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Egypte
Le nouveau souverain de l'Egypte va être le fondateur d'une nouvelle dynastie qui va perdurer jusqu'en 1952. Mais cela Mehemet Ali Pacha l'ignore. Il continue la réorganisation du pays (nationalisation en Mai 1808 des terres agricoles), défait les anglais en Mars 1807 alors qu'il tentait de reprendre pied en Egypte, résiste à une tentative de destitution par les Ottomans (Juillet 1806) et enfin met fin aux régiments mamelouks (le 1er Mars 1811, il rassemble les 470 chefs Mamelouks et les fait exécuter par un régiment d'Albanais). Mehemet Ali Pacha reste pour le moment fidèle au régime ottoman. Il participe avec son fils Toussoune à la conquête de l'Arabie contre les Wahhabites (1811- 1818) et s'empare du Soudan en Octobre 1820 (son fils Ismaël sera assassiné en 1822 à Khartoum). Mehemet Ali Pacha vient de recréer les frontières de l'ancienne Egypte.
Cela faisait bien longtemps que Mehemet Ali songeait à conquérir l'ancienne Nubie. Déjà en 1813, il exige d'un souverain local qu'il chasse un mouvement Mamelouk séditieux réfugié dans sa cour. Au-delà des perspectives économiques qu'offre le Soudan, Mehemet Ali voit en cet ancien territoire Egyptien, un potentiel militaire humain formidable. C'est son fils Ismaël qui se chargera de la conquête du pays. Il ne sera jamais vraiment pacifié (de 1822 à 1823, le Prince de Shendi se soulève contre les Egyptiens). D'ailleurs l'historien Hervé Bleuchot décrira la gestion Egyptienne au Soudan comme telle : " D'énormes défauts : incompétence, corruption, féodalisme, instabilité. Son objectif était d'abord de prélever l'impôt (et le fonctionnaire se payait sur l'impôt). Et comme on se souvient des mobiles de Muhammad Ali, on comprend que l'administration de cette époque ait saigné les forces vives du pays. L'argent, certes, mais surtout les hommes libres se firent rares. La probité plus encore, quoiqu'elle ne fût pas inexistante. À l'avantage de ce système demeure le fait que c'est une administration indirecte, qui laisse subsister les structures sociales et les civilisations locales. De plus, l'administration ottomane permet facilement aux autochtones de participer aux responsabilités et de parvenir aux hautes fonctions : il suffit d'avoir la confiance des maîtres du moment, peu importe la race ou la nationalité. En ce qui concerne la religion, c'était une autre affaire. Si Muhammad Ali a nommé des chrétiens à de hauts postes, ceux-ci n'ont jamais exercé de commandement direct….. "
Lors de guerre d'indépendance de la Grèce, les troupes navales de Mehemet Ali sont réquisitionnées par la Sublime Porte. La défaite de Navarin (20 Octobre 1827) détruit toute la flotte Egyptienne. Préparée à cet événement, Mehemet Ali réclame le territoire syrien en compensation de la perte de sa marine aux autorités Ottomanes. Mais la Sublime Porte ignore toutes ses demandes.
Agacé par l'attitude du Sultan de Turquie, les armées de Mehemet Ali envahissent le 3 Novembre 1831 la Syrie et s'empare de St Jean d'Acre le 27 Mai 1832, le 14 Aout d'Alep et enfin le 21 Décembre de Konya. L'Egypte menace même Istanbul. Pour sauver l'Empire, un coup d'état déposera finalement en 1839 le Sultan Mahmoud II Osmanlis. Ibrahim Pacha (né en 1789), beau- fils adopté de Mehemet Ali, est nommé au poste de Gouverneur de la Syrie (il a remporté la bataille de Nezib le 24 Juin 1839) à titre de compensation.
