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La République royale de Tunisie

Tunisie

Habib Bourguiba est né en 1903, fils d'un officier de la garde beylicale, le dernier d'une fratrie de 8 enfants. Une scolarité brillante le conduira à l'Université d la Sorbonne, à Paris en 1924. Licencié en droit et sciences politiques, il revient trois ans plus tard où il adhère au Destour. Ses positions en faveur de la laïcité ne plaisent guère en dépit d'excellents articles pour des journaux nationalistes. Néanmoins, il intègre en Mai 1933 la Commission exécutive du parti avant de devoir en démission le 9 Septembre, en conflit avec le Destour. Il en faudra peu pour voir la naissance du Néo- Destour.
Assigné à résidence en 1934, arrêté à l'issue des événements du 9 Avril 1938 (la répression fera 40 morts), il est transféré à Marseille sur un contre- torpilleur le 26 Mai 1940. Là, il écrit à son parti. " L'Allemagne ne gagnera pas la guerre et ne peut la gagner. Entre les colosses russe et anglo-saxon, qui tiennent les mers et dont les possibilités industrielles sont infinies, l'Allemagne sera broyée comme dans les mâchoires d'un étau irrésistible ... L'ordre vous est donné, à vous et aux militants, d'entrer en relation avec les Français gaullistes en vue de conjuguer notre action clandestine ... Notre soutien doit être inconditionnel. C'est une question de vie ou de mort pour la Tunisie ". Envoyé à Lyon, c'est les Nazis qui décident de le libérer. C'est en Chef d'état, avec Salah Ben Youssef, qu'il est reçu à Rome devant Mussolini qui veut utiliser le leader du Néo- Destour. Un message radiophonique approuvant l'action de l'Axe à destination des tunisiens, Bourguiba devint-il un agent au service des fascistes ?
Dès lors, les relations avec la France sont à la frontière de la haine et de l'amour. Bourguiba hésite car il constate que la volonté de conquête des italiens est plus réelle que celle de donner l'indépendance à la Tunisie. A la libération, le Résident français De Hauteclocque interdit le Néo- Destour, emprisonne de nouveau Bourguiba puis vint Mendes France.




Habib Bourguiba une fois installé à la Présidence de la nouvelle assemblée constituante ( le 8 Avril) se pose la question de l'avenir politique de la Tunisie. Faut-il conserver la monarchie qu'il juge désuète ou proclamer la République. Mais il y'a plus urgent à traiter pour le moment. L'indépendance a poussé 130 000 Français sur 180 000 à se réfugier soit en Algérie Française soit en France. Il faut donc remplacer les fonctionnaires français et régler le cas litigieux de Bizerte. Un état indépendant comme la Tunisie ne serait souffrir de la présence militaire étrangère. Mais un état sans représentants n'est pas un état. Il forme donc un gouvernement au nom du Bey dont il a été nommé Premier Ministre le 14 Avril 1956. Pour Lamine Ier, installé sur son trône quant il reçoit Bourguiba, la liste des nouveaux ministres le laisse sans voix. Non pas que les noms lui déplaisent mais seulement le fait que le Premier Ministre se soit arrogé pour lui même les postes des Affaires Etrangères et celle de la Défense. Un camouflet pour le Bey qui en ressent là un danger pour le nouveau titre que son nouveau gouvernement vient de lui octroyer, celui de Roi. Car Lamine est devenu un monarque constitutionnel. Et le souverain a bien de quoi s'inquiéter. On a réduit son rôle à une seule signature de ratification sur les documents. Pis le décret du 31 Mai va plus loin. L'article 3 stipule entre autre que " tous les privilèges, exonérations ou immunités de quelque nature que ce soit, reconnus actuellement aux membres de la famille beylicale, sont abolis ". La famille royale presse le souverain de destituer ce Premier Ministre qui bafoue la dynastie. Lamine tempère et s'empresse de décorer Bourguiba de l'Ordre du Sang en Diamant. Un distinction importante car elle est la seule qui permet à une personne civile de faire son entrée dans la famille royale. Avec cette adoption politique, Lamine croit contrôler son Premier Ministre. Il en est sur, membre de la dynastie, Bourguiba ne serait comploté contre ses cousins !
