépare le chemin de l’indépendance mais non pas dans un geste d’humanité mais bien pour empêcher l’Afrique du Sud voisine d’annexer le protectorat. Les Afrikaners ont élu leur premier gouvernement nationaliste en 1948 grâce à un jeu d’alliances avec différents petits partis. Les premières lois raciales se mettent en place et les Afrikaners revendiquent l’indépendance totale de leur pays avec le Lesotho et Swaziland compris si possible. Et cela les Britanniques ne sauraient le permettre. La perspective d’une Afrique du Sud puissante n’est guère faite pour leur plaire. Sobhuza II l’a également compris. L’indépendance de l’Afrique du Sud dirigé par un gouvernement exclusivement afrikaner menacerait son royaume d’une violente annexion. Le souverain et les Britanniques s’accordent pour que le Swaziland échappe à tout contrôle des autorités sud-africaines. Et les Afrikaners d’abandonner toutes tentatives ou velléités d’annexion.
Sobhuza II peut donc enfin se consacrer à rendre à son pays sa totale souveraineté que ses prédécesseurs avaient vendue à « l’homme blanc ». Mais les Anglais tardent à concrétiser son rêve d’indépendance. En 1963, le Prince Dumisa Dlamini (neveu du Roy) et le Docteur Ambroise Phesheya Zwane fondent le Ngwane National Liberatory Congress (NNLC). Ilt mènent des campagnes contre l’autorité coloniale et les affrontements entre leurs partisans et les Askaris (policiers swazis de l’administration coloniale) sont fréquents. Mais le Prince Dlamini à qui Sobhuza reconnaît ses actions n’a pas la faveur du souverain. Dumisa Dlamini veut que le souverain accepte une monarchie parlementaire comme principe de base à l’indépendance. Ce que Sobhuza II refuse d’entendre parler. Il est souverain absolu depuis sa naissance, souverain absolu il restera !
Et pour ce faire, il prend conseil auprès d’un avocat sud- africain et fonde son propre mouvement « l’Imbokodvo National Mouvement (INM) » qui remporte plus de 85% des suffrages aux premières élections organisées en 1964, balayant les 3 ou 4 partis qui se présentaient devant lui. C’est un double succès pour le souverain qui non seulement assoit son pouvoir (il rafle les 24 sièges de l’Assemblée) mais rassure les quelques milliers d’anglo- Afrikaners conservateurs présent dans le protectorat. Un échec pour le panafricain Dumisa Dlamini.
Le 6 Septembre 1968, le Swaziland accède enfin à l’indépendance. Une constitution est élaborée, adoptée mais dans les faits Sobhuza II règne en souverain absolu sur son royaume, auréolé de la gloire de ses ancêtres passés (principe du Tinkhundla). D’ailleurs sa fureur est grande lorsqu’il constate que le NNLC obtient 3 sièges au parlement lors des élections législatives de 1972. Pis, le Prince Mfanabilisi Dlamini, le plus haut représentant de la famille royale a été battu.
Sobhuza II décide donc de mettre un terme définitif à ce parlementarisme que lui ont imposé les anglais. Le 12 Avril 1973, il déclare l’état d’urgence, opère un coup d’état, suspend la constitution, interdit les partis politiques et de facto rétablit l’absolutisme sur le pays.
Au-delà de ce putsch royal, c’est la main sud africaine qui est dénoncée. Le Roi s’est entouré d’un conseiller afrikaner membre influent du Broederbond, cette association secrète qui prône la ségrégation raciale. D’ailleurs la proclamation qui dissout l’assemblée sera écrite en Afrique du Sud.
Sobhuza II règne donc par décret depuis son palais de Lobamba, entouré de sa cour qui exécute ses moindres demandes. En 1978, il réintroduit une nouvelle constitution qui n’aboutit à rien de plus que le pays connaissait déjà. La majorité des pouvoirs restait entre les mains du Roi et les députés étaient élus par les chefs traditionnels.. dévoués au souverain. Enfin un an plus tard, le Prince Mabandla Dlamini fut nommé Premier Ministre. Quoique libéral, le Prince ne put vraiment véritablement exercer ses fonctions.
En Février 1982, un pacte de non agression fut signé entre le Swaziland et l’Afrique du Sud non sans que Sobhuza II eut tenté de négocier l’annexion du bantoustan du KaNgwané afin d’obtenir un accès à la mer, bantoustant peuplé majoritairement de swazis.