Le 15 Juillet 1840, la Russie, la Prusse, la Grande Bretagne et l'Autriche signent la convention de Londres qui reconnaissent à Mehemet Ali un droit héréditaire sur l'Egypte en échange d'un retrait syrien. Le Pacha Egyptien refuse les termes de ce traité dont il n'a pas d'ailleurs pris part. Quelques semaines plus tard, une escadre Austro- britannique bloque l'entrée du Nil. Mehemet Ali doit capituler le 3 Novembre après la perte de Saint Jean d'Acre.
La convention est signée avec les pertes des droits sur le Hedjaz et la Crète. La Turquie donne l'autonomie à l'Egypte bien qu'elle demeure sous sa protection nominative.
En 1824, un obscure habitant d'un village d'Al-Salimiyyah prénommé Ahmed s'autoproclame prophète et rassembla rapidement une petite armée de 3000 partisans, la plupart des paysans excédés par la charge des impôts. Les armées Egyptiennes réprimèrent ce soulèvement en massacrant un quart des rebelles.
Les années passent, la santé de Méhémet Ali a décliné au fur et à mesure des mois. Ibrahim Pacha assure la régence de fait. Le vieux Vice -Roy d'Egypte (nouveau titre royal) a du abdiquer le 1er Septembre 1848. Il meurt le 2 Août 1849.
Ibrahim Pacha lui succède au titre de Vice- Roy d'Egypte. Ancien otage des Ottomans alors qu'il n'avait que 16 ans, son père adoptif n'hésita pourtant pas à prendre le pouvoir. Nommé Commandant des Forces Armées de la Haute Egypte en 1813, il s'emploie à mater la résistance Mamelouk puis en 1816 prend le commandement Egyptien en Arabie. Il revient triomphalement au Caire le 11 Décembre 1819 après avoir battu la famille Saoud en Arabie. Envoyé en Grèce lors de la guerre de libération, Ibrahim occupe rapidement la Morée. Obligé de se retirer, c'est la Syrie qui devient son prochain cheval de bataille.
Son règne sera de courte durée. Le 10 Novembre 1848, épuisé par toutes ces guerres qui ont affaiblies sa santé, Ibrahim Pacha meurt. C'est Abbas Ier Hilmi (???? ????? né le 1er Juillet 1812), le fils de Toussoune, qui lui succède. Il met fin aux commerces des monopoles et accepte avec suspicion la présence des Britanniques pour la construction d'un chemin de fer entre Alexandrie et le Caire. Mais le nouveau Vice- Roy n'était guère emprunt de modernisme occidental préférant vivre comme un reclus dans son palais cairote. Le 13 Juillet 1854, Abbas Ier est assassiné par deux de ses esclaves Mamelouks. Son oncle Mohamed Saïd Pacha (???? ???? ???? né en 1822) lui succède sur le trône Egyptien.
Le Prince a compris que pour sauver son royaume des visées expansionnistes européennes, il lui fallait entreprendre des réformes. L'esclavage en Egypte et dans le Soudan (directive qui ne sera pas respectée) est définitivement interdit, la notion de propriété privée introduite, la Banque d'Egypte crée et enfin la possibilité aux Egyptiens d'accéder à de hauts postes jusque là réservés encore aux turcomans. Le Vice- Roy est sous l'influence grandissante de la France. L'Empereur de France Louis Napoléon III est le neveu de ce Général Bonaparte qui a conquis l'Egypte. Napoléon III rêve de construire un royaume arabe en Algérie où l'Occident et l'Orient seraient sur le même pied d'égalité. Il est donc normal que l'Egypte intéresse ce souverain français qui entend marcher dans les pas de son oncle plus pacifiquement. L'ingénieur Ferdinand de Lesseps obtient la garantie du Khédive qu'il pourra débuter la construction du canal de Suez. Les Britanniques n'apprécient guère cette intrusion de la politique française sur ce qu'il considère comme leur chasse gardée. L'état Egyptien s'endette. La construction du canal est retardée de deux ans suite aux manigances Britanniques auprès du Sultan d'Istanbul.