C'était mal connaître Bourguiba. Le 15 Juillet 1957, la Garde royale du Palais de la Manouba est remplacée par des membres de l'armée gouvernementale. Lamine proteste et convoque son Premier Ministre qui ne daigne pas se déplacer. D'ailleurs pour toute réponse, ce dernier fait arrêter le 18 Juillet le Prince Salaheddine (1909- 2003), fils cadet du Roi, qu'il soupçonne de complot. Le téléphone est coupé, les domestiques sommés de rentrer chez eux. Le Roi est seul dans son palais. Il porte la djellaba blanche tunisienne, son fez rouge pour seule couronne. La nuit tombe, le souverain attend. Le 25 Juillet 1957 Bourguiba réunit enfin l'Assemblée dans la grande salle du Palais du Bardo. A 18 heures, les députés votent la destitution du monarque et l'abolition de la monarchie Hussseinite. Une délégation sera envoyée auprès de Lamine pour lui signifier son assignation à résidence. Deux jours plus tard, ce sont les biens de la famille royale qui sont saisis.
En signe de protestations, les souverains Mohamed V et Idriss Ier rappelleront leurs ambassadeurs respectifs.
Le Premier Ministre Chenik décèdera le 20 Novembre 1976. Antoine Colonna, qui n'avait pas été élu depuis 1959, meurt à Tunis, ville où il avait toujours vécu depuis sa naissance, le 29 Avril 1976.




La famille royale mise en résidence surveillée, Habib Bourguiba assure la poste de Président par intérim de la nouvelle République de Tunisie. Un problème éliminé, il lui reste encore cependant celui de Bizerte. L'armée française stationne dans la ville et La Vème République Française n'entend pas se dégager de cette position stratégique en Afrique du Nord. La guerre en Algérie bat son plein et Bizerte lui sert de camp de ravitaillement pour l'envoi de nouvelles troupes. De plus, la France craint que les rebelles du Front de Libération Nationale ne trouve refuge dans la République de Tunisie. Le 8 Février 1958, l'aviation française bombarde le village de Sakiet Sidi Youssef. 72 morts seront dénombrés après cette attaque. A l'annonce de ce bombardement, Bourguiba est furieux. La Tunisie est indépendante et il ne serait question que la France se permette de telles bassesses dans la République. Il faut évacuer Bizerte des Français. Le 12, il interdit à tous navires français de se présenter dans le port et avec le soutien de l'Assemblée Nationale, il fait abroger deux jours plus tard, le texte de la convention de 1942 qui stipulait que Bizerte demeurait hors de la juridiction tunisienne. Des négociations entre la France et la Tunisie (rencontre avec le Général de Gaulle le 27 Février 1961 est un échec) n'avait rien donné. Les manifestations nationalistes se multiplient dans le pays et Bizerte devient un cause nationale. Le 20 Juillet 1961, Bourguiba tente de s'emparer de la base par la force. Les combats durent deux jours et l'Armée Nationale Tunisienne doit reculer devant les parachutistes français avec700 pertes humaines du côté tunisien et 30 pour la France.. L'ancienne puissance coloniale rompt alors ses relations diplomatiques avec la Tunisie avant de les rétablir un an plus tard et reprendre les négociations qui aboutiront finalement à l'évacuation totale de la base de Bizerte…. le 15 Octobre 1963.
Avec les combats de 1961, 8000 français avaient de nouveau quitté le pays.
La guerre d'indépendance de l'Algérie s'était terminée dans la douleur en Mar 1962. Des millions d'Européens avaient fuit l'Algérie française, la France avait perdu sa dernière possession coloniale en Afrique du Nord (excepté Djibouti qui accédera l'indépendance en 1977). A la seule différence que l'Algérie était malgré tout dans la théorie et la pratique, un département Français qui avait contribué à l'établissement de la Vème République.
