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La restauration impossible

Rwanda

A) Kagame et l'option monarchiste

Le 6 Avril 1994, une roquette abat l'avion qui ramène de Tanzanie les Présidents Habyarimana et Ntaryamira du Burundi. Les troupes du Front Patriotique Rwandais ( 7000 hommes dont 120 Officiers , 4000 soldats et 3000 civiles essentiellement des exilés tutsis et des membres du RANU) sont entrées dans la capitale Kigali, les combats font rages et les massacres des Tutsis comme des Hutus sont perpétrés avec une minutie impressionnante. Assassinats d'opposants, du Premier Ministre ou des Casques Bleus de l'Organisation des Nations Unies venus en mission de paix et c'est tout un pays qui vit une seconde révolution sanglante. Les Grands Lacs charrient des milliers de corps, les routes sont jonchées de centaines de cadavres, le Rwanda et le Burundi vivent un très grand génocide sous l'œil des caméras occidentales. Parmi les tutsis assassinés se trouvent la veuve du Mwami Mutara, la Reine Mère Rosalie Gicanda. Le 20 Avril, un détachement militaire fait irruption à Butare ou vit l'ancienne souveraine. Sortie de sa maison, elle sera fusillée derrière les murs du Muséum National. Elle avait 80 ans.

Le coup d'état du FPR met fin à la IIème République Hutu d'Habyarimana et ramène à Kigali les Tutsis de leur exil. Les caciques du MNRD sont exfiltrés ou en fuite. Paul Kagamé dirige les rebelles du FPR. Il n'est pas un inconnu. Les médias le prétendent Chef des Services Secrets ougandais (??), il a été exilé dans les années soixante- dix avec sa famille vers l'Ouganda et a grandi dans l'idée que les Tutsis se devaient de revenir au Rwanda. On dit encore Paul Kagamé apparenté à la famille royale mais n'en est pas un prince. D'ailleurs Paul Kagamé est un Républicain convaincu et il n'entend pas restaurer la monarchie. Ce qu'il sait de l'ancien Roy réfugié aux Etats- Unis (depuis 1992 après divers exils en Ouganda et au Kenya) ne l'incite pas à le rappeler. Il ne prendra pas non plus le poste de Président mais juste celui de Ministre de la Défense. Poste habile qui lui permet de contrôler le pays tout en mettant au pouvoir un Hutu modéré, né en 1950 de mère Tutsie, Pasteur Bizimungu (incarcéré lors des purges de 1973). La réconciliation nationale est en marche.

Mais il n'y a de réconciliation que si tous les participants souhaitent réaliser ce projet et acceptent de pardonner. Parmi les civils Hutus déplacés par la guerre se cachent des partisans de l'ancien régime, politiciens, soldats … Ils se regroupent et forment des mouvements armés depuis le Zaïre. Le conflit Rwando- Burundi se développe sur toute la région des Grands Lacs.

Outre l'esprit revanchard qui anime désormais à nouveau les mouvements armés hutus, se trouvent aussi celui des monarchistes tutsis. En Novembre 1999, un millier de monarchistes réunis sous le nom " Ingabo Z'umwami " (Armée du Roy) attaquent le Rwanda. Ce mouvement est ethniquement hétéroclite. Toutes les composantes ethniques du pays se retrouvent ensemble au sein du mouvement monarchiste. Kigeri V, qui ne revendique pas son appartenance à ce mouvement, apparaît comme le seul garant de l'unité du pays pour ses partisans.
Le Gouvernement de Bizimungu s'inquiète, lui qui n'a de cesse de dénoncer l'ethnocentrisme des mouvements armés. Les monarchistes inquiètent aussi quelque peu l'Etat- Major de Kagamé. Des centaines de civils sont arrêtés le 15 Novembre, suspectés d'appartenir au mouvement Kigeriste. Quelques combats et l'armée du Roi doit se replier. La restauration a échoué ; elle n'avait pas les moyens de ses ambitions. Kigeri V lui se contente de proclamer son attachement au Rwanda et d'annoncer son retour si le peuple le souhaite. En d'autres mots, le souverain appelle de tous ses vœux à un nouveau référendum pour la restauration de la monarchie.

L'omniprésence de Kagamé au sein du gouvernement provoque une crise ministérielle. Démission en Février 2000 du Premier Ministre puis un mois plus tard du Président Bizimungu. Le Général Kagamé assurera désormais seul le pouvoir.

B) Retour de Kigeri V sur la scène politique du Rwanda

Il n'est toujours pas question de restaurer le souverain. Quand même bien Kigeri adresse ses vœux de nouveaux à la nation en Décembre 2001, Kagamé ignore superbement le souverain. Le Rwanda est un République et le restera. Peu importe que Kigeri se soit retrouvé une âme d'ambassadeur de la paix, le Rwanda ne le rappellera pas. Le souverain né en 1935 est devenu une page de l'histoire du Rwanda. En Août 2007, le Mwami annonce son retour au Rwanda, affirmant avoir rencontré le résident Kagamé mais précise dans son message que c'est en qualité de souverain régnant qu'il fera son retour dans son pays. Cette proclamation est aussitôt démentie par le gouvernement et Kagame mettra fin à cette polémique en Septembre en annonçant que le souverain héréditaire ne peut rentrer dans son pays " qu'en qualité de simple citoyen ". Les Mwamis ne reviendront donc pas !

Les mouvements rebelles hutus sont toujours actifs dans les Grands Lacs et ceux qui avaient profités du manque de démocratie sous l'ancien régime sont aujourd'hui les premiers à le dénoncer. Le Président Bizimungu un temps accusé de tentative de coup d'état a été gracié par son successeur, le Rwanda a rompu ses relations avec la France (malgré un semblant de rapprochement en 2008 ?), l'église reste toujours la deuxième force du pays.

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