En Juin 1863, Mohamed Saïd Pacha meurt. Ismaël Pacha (1830- 1895), deuxième fils d'Ibrahim, accède au trône. Il se veut le digne héritier du fondateur de la dynastie. Il se veut un Pharaon et entend conquérir tout le Nil, notamment l'Ethiopie. D'ailleurs, il a déjà réprimé une rébellion au Soudan en 1861. Mais pour l'heure, il doit réorganiser l'état qui a sombré dans l'anarchie sous le règne de ses prédécesseurs. Tramways, lampes dans les rues, postes font leurs apparitions dans le royaume. Ouverture du Canal de Suez en 1869, Ismaël obtient même le titre persan de Khédive en 1867 (en échange le tribut du au Sultan est fortement augmenté). Fort de sa popularité, il commence sa campagne contre l'Ethiopie non sans annexer le Darfour en 1874. Ce sera un échec (défaite de Goura en Mars 1876). Le nouveau Khédive devra négocier à prix d'or son retrait d'Ethiopie. L'état est de nouveau endetté et c'est auprès des puissances françaises et anglaises que le Khédive demande un secours financier.
Il sera le premier souverain Egyptien à se rendre en 1867 et 1869 à Londres.
En Septembre 1878, les Ministères des Finances et des Travaux Publics sont confiés respectivement à un anglais et un français. Ismaël Pacha achève son règne dans l'impopularité. La France et l'Angleterre décide désormais du futur de l'Egypte sans que la Turquie malade ne puisse réellement intervenir. D'ailleurs sous la pression occidentale, la Turquie adresse un télégramme le 26 Juin 1879 au Khédive Ismaël lui annonçant sa destitution à réception du courrier au profit de son fils Toufik Pacha (???? ????? ???? né en 1852).
Ismaël part pour Naples puis est autorisé à vivre dans son palais, près du Bosphore où il demeure prisonnier jusqu'à sa mort le 2 Mars 1895. Quant à Toufik, l'annonce de sa nomination ne lui convient guère. Peu enclin aux choses du pouvoir, il était pourtant depuis longtemps pressenti pour la succession au trône en dépit de la tradition qui prévoyait l'accession au trône par le Prince le plus âgé. Mais Ismaël Pacha détestait son oncle et il ne voyait pas d'objections à occidentaliser les lois de successions. Président du Conseil pour quelques mois en 1878, la noblesse s'aperçut bien vite que le Prince Toufik n'avait aucune ambition politique préférant de loin le calme de sa ferme.
L'omniprésence des occidentaux et des turques dans les affaires internes de l'Egypte, la corruption qui sévit dans toutes les administrations provoque un mécontentement dans la population comme dans l'armée qui s'estime trahie par les différents Khédives qui se succèdent. Début 1882, Le Colonel Arabi Pacha (1839- 1911) soulève ses troupes. Ce n'est pas la première fois que les Egyptiens entendent parler de ce Colonel de l'Armée. Déjà au début du Khédivat de Toufik, il s'était opposé à une loi qui prévoyait que les paysans ne pouvaient intégrer le corps militaire. Le Colonel Arabi Pacha avait obtenu le retrait de cette loi qui le touchait de très près, lui qui était né fils de paysan et qui avait eu la chance de recevoir une éducation traditionnelle.