Le 8 Novembre 1959, Bourguiba s'était fait élire Président. Il était le seul candidat. Il allait le rester jusqu'en 1987. La nouvelle constitution de Juin 1959 résumait à elle seule le futur devenir et le destin de la République de Tunisie. Son discours d'inauguration fut des plus royal " Tout dépendait des attitudes personnelles et des qualités morales des responsables [ici les califes]. Les seules limites de leur pouvoir découlaient des prescriptions de la religion. Cela pour la compétence. Pour la durée, ils étaient investis à vie. Seule la mort mettait fin à leur mandat. Ils pouvaient vieillir, devenir incapables d'assumer le pouvoir et tomber sous la coupe d'un entourage de courtisans et de créatures. C'était l'impasse, sans aucun moyen d'en sortir. La curée s'organisait "
Bourguiba va profondément réformer les institutions du pays. L'Islam reste la religion d'état mais la polygamie est interdite, le divorce légalisé et l'avortement autorisé. L'école gratuite est de mise (fin du double système coranique et occidental en vigueur dans les écoles), Bourguiba abolit l'influence religieuse sur la justice et n'hésite pas à rompre publiquement le jeune du ramadan. Bourguiba est populaire en Tunisie et le véritable fondateur de l'état moderne auquel la Tunisie peut revendiquer le titre.
Dans les années soixante, Bourguiba s'essaye au collectivisme. Ici encore, il affronte la France. 18 000 français résidaient encore en Tunisie (1964) et pour la plupart avaient acquis la double nationalité. Ils possédaient encore de grandes propriétés agricoles. Le 12 Mai 1964, Bourguiba décide de l nationalisation des terres agricoles. En réponse, la France suspend sa coopération financière avec le pays. Le Dinar tunisien est dévalué de 25% pour faire face au perte financière alors que le régime se socialise et se radicalise. Le Néo -Destour est pompeusement rebaptise Parti Socialiste Destourien (PSD), des comités sont formés sur le modèle communiste (dont l'idéologie est pourtant interdite dans le pays) et on crée même des syndicats affiliés au parti menaçant le syndicat historique de l'Union Générale Tunisienne du Travail (dont la tête pensante Habib Achour sera arrêté en Juillet 1965). Des émeutes éclatent dans tout le pays (celle de Janvier 1969 fera deux morts) car les réforme ne plaisent pas et en particulier l'obligation des agriculteurs de devoir adhérer d'office au syndicat- état.
Cette forte opposition fera reculer le leader du Néo- Destour qui dans un méa culpa publique le 8 Juin 1970 déclare assurer ses erreurs. Le 16 Août, à Monastir, il dénoncer un vaste complot de forces révolutionnaires qui visait à instaurer un système fasciste dans le pays. L'heure des purges au sein du parti vient de sonner. La course à la succession du vieux lion également (en Avril 1976, une réforme de la constitution fait officiellement du Premier Ministre le successeur du Président en cas de vacance du pouvoir).
La guerre des six jours provoque un regain d'antisémitisme en Tunisie malgré la politique d'ouverture du Président Bourguiba envers l'état juif. Pourtant Bourguiba, pressé par les pays musulman, condamnera les Accords de Camp David en 1978.
Bourguiba est vieillissant. Une crise cardiaque en 1967 a fait craindre le pire. Une tentative de putsch organisé par des proches de Ben Youssef et des militaires en décembre 1962 n'avait pas fait vaciller le pouvoir en place. L'échec (dans les années soixante-dix) d'une union des pays d'Afrique du Nord ne mine pas pour autant le leader du Néo - Destour mais il va devoir bientôt faire face aux revendications syndicales de l'Union Générale Tunisienne du Travail. Le pouvoir personnel du Président fait gronder la rue qui compare Bourguiba aux anciens beys d'autrefois. A l'appel de l'UGTT, des milliers de Tunisiens descendent dans la rue, se dirigent vers la médina et élèvent des barricades. On est Jeudi 26 Janvier 1978. Les bâtiments administratifs sont incendiés et la révolution menace Tunis. A Midi, Bourguiba donne l'ordre à l'armée d'intervenir et rétablir l'ordre. Il y'aura des centaines de morts, des milliers de blessés. Un couvre feu de trois mois sera instauré.
