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Tunisie
Hussein Bey inaugure la dynastie des Husseinites, une famille qui va régner sur la Tunisie moderne sans interruptions jusqu'en 1957.
En 1709, Hussein Bey " fait l'acquisition " d'une jeune esclave de 13 ans, originaire de Gènes et capturée par un corsaire barbaresque. Hussein est enchanté par la beauté de cette jeune adolescente dont il fait sa favorite au Harem. Elle lui donnera deux fils, Mohamed et Ali nés en 1710 et 1712. Hussein décide de facto de changer les règles dynastiques et de transmettre le pouvoir par ordre de primogéniture. Le neveu du Bey, Ali (né en 1688), jusqu'alors héritier au trône depuis 1706 reçoit le titre de Pacha en compensation… Une certaine rancœur s'installe chez le nouveau Pacha qui va se compromettre de complots en complots. Irrité par son comportement, Hussein Bey le fait mettre en résidence surveillée dans son palais. Mais le 21 Février 1728, il parvient à s'échapper avec son fils (Younes), pousse les tribus berbères à la révolte avant de se réfugier chez le Dey d'Alger. Un marchandage commence entre les deux pouvoirs nord- africains. Hussein Bey accepte de verser un tribut annuel au Dey d'Alger à condition que celui-ci retienne prisonnier son neveu et le fils de celui-ci sur Alger. Jusqu'en 1735, Hussein Bey versera le tribut fixé avant de subitement stopper tous versements.
Alger réclame son du mais comme rien ne vient, décide de soutenir les prétentions d'Ali Pacha et à ses côtés envahit la Tunisie. L'avancée est aussi rapide que la défaite du Bey Hussein à la bataille de Smindja, le 4 Septembre 1735. Réfugié à Sousse puis Kairouan avec ses deux fils, Hussein Bey résiste tant bien que mal. Tunis capitule à l'annonce de la défaite et libère les fils du nouveau Bey Ali Ier, chargés de lui remettre les clefs de la ville en échange d'un pardon. Hussein Bey résiste mais affaiblit, capitule. Capturé par Younes, il est décapité sur son ordre le 13 Mai 1740.
Si Ali Bey a promis le respect des biens aux habitants de Tunis, il n'en est pas de même des troupes algériennes qui massacrent ou pillent tout ce qu'ils trouvent. Ali Bey obtient leur départ contre un lourd tribut et d'autres compensations financières. Le pays reste néanmoins divisé entre partisans du nouveau Bey et ceux de feu Hussein dont les intérêts sont désormais représentés par ses fils respectivement réfugié à Constantine et Alger. Les échos de la guerre civile se font de nouveau sentir dans le pays. Pour empêcher les deux camps de se battre, Ali Bey fait de l'île génoise de Tabarka, une cause nationale. Mais le véritable but du Bey est d'affaiblir la Compagnie Royale d'Afrique qui à le monopole du commerce du blé et de la pêche au corail avec la Régence de Tunis. Conquise, ce seront 1500 chrétiens qui seront ramenés en Tunisie et vendus comme esclaves au titre de dédommagement de guerre. Le Comptoir français de Cap Nègre subira également les foudres du Bey avant qu'un traité commercial redonne le comptoir aux Français (1742). Tout auréolé de gloire, Ali Ier espère enfin avoir concrétisé la paix dans le Beylicat. Mais son fils, Younes entre en rébellion peu après. Craignant l'ascension de son frère sur le trône, il se fait proclamer Bey après s'être emparé de la Médina et de la Kasbah de Tunis. Il résistera deux mois aux assauts des armées de son père avant de devoir s'enfuir .. en Algérie. Les soldats d'Ali Bey se livreront au pillage de la Médina et de la Kasbah (1756).
C'est alors que les fils d'Hussein Bey refont surface. Ayant convaincu le Dey d'Alger de s'allier à leurs prétentions, ils envahissent la Tunisie. Malgré de fortes fortifications, la ville de Tunis succombe aux assauts répétés de l'armée algérienne le 31 Août 1756. Déposé le 2 septembre, Ali Ier est emmené en captivité sur Alger avant d'être étranglé 20 jours plus tard.