Le Khédive a du mal à juguler les révoltés. Il a ordonné au Colonel Arabi de quitter la capitale, mais celui-ci refuse d'obtempérer. Il exige que les officiers turcs soient démis de leurs fonctions et de nouvelles élections. Le 8 Janvier 1882 dans une déclaration commune, Britanniques et Français reconnaissent unilatéralement le seul pouvoir de Toufik Pacha. Le Parlement et Arabi sont furieux. Même le Patriarche Copte (bien qu'il s'en défendra plus tard) prend position pour le Colonel Arabi. Le Khédive demande au Sultan d'intervenir mais ce dernier craint une tension internationale avec les Occidentaux. En même temps, Arabi réclame que le Sultan dépose le Khédive. Toufik Pacha s'empresse alors de promouvoir le Colonel puis le nomme Sous Secrétaire au Ministère de la Guerre et enfin plus tard un Ministre. L'armée mutinée rentre alors dans ses casernes mais pas pour la population. Le 20 Mai, 12 navires français et anglais se rassemblent à Suez et 2 autres à Alexandrie. Le 11 Juin, 50 chrétiens (Italiens, Maltais et grecque) sont tués par des émeutiers.. L'Occident hésite à intervenir, négocie. Un mois plus tard, c'est l'échec des négociations. La marine britannique ouvre le feu sur Alexandrie. En représailles, les émeutiers incendient les quartiers européens. Le 2 Août, une escadre anglo-indienne débarque à Suez (le Sultan de Constantinople a été pressé d'intervenir mais il tergiverse). L'armée Egyptienne se rassemble mais est défaite le 13 Septembre 1882 à Tall Al Kébir. Les Anglais se déploient dans le pays et promettent au Khédive de rester temporairement dans le pays. Cette promesse va durer jusqu'en .. 1956. Le Colonel Arabi est envoyé en exil sur l'île de Ceylan.
Les Anglais contrôlent l'Egypte de fait et la Sublime Porte ne semble pas en mesure d'intervenir militairement pas plus que la France n'a les moyens de lui disputer un premier rôle depuis la chute en Septembre 1870 du Second Empire. D'ailleurs, les Anglais vont décider de manière très arbitraire du destin de l'Egypte au mépris de l'autonomie accordée et reconnue par Constantinople. Le Soudan ne supporte pas l'occupation Egyptienne. Depuis 1826, Khartoum est la capitale du second état du Royaume et concurrence le Caire dans les échanges commerciaux. Dès les années 1880, le pays est secoué par de violentes manifestations organisées par les partisans (Ansars) de Mohammed Ahmed Ibn Abdullah surnommé le Mahdi (le bien aimé). Les anglais interviennent militairement au Soudan afin de sauver les Egyptiens et les chrétiens menacés par ce qu'ils considèrent comme des musulmans fanatiques. Mais cette croisade d'un nouveau genre est loin d'être une sinécure. Les partisans du Mahdi résistent avec beaucoup d'acharnement contre les troupes anglo- égyptiennes. Il faut l'arrivée de Charles- Gordon (né en 1833) dit Gordon Pacha pour que Khartoum soit enfin délivrée des troupes mahdistes. L'Angleterre en paiera le prix fort avec la mort au combat le 26 Janvier 1885 de Gordon Pacha. La stabilité revenue, l'Angleterre décide de séparer le Soudan de l'Egypte. Désormais, chaque pays aura son propre gouvernement sous le protectorat bienveillant de sa Très Gracieuse Majesté. Le Khédive ne dira rien. Pis bientôt avec l'accord de Constantinople le 28 Octobre 1888 (pour lequel l'Egypte n'a pas été invité), l'Egypte perd le contrôle du Canal de Suez.
Toufik Pacha tente timidement de reprendre le contrôle de son gouvernement. Le 9 Juin 1888, il démet son Premier Ministre Boghos Nubar Pacha (1825-1899) et le remplace par Riaz Pacha (???? ????). Nubar Pacha s'incline facilement car il sait le Khédive malade. Et ce n'est pas la première fois qu'il est démis de ses fonctions avant d'être rappelé. Nubar Pacha (????? ????? ????) est une figure incontournable de cette fin de XIXème siècle. Fils d'un marchand Arménien, il est un neveu par alliance d'un ministre de Méhémet Ali. Envoyé en France (Toulouse), il reçoit une éducation occidentale chez les jésuites. Second Secrétaire de Méhemet Ali, il devient le Premier Secrétaire du Prince héritier Ibrahim puis du Vice Roy Abbas Ier. Diplomate de talent, Nubar Pacha obtient le titre de Bey. Malgré quelques difficultés avec le Vice Roy Saïd qui le démettra deux fois de sa charge au gré de ses caprices, c'est encore lui qui fait obtenir pour le Vice Roy le titre de Khédive.