Fidèle à sa politique de pardon, il faudra attendre néanmoins 1981 pour que Bourguiba déclare : " Le degré de maturité atteint par le peuple tunisien, les aspirations des jeunes et l'intérêt qu'il y a à faire participer tous les Tunisiens, quelles que soient leurs opinions à l'intérieur ou à l'extérieur du parti dans la prise de décision, nous invitent à dire que nous ne voyons pas d'objection à ce que des organisations nationales politiques ou sociales voient le jour ". Le 19 novembre 1983, le Mouvement des démocrates socialistes et le Mouvement de l'unité populaire voient alors le jour. Une première pour ce pays qui jusqu'alors n'avait connu que la mainmise du parti unique. Des émeutes éclatent suite à l'augmentation des prix du pain et des céréales fin Décembre 1983 avant de se calmer après l'annonce subite du Président de renoncer à cette augmentation le 6 Janvier. Le vieux lion recule, donne des signes d'affaiblissement. Les purges au sein du parti recommencent jusque dans sa famille (son fils et conseiller sera limogé en Juillet 1985). En 5 ans, la Tunisie va connaître 3 Premiers Ministres dont en Octobre 1987, Zine El Abidine Ben Ali, ancien Ministre de l'Intérieur.
La paranoïa s'est emparée du Président Bourguiba qui voit des ennemis dans tous les recoins de son palais de Carthage. Il est clair que la fin de son pouvoir est proche et l'on complote au PSD. Il est temps d'y mettre fin pense t-on mais qui prendra cette décision ? Dans la nuit du 6 Novembre 1987, 6 médecins attesteront que le Président bien aimé souffre d'incapacité mentale. Bourguiba vient d'être destitué pacifiquement par son Premier Ministre. L'article 57 de la constitution donne immédiatement le pouvoir à Ben Ali ( on parlera également d'un coup d'état orchestré avec l'aide de l'Italie qui jouait les médiateurs avec l'Algérie inquiète des événements croissants dans le pays et qui était prête à intervenir militairement pour protéger .. ses pipelines.).
Assigné à résidence, Bourguiba sera assisté médicalement le reste de sa vie. Il décède le 6 Avril 2000. Il avait été constamment tous les 5 ans réélu à plus de 99% des voix durant tout son long " règne " et avait reçu le titre de Président à vie le 18 Mars 1975.
Le nouveau Président a tout du parfait rêve tunisien de l'après colonisation. Né le 3 Septembre 1936 dans une famille modeste de 11 enfants. Bien qu'il effectue de bonnes études secondaires, le jeune Ben Ali se destine pour l'armée à l'aube de l'indépendance, fasciné par les gloire des résistants du Néo- Destour. Il fera une halte remarquée à Saint Cyr puis à l'Ecole d'Application d'Artillerie de Châlons sur Marne enfin la consécration aux Etats-Unis. Entre 1964 et 1980, il grimpe dans la hiérarchie militaire et politique jusqu'à obtenir un poste d'Ambassadeur en Tunise et un passage à la Direction de la Sureté Militaire. Directeur de la Sureté Nationale en 1984 puis Ministre de l'Intérieur, il devient lors de son accession au poste de Premier Ministre, Secrétaire Général du PSD.
Dès son accession, Ben Ali donne des gages de sa volonté de ramener le pays dans le giron de la démocratie (bien qu'il dirige lui-même la Défense et l'Intérieur) en négociant avec la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme, en autorisant le multipartisme (sauf pour les mouvements d'obédience islamistes (Ennahdha-Renaissance) qui obtiendront néanmoins14% des voix lors des Législatives du 2 Avril 1989) et transforme le PDS en un Rassemblement Constitutionnel Démocratique (il supprime le poste de Président à vie le 25 Juillet 1988), amnistie des milliers de prisonniers politiques…. Et est reconnu immédiatement par la République Française bien heureuse de la fin de règne d'Habib Bourguiba. Un score de 99% à la Présidentielle organisée le même jour que les législatives de 1989 et voilà le pays de nouveau gouverné par une " main de velours dans un gant de fer ".

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