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CAMEROUN
Ahmadou Ahidjo préside désormais les destinées du Cameroun depuis le 1er Janvier 1960, date à laquelle le pays à accéder à l'indépendance. Il a fort à faire notamment avec les rebelles de l'UPC, le Cameroon anglophone qui n'entend pas se faire diriger par les francophones et le Sultan des Bamoun qui veut préserver ses droits régaliens.
Pour Ahidjo, la grande inconnue est de savoir si les populations francophones comme anglophones partagent son rêve d'indépendance. Il a crée le 2 Mai 1958, l'Union Camerounaise mais le mouvement reste peu populaire en dehors peut être du Nord du pays plus réceptif au message que souhaite passer le leader de l'U.C. Le Sud est entre les mains du Parti Démocrate Camerounais, le parti d'André -Marie Mbida et les anglophones peu soucieux de reconnaître cette nouvelle république. Autant dire que qu'à la veille du référendum du 21 Février 1960 sur la constitution du pays, le Cameroun est largement divisé.
Quant aux Princes Doualas et au Sultan des Bamouns, ils sont tout aussi divisés que Le pays. Le premier ne soutient pas Ahidjo et ce malgré les craintes de sa déposition qui pèse sur lui, le second s'est rallié ave enthousiasme à la république naissante qui lui garantit ses droits au sein d'une République Fédérale. Le " oui " l'emporta mais difficilement. Conformément aux divisions ethniques, le Nord soutint Ahidjo tandis que le Sud rejetait la constitution. On enregistrait des votes massifs négatifs dans 10 départements, 8 avaient respecté l'ordre d'abstention, les anglophones avaient sanctionnés le gouvernement et refusait d'ailleurs que l drapeau du gouvernement ne soit hissé sur leurs terres
Lors des élections du 10 Avril 1960, le Parti Démocrate Camerounais obtient 12 sièges contre 51 à l'Union Nationale du Cameroun, 19 issus du pays Bamiléké réunis en un Front Populaire pour l'Unité et la Paix, 7 sièges au Parti Progessiste et 3 sans étiquettes. Ahidjo pouvait encore sourirecar la menace upéciste avait été réduite à sa seule expression. Trahi, Um Nyobé avait été arrêté et exécuté le 13 Septembre 1958.
Il faut désormais à Ahidjo régler le problème du Cameroon anglais dont la seule vue du drapeau agace son gouvernement.
Divisé en deux provinces autonomes (le Sud et le Nord), les Britanniques se refusent à abandonner ce territoire dont ils tiennent le mandat de l'ONU. Bien qu'ils aient favorisé l'Indirect Rule au sein du territoire (ainsi naît Bamenda et la province du Sud avec pour capitale, Bua. Edward John Gibbons fut le 1er Octobre 1954 nommé Résident Général de la nouvelle entité), il y'a des voix qui s'élève contre l'exploitation des minerais par les Anglais. Le 27 Mars 1940, Emmanuel Mbela Lifate Endeley crée le Camerooun Youth League, le premier syndicat du Cameroun anglophone qui deviendra bientôt le Kamerun National Congress. Administrés depuis le Nigéria, le Cameroun anglais n'en est pas pour autant partie intégrante. Lors des négociations sur la constitution de 1950 au Nigéria, 13 représentants du Cameroun anglophone sont autorisés à siéger au parlement Nigérian. Mais en 1953, les députés camerounais critiquent la mainmise et la condescendance des Nigérians à leurs égards. Le 30 Juillet 1953, les députés anglophones du Cameroun réclament leur propre état séparé. Le 22 Août 1953, les autorités coloniales acceptent le principe de l'autonomie de la province dont Endeley devient le Premier Ministre le 1er Octobre 1954.
Mais en 1955, le KNC vit de graves dissensions sur la question de son avenir au sein d'un Cameroun unifié ou son rattachement au Nigéria. John Ngu Foncha quitte le parti et crée le Kamerun National Democratic Party et fait son entrée en 1957 au Parlement sudiste du Cameroun anglais avec 5 sièges sur les 13 que compte le Parlement. Deux ans plus tard, il obtient la majorité des sièges au Parlement arguant que sa priorité est l'unification avec le Nigéria. Ngu Foncha devient Premier Ministre le 1er Février 1959.
La question est finalement posée le 11 Février 1961 pour cette province autonome. Le Nigéria a pris son indépendance dans la douleur ethnique, le Cameroun anglophone du Nord et du Sud doivent décider de leur futur entre l'unification où l'annexion au Nigéria. Le Nord rejoindra le Nigéria (le gouvernement camerounais accusera l'opposition de fraudes), le Sud est incorporé au Cameroun francophone pour lequel curieusement Foncha a fait campagne (en fait Foncha détestait les Ibos dont il refusait la cohabitation). Ahidjo le récompensera en le nommant Premier Ministre Fédéral et Vice Président de la nouvelle République du Cameroun. Il restera à ce poste jusqu'au 13 Mai 1965 (Augustine Ngom Jua lui succédera) et démissionne celui de Vice Président en 1970. 4 ans auparavant le KNDC s'était fondu dans l'UNC d'Ahidjo.
John Ngu Foncha claquera la porte du parti unique en 1990 protestant contre la discrimination dont sont victimes les anglophones et en 1994 amène une délégation du Southern Cameroon national council à l'ONU pour réclamer plus d'autonomie pour le Cameroun anglophone. Il meurt le 10 Avril 1999 à l'âge de 83 ans.
Depuis la nouvelle constitution du 10 Mai 1972, les anglophones s'étaient sentis marginalisés et prétendaient désormais avoir été annexés illégalement car la résolution 1608 du 21 Avril 1961 précisant que les pourparlers entre Francophones, anglophones et le Royaume Uni n'avaient pas été organisés comme il avait été prévu au préalable avant l'organisation du référendum. Des partis comme le Mouvement Anglophone Camerounais réclamèrent l'indépendance de la province et s'organisèrent politiquement. Le 16 Mars 1990, John Fru N'di fonde le Front Social Democratique- S.D.F.). Il affiche ouvertement sa volonté de proclamer l'indépendance de la province mais à travers les élections. Tous les anglophones ne l'entendent pas ainsi. Le 26 Mai 1990, des affrontements entre partisans gouvernementaux et du S.D.F fernt 6 morts. Le 11 Octobre 1992, Fru N'di participe à l'élection présidentielle et obtient 35% face au Président Paul Biya (depuis 1982). Il conteste les résultats et parle de fraude. La province Sud s'enflamme et l'état d'urgence est proclamé pendant deux mois.
Emmanuel Mbela Lifate Endeley était décédé en 1998, âgé de 82 ans. Peu après avoir perdu son poste de Premier Ministre, il avait formé le Cameroons Peoples' National Convention (CPNC) et refusait toute unification avec les francophones. A la réunification, Endeley s'allie avec Ahidjo mais restera toujours un opposant à Foncha. Il n'aura plus réellement de mandat national (excepté à l'Assemblée Nationale) et restera un cadre fonctionnaire du parti. Le futur Premier Ministre (1968-1972) Solomon Tandeng Muna (1912-2002) et co- fondateur du KNDC quittera lui aussi le parti pour fonder le Cameroon United Congress.