En Août 1878, Nubar Pacha inaugure le poste de Premier Ministre. Démis le 23 Février 1879, il revient le 10 Janvier 1884. Ses relations avec les anglais sont tendues mais il demeure un fidèle serviteur du Khédivat d'Egypte. Le 7 Janvier 1892, Tewfik Pacha meurt. Son fils Abbas II lui succède. Il rappelle le 16 Avril 1894 Nubar Pacha au poste de Premier Ministre. Poste qu'il tiendra cette fois ci pour la dernière fois jusqu'au 12 Novembre 1895 avant de se retirer avec une confortable pension.
Quant à Riaz Pacha (1836-1911) son adversaire, ce n'est pas non plus une figure politique à ignorer. Juif d'ascendance, c'est un véritable nationaliste. Brièvement Ministre de l'Intérieur de Septembre 1878 à Avril 1879, il s'exile en Europe alors qu'Ismaël Pacha tente de faire abroger ce régime constitutionnel que l'Occident colonialiste lui a imposé. C'est encore les Anglais qui poussent le Khédive Toufik Pacha à le nommer Premier Ministre consensuel le 21 Septembre 1879 mais le soulèvement militaire du Colonel Arabi force sa fuite dans la nuit du 9 Septembre 1881 vers Genève.
Revenu à la chute du Colonel Arabi, il accepte le poste de Ministre de l'Intérieur sous la primature de Mohamed Sheriff Pacha (1826- 1887) qui va durer du 14 Septembre 1881 au 4 février 1882. Riad Pacha entre en conflit avec les anglais qui demandent au gouvernement d'amnistier les rebelles. Il refuse tout simplement et démissionne avec fracas en décembre 1882. Après un bref retour de Mohamed Sheriff Pacha, le Khédive rappelle Riad Pacha le 9 Juin 1888 au poste de Premier Ministre non sans lui avoir signifié qu'il devait s'accommoder de la présence des anglais dans les affaires internes du Khédivat. Bon gré mal gré, Riad Pacha accepte jusqu'à la nomination d'un anglo indien à ses côtes comme conseiller juridique et accessoirement.. pour le surveiller. C'en est trop pour ce fidèle de la monarchie qui claque de nouveau la porte du palais le 12 Mai 1891. Rappelé le 17 Janvier 1893 par Abbas II, il préfère renoncer à sa charge le 16 Avril 1894 pour raison de santé.
Abbas II (???? ???? ????) est au collège à Vienne lorsqu'il apprend qu'il est devenu le nouveau Khédive d'Egypte. Né le 14 Juillet 1874, le Prince a reçu une éducation anglaise, maîtrise le turque, l'anglais, l'allemand et le Français. Il est donc un parfait homme moderne de son temps. A peine arrivé en Egypte, le Khédive s'aperçoit que la réelle autorité est détenue par Sir Evelyn Baring Lord Cromer, le Consul Général en place au Caire. Abbas Hilmi II n'est pas à homme à se laisser faire d'autant plus qu'il s'entoure de conseillers européens lui demandant de résister à toutes demandes émanant du Consul Général. Secrètement, il cautionne le Parti Nationaliste de Mustafa Kamil et fait bonne figure devant les anglais qui ne sont guère dupes de l'attitude du souverain.
Abbas II souhaite la réintégration du Soudan dans l'Egypte. Le pouvoir exercé par Khalifa Abdallah Ibn Mohamed à Khartoum est insupportable aux yeux du Khédive. La conquête de l'Afrique bat son plein et le Soudan devient un enjeu national pour la Grande Bretagne. La France envoie en Juillet 1898 une expédition sur Fachoda commandée par Jean François Marchand. La tension est à son comble et l'on craint un conflit entre les deux puissances.