C'est donc âgé de 22 ans que Mohammed Al Rachid monte sur le trône de son père. Difficilement d'ailleurs car cette fois-ci , les troupes algériennes commandés par le Bey de Constantine ne sont guère décidés à partir et pille allégrement la Kasbah. Mohammed doit se réfugier dans sa citadelle du bardo et demande de l'aide à son frère Ali qui part chercher des renforts armés. Profitant des troubles, les janissaires Turques s'emparent de la Kasbah et instaure leur propre gouvernement au sein de la capitale. C'est alors que les troupes de son frère Ali arrivent pour délivrer la cité à la fois des janissaires et des algériens. Réinstallé sur le trône, Mohammed invite son frère Ali II à régner conjointement sur la Régence. Ali II Bey détiendra en réalité le pouvoir sur le pays et c'est donc naturellement qu'il succède à son frère le 12 Février 1759.
Le retour de la communauté juive (chassé du Portugal et d'Espagne) dans le pays a contribué à son essor, obtiennent même un statut spécial et le contrôle des douanes. Le conflit entre la Corse qui lutte pour son indépendance et la République de Gènes permet au Bey de s'emparer de tous les navires Corsico- génois. La France qui en exige la restitution essuie une réponse plus que négative. Une escadre française surgit aux abords des principaux ports tunisiens et une canonnade de démonstration aura suffit au Bey pour qu'il signe un traité reconnaissant la Corse au Royaume de Louis XV de Bourbon et la libération (progressive et compliquée) des esclaves corses.
Malade, Ali II Bey s'enferme dans son palais du Bardo. Il décide d'abdiquer le 9 Février 1777 et meurt 5 ans après, le 26 Mai 1782. Hammouda, né en 1759, lui succède et ce malgré les prétentions du Prince Mahmoud, fils de Mohammed Al Rachid Bey.
Le règne d'Hammouda va se faire dans un contexte international compliqué. Les soubresauts de la Révolution française, les rivalités franco- Britanniques et ce Napoléon qui menace la Régence sans compter le Dey d'Alger vont sans cesse occuper les affaires du Bey. Mais cela ne l'empêche pas comme ses prédécesseurs d'embellir Tunis ou d'en renforcer ses fortifications. Craignant une invasion algérienne ou européenne, Hammouda Bey renforce de 10 000 hommes la milice des Janissaires Turques. Mais en décidant cela, il s'attire les foudres de ses officiers tunisiens qui s'emparent de la Kasbah le 30 Août 1811. Alerté pas les manifestations de soutien au Beylicat, Hammouda Bey fait charger ses propres troupes par les Janissaires fidèles au Beylicat. Le complot est éventé de justesse et les captifs dûment exécutés.
Le 15 Septembre 1814 alors que s'achève tragiquement la période du Premier Empire en France, Hammouda dans une salle de son palais est pris soudainement de tremblements après avoir bu une gorgée de café et s'effondre mort sur son divan. Cette mort reste toujours sujette à controverse. Crise foudroyante d'apoplexie ou assassinat, le mystère demeure.
Son demi frère Osman Bey lui succède. Si assassinat, il y'a eu, le nouveau Bey, âgé de 51 ans, est expéditif. Tout suspect est décapité sans formes de procès quelconques. Mais lui-même ne connaîtra pas les joies d'un règne long et paisible. Le 20 Décembre 1814, le Prince Mahmoud pénètre dans la chambre du Bey héréditaire et le tue froidement. Le lendemain, prévoyant Mahmoud Bey fait décapiter ses neveux héritiers au trône.
Le nouveau Bey, écarté à de nombreuses reprises de la succession, est né en 1757. C'est un Prince traditionnel qui ne s'intéresse guère à ce qui se passe en Europe et qui ordonne à ses corsaires d'arraisonner tous les navires passant près ou loin de la Tunisie. C'est le Congrès de Vienne (1815) qui forcera militairement le Bey à renoncer à ses actes de pirateries et de libérer un millier d'esclaves italiens.
Mahmoud Bey n'est pas populaire en Tunisie. Son arrivée dans le sang au pouvoir n'a pas été appréciée par les Tunisiens. Au traité imposé par l'Europe, on accuse le Bey d'avoir cédé trop facilement aux " infidèles " chrétiens et de facto d'avoir enlevé au port une partie de ses bénéfices. Deux semaines après le départ de la flotte britannique, les janissaires tentent un coup d'état le 30 Avril 1816 et arrête tous les notables de la ville jusqu'au cadi de Tunis et de Djerba. Le palais est attaqué, le chef de la garde Beylicale assassiné et devant le Bey impassible, les janissaires proclament la déchéance de Mahmoud Bey et l'élévation de son frère Ismaël à sa place. Mais contrairement à ce qu'ils pensaient, Ismaël refuse la nomination et demande aux janissaires de se rendre. Une partie seulement acceptera de déposer les armes tandis qu'un millier des janissaires turques s'emparent du port de la Goulette, pillent les magasins du Bey et s'enfuient par mer à bord de 5 navires de corsaires.
