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La monarchie parlementaire et les militaires

Lesotho

Les tensions entre le Premier Ministre et le Roi vont aller en s’accroissant. Moshoeshoe II se rapproche du BCP afin de renverser en toute légalité son Premier Ministre lors des prochaines élections législatives de 1970. La campagne est vive mais le BCP remporte les élections avec 36 sièges contre 23 pour le BNP de Chief Lebua Jonathan. Ce dernier semble accepter sa défaite mais les plus extrémistes de son parti le refusent. A peine la défaite reconnue, que le siège de la primature est envahi par les cadres les plus extrémistes du BNP. Il rappelle à Chief Lebua Joanthan que c’est grâce au BNP que le Lesotho doit son indépendance et au Roi son trône.Le Premier Ministre change d’avis. Il fait proclamer l’état d’urgence, l’armée lui restant loyale. Il suspend la constitution, fait arrêter les leaders de l’opposition et décide de gouverner par décrets. Le Roi ne peut rien dire si ce n’est protesté contre ce coup d’état. La rencontre entre Moshoeshoe II et son Premier Ministre tourne au vinaigre. Chief Lebua Jonathan convoque les chefs traditionnels et demande leur approbation pour destituer le souverain rebelle. Il essuie un refus net. Les chefs sothos craignant qu’il ne se proclame lui-même roi du Lesotho.

Peu importe, il décide de lui-même désormais. Moshoeshoe II est exilé en Hollande le 3 Avril. La population ne bouge pas, perplexe. La monarchie n’est pas abolie, le Roi va prendre des vacances, de longues vacances jusqu’au 4 Décembre, date à laquelle il revient contre une renonciation à toutes activités politiques. Le Premier Ministre nommera lui-même les opposants au parlement.

Le voisin sud-africain regarde avec anxiété ce qui se passe à Maseru, la capitale du Lesotho. Chief Lebua Jonathan est dépendant économiquement de Pretoria mais ne se cache pas de critiquer le gouvernement ségrégationniste. Pis, des renseignements font état de la présence d’émissaires cubains dans la capitale. Base arrière de l’African National Congress, Pretoria ne peut intervenir directement dans les affaires du Royaume. Aussi, va-t-elle supporter en sous main, un groupe armé qui va bientôt se former.

La situation a empiré au Lesotho. La Police Mobile Unit de Fred Roach mène la vie dure aux opposants. Véritable milice paramilitaire, elle va être responsable de dizaines et dizaines de morts entre 1965 et 1970. C’est aussi elle qui a forcé le Premier Ministre à revenir sur sa décision d’accepter le résultat des élections. Mais la PMU est aussi un allié encombrant. En 1972, une tentative de putsch échoue. On parle de l’implication de Fred Roach… Il sera démis de ses fonctions immédiatement.
En 1974, le BCP tente d’organiser un contre coup d’état. C’est un échec et le leader du BCP, Ntsu Mokhehle (né 1918) doit s’enfuir pour éviter l’arrestation. Avec l’appui de l’Afrique du Sud, il va fonder avec ses partisans, la Liberation Lesotho Army (Armée de Libération du Lesotho). Le but de ce mouvement armé est clair, renverser le Premier Ministre !




Les attentats vont se multiplier au Lesotho. Actions de la LLA, actions des services secrets sud-africains qui ne cachent pas leur soutien à l’opposition Sotho (comme l’United Democratic Party de Charles Mofele ou le Basotho Democratic Alliance). On parlera aussi de la présence de mercenaires aux côtes du mouvement rebelle, de conseillers américains, de soldats de la Rhodésie du Sud… La pression sur le gouvernement de Chief Lebua Jonathan est de plus en plus forte et son pouvoir contesté. Le Roi, lui, ne dit rien. Que peut-il faire ?
Enfin, il ya tous ces voyages dans des pays d’obédiences communistes qui irritent l’église catholique, puissante dans le royaume. Et pour achever tout cela, Pretoria décide d’un blocus économique sur le pays dès Janvier 1986.

Acculé, Chief Jonathan Lebua annonce qu’il va fermer les bureaux de l’ANC à Maseru. Mais c’était trop tard. Depuis peu, la Lesotho Paramilitary Force (ou Lesotho Defense Force crée en 1980) composée de 1500 hommes et dirigée par le Général Justin Metsing Lekhanya est en conflit avec le BNP. Le mouvement de jeunesse du BNP est envoyé depuis quelques mois en camp d’entraînement militaire en Corée du Nord. Il se trouve même quelques cadres pour annoncer la dissolution prochaine de la LPF… Une dissolution du seul corps d’armé du royaume remettrait en cause leur travail fait depuis leur création pour assurer la stabilité du pays.
Le 15 Janvier 1986, la LFP se déploie dans les rues de Maseru et encercle la primature. Chief Lebua Jonathan (désormais âgé de 72 ans) est arrêté et emmené devant le Roi. Dehors, le mouvement de jeunesse du BNP résiste et les affrontements éclatent dans la capitale. La situation tourne à l’avantage de la LPF. Le 20, Radio Lesotho annonce la fin du coup d’état et la remise du pouvoir aux militaires. Chief Jonathan Lebua qui la veille assurait son chef d’état- Major de son maintien à son poste et emmené en résidence surveillée. Il mourra le 5 Avril 1987 d’une attaque cardiaque, dans une banale clinique de Pretoria.

Au Lesotho, Le Général Lekhanya s’est empressé de rendre l’exécutif au souverain, ravi de retrouver sa position autocratique. Enfin, pas tout a fait. Le Général Lekhanya est le nouveau Premier Ministre et il a adjoint à Moshoeshoe II un conseil militaire de 6 officiers dont deux cousins du monarque.
Les militants de l’ANC sont expulsés du pays, les techniciens Nord-Coréens renvoyés, des ministres du BNP assassinés avec leurs épouses (Novembre 1986). En Juillet 1989, Ntsu Mokhehle est autorisé à revenir au Lesotho suite à l’instauration du multipartisme.




La bonne entente entre le Général Lekhanya et Moshoeshoe II va se ternir. Le dernier reproche au premier de se substituer à son pouvoir. La Lesotho Liberation Army continue ses exactions, le Premier Ministre est au cœur d’une polémique (il est accusé de meurtre sur un étudiant dans une université le 23 Décembre 1988 et sera blanchi par la justice), le nombre de fonctionnaires est réduit au maximum. Le souverain reprend de longues vacances en Mars 1989 à Londres.
Le 19 Février 1990, les royalistes tentent de mettre fin à cette dictature sans nom. C’est un échec lamentable. Lekhanya réagit immédiatement. La moitie du Conseil Militaire pro royaliste est limogé et deux jours plus tard, il annonce que Moshoeshoe II est «  temporairement » déposé. La monarchie est conservée toutefois. Des négociations sont entamées entre le pouvoir militaire et les envoyés du Roi. Si le Roi veut revenir, il devra accepter un rôle constitutionnel. Moshoeshoe II refuse. Le Premier Ministre alors nomme en Novembre comme souverain le fils de Moshoeshoe II, Mohato Bereng Letsie III … sans lui demander son avis. La Reine Mamohato (1941-2003) qui avait déjà occupé le poste de Régente du 5 Juin au 5 Décembre 1970 est de nouveau désignée à ce poste par le Premier Ministre et ce jusqu’en Décembre 1990.

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