Le 3 Novembre 1898, la France décide d'évacuer le site militaire de Fachoda (ou Kodok à 650 Km de Khartoum) et renonce bientôt à revendiquer le Soudan. Le 19 janvier 1899, la Grand Bretagne impose un condominium anglo- égyptien au Soudan. La tension avec la France a presque fait oublier la victoire de Lord Horatio Kitchener le 2 Septembre 1898 sur les troupes du Mahdi qui lui a permis de réoccuper Khartoum (10 000 morts du côté soudanais contre 48 anglais). Le 24 Novembre 1899, Khalifa Abdallah est tué lors d'un affrontement avec les Britanniques. Sa mort marque la fin de l'indépendance du Soudan.
En Mars 1881, le Mahdi auto proclamé Mohammed Ahmed (né en 1844) est entré en conflit avec les étrangers présents dans son pays. Il pense être investit d'une mission divine et entend chasser les turcs et les " francs " du Soudan. Ses partisans sont nombreux. Il défait un régiment de 4000 Egyptiens dans le Djébel de Quadir le 7 Juin 1882. Le 19 Janvier 1883, l'Etat du Kordofan est soumis par le Mahdi que rien ne semble arrêter. Gordon Pacha isolé et privé de renforts propose à Mohammed Ahmed le titre de Sultan du Kordofan que celui-ci refuse sèchement. Il met le siège devant Khartoum dont il s'en empare le 26 Janvier 1885 et fonde un état théocratique qui menace le Khédivat, présent dans le pays depuis 1820. Cette prise de la future capitale du Soudan crée un certain traumatisme dans l'opinion anglaise notamment chez les officiers de Sa Majesté qui ont appris la mort lors du siège de Khartoum du Colonel Charles Gordon Pacha qui tenait la ville depuis Mars 1874 où sa première décision de Gouverneur avait été d'abolir l'esclavage. Le nouveau souverain du Soudan meurt le 16 Juin 1885. Son lieutenant Abdallah Ibn Mohamed lui succède sans trop de difficultés En Avril 1887, il ordonne même aux anglais et Egyptiens de se convertir au mahdisme sous peine de voir la guerre sainte (Djihad) se propageait dans le pays. La prise du Darfour en 1889 et la frontière établie aux portes de l'Ethiopie achèvent la constitution de l'état mahdiste. Mais ces événements ont rendu le Khédivat furieux. En Mars 1896, le Royaume Uni se décide à envoyer des troupes pour écraser cet état susceptible de mettre fin au Khédivat Egyptien.
En 1908, six ans après l'inauguration du haut barrage d'Assouan, les anglais imposent Boutros Ghali, un copte comme Premier Ministre du Khédive. Abbas II est humilié. En 1910, C'est Mohamed Saïd qui succède à un Boutros Ghali assassiné. Les coptes continuent d'être martyrisés en Egypte depuis leur retour dans la terre des pharaons lors de l'expédition de Bonaparte dans le pays. Les relations avec l'Angleterre vont se détériorées dès lors que Lord Kitchener (1850- 1916) va être nommé Consul Général en 1911. Lord Kitchener méprise totalement le Khédive et ne se lasse pas de demander qu'il soit déposé au Foreign Office.
Les canons grondent en Europe, la première guerre mondiale va bientôt débutée. L'Egypte n'échappe pas au conflit. Le 18 Décembre 1914, la Grand Bretagne décide de faire de l'Egypte un protectorat afin d'éviter que le pays se rallie à la Turquie qui combat au côté des puissances autrichiennes et allemandes. Jugé trop nationaliste, Abbas II est destitué alors qu'il passe ses vacances au bord du Bosphore. Dépossédé de ses propriétés, refusant sa destitution, Abbas II appellera de tout cœur une intervention de la Turquie sur le canal de Suez. Mais la guerre en décidera autrement.