Cette tentative de coup d'état met fin à l'existence des Janissaires en Tunisie. Une milice qui aura bouleversé à plusieurs reprises le paysage politique de la Régence.
La fin de la piraterie dans la Régence met à mal également tant les finances de l'état que celles de particuliers qui sombrent peu à peu dans une certaine pauvreté. Les nouvelles mesures fiscales promulguées par le Bey n'arrivent pas à combler le trou financier du Beylicat. Une épidémie de peste en 1818 va décimer plusieurs milliers de tunisiens. Les récoltes s'en trouvent compromises sévèrement. Les actes de piraterie qui ont repris force de nouveau une escadre franco- anglaise de venir s'amarrer aux abords de la capitale le 21 Septembre 1819. Le Bey s'incline de nouveau. Les nouvelles taxes de nouveau crées ne permettent pas au budget royal de trouver son faste d'antan.
Le 28 Mars 1824, Mahmoud Bey meurt. Depuis quelques mois, il avait délégué à son fils héritier les tâches administratives de la Régence lui préférant les études de la philosophie ou de la parfumerie. Hussein II Bey, son fils (né le 5 Mars 1784) lui succède sur le trône. Trois ans après son accession, la France déclaré la guerre au Dey d'Alger qui a l'outrecuidance de réclamer le remboursement de fonds à la monarchie Française. Prenant prétexte que le Consul de France ait été moucheté par le Dey d'Alger et des actes de pirateries, la France va commencer à écrire en Juillet 1827, l'histoire de l'Algérie Française. Une histoire qui se terminera à Evian, un matin de Mars 1962 au prix de longs affrontements sanglants et d'une guerre civile.
Hussein Bey apprend la défaite des turques à Navarrin le 20 Octobre (dont participait une petite escadre tunisienne) et envoie immédiatement un manifeste de neutralité au Consul de France présent dans la Régence. La prise d'Alger en Juillet 1830 ne surprend pas le Bey qui résiste à toutes les demandes de guerre sainte réclamées par son gouvernement. Hussein II ira même confirmer les traités signés avec la nouvelle puissance coloniale et l'abolition de l'esclavage (des chrétiens). Enfin et secrètement, le Bey cède un emplacement sur l'ancienne cité antique de Carthage et autorise les Français à ériger un monument commémoratif en l'honneur de Saint Louis. C'est à la même époque que les Français commencent à s'installer progressivement dans la Régence et que le port de Marseille devient un lieu privilégié d'échanges commerciaux. Enfin, le Bey décide de créer un drapeau national (1831) qui permettra tous navires de le distinguer des autres navires des côtes barbaresques. Le 20 Mai 1835, Hussein II décède laissant son frère Moustapha Bey lui succéder âgé de 49 ans.
Moustapha veut réorganiser son état et le doter d'une armée nationale. Il tente d'imposer une conscription sur le modèle européen mais la population qui en était exemptée depuis des lustres manifeste son mécontentement. Les religieux s'insurgent et dénonce une atteinte à la tradition. Une révolte des tribus de l'Ouest du pays oblige le Bey à reporter le projet puis finalement l'enterrer définitivement. Le Vizir qui avait suggéré la conscription au Bey sera étranglé dans l'indifférence générale, dans un coin du palais du Bardo. Moustapha Bey nomme alors à la surprise générale, un esclave d'origine grecque de 21 ans, Moustapha Khaznadar (Georges Stravelekis 1817- 1878) son Vizir. Le 10 Octobre 1837, Moustapha Bey meurt.
Ahmed I Bey a à peine 31 ans lorsqu'il accède au trône beylical à la mort de son père. Il est ambitieux et veut une armée comme un marine aussi forte que les puissances coloniales qui commencent à coloniser l'Afrique Noire. Mais ni lui ni Moustapha Khaznadar devenu à la fois son Ministre des Finances et son beau frère n'ont conscience de la lourdeur financière de ces projets pharaoniques.
Le Sultanat de Constantinople qui a perdu la Grèce, certaines possessions des Balkans et la Régence d'Alger, envoie milieu de Mai 1836 vers le Beylicat un firman conférant le titre de Maréchal des Armées Ottomanes (grade seulement réservé aux dynastes turcs) afin de renforcer les liens entre le Beylicat et la Sublime Porte. Cette dernière jusqu'ici s'étant bien gardée d'intervenir directement dans les affaires de sa province tunisienne. Et Constantinople a bien de quoi s'inquiéter. La France est très présente dans les affaires du Beylicat. La visite du Prince d'Orléans et Duc de Montpensier au Bey précède la visite d'Ahmed Bey en France en 1846, un an après. Cette même année, le Bey abolit l'esclavage sur tout le territoire. Modernisateur, en avance sur son temps, le Bey n'aura pas le temps de terminer ses projets. Il meurt à son tour le 30 Mai 1855.
C'est donc son cousin Mohammed Bey de 5 ans son cadet qui lui succède. Moustapha Khaznadar est confirmé dans ses fonctions de Grand Vizir, les réformes continuent dans le Beylicat. Le 30 Septembre 1857, il fait promulguer une constitution qui abolit la politique absolutiste des Beys, prône l'égalité pour tous, la liberté de culte, la fin des privilèges… un coup de tonnerre dans la Régence. Enfin en Août 1858, le concept de municipalité est introduit dans la ville de Tunis. Le 20 Septembre 1859, le Bey réformateur décède. Son frère Mohammed Sadeq Bey, né le 7 février 1813, lui succède. Il va continuer l'œuvre réformatrice de son prédécesseur. Le 23 Avril 1861, une nouvelle constitution confirme la séparation des 3 pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires. Le télégraphe est installé dans les grandes villes et il modifie l'ordre de succession. Dorénavant, le plus vieux des Princes de la famille accédera au trône en lieu et place de l'aîné des fils du Bey. Enfin, il fait détruire les vieux murs de la Médina, octroie un nouveau consulat en France et met fin au règne de Moustapha Khaznadar en 1873. Accusé à raison de détournements des fonds du trésor à son profit, le Vizir est obligé après avoir confessé sa culpabilité de démissionner. Son accusateur, Khérédine Pacha lui succédera au poste de Grand Vizir. Il est âgé de 51 ans et tout comme son prédécesseur, c'est un ancien esclave instruit dans le sérail d'Ahmed Bey. Mais le nouveau Grand Vizir n'est pas homme à se laisser mener. Il s'oppose à certaines décisions du Bey. Ainsi lors du conflit entre la Russie et la Turquie, le Sultanat réclame une aide militaire au Bey.. qui refuse catégoriquement mais pas le Grand Vizir. Une sécheresse force le Grand Vizir à réduire les listes civiles de la famille beylicale. Un affront selon le Bey qui limoge le fonctionnaire le 21 Juillet 1877. Le pays est alors en banqueroute depuis 1869. La France va imposer au Bey de réformer ses finances.
L'empire n'oublie pas ses soutiens et Khérédine Pacha se verra octroyer le même poste au sein du Sultanat Ottoman durant un an (1878 à 1879) avant de mourir en 1890. En Europe, on discute du sort de la Tunisie lors de la Conférence de Berlin (13 Juin au 13 Juillet 1878). La France et l'Italie s'affronte diplomatiquement pour le contrôle de cette partie de l'Afrique du Nord. L'Angleterre reste neutre, l'Allemagne se rallie à la France espérant ainsi lui faire oublier la perte de l'Alsace- Lorraine 8 ans auparavant. Des affrontements tribaux fin Mars 1881 entre tunisiens et algériens sont le prétexte trouvé par le Gouvernement de la France pour y envoyer des troupes s'emparer de la Régence de Tunis. Le 1er Mai, Bizerte est conquise, Tunis ne tardera pas à se rendre. Le 12 Mai, Sadeq Bey et la France signent le traité du Bardo qui autorise l'armée française à stationner pour " une période courte mais indéterminée ". La rébellion du Caïd Ali Ben Khalifa, l'Abd El Kader tunisien, sera matée en Juillet 1882.
Le 29 Octobre 1882, Sadeq Bey est décédé. Son frère Ali III lui succède. Il est né le 14 Août 1817 et le premier prince à bénéficier de la nouvelle loi de succession. Les Français contrôlent toute l'ancienne côte des Barbaresques. La Tunisie ne fera donc pas exception. Le Consul de France, Paul Cambon (1843- 1924), négocie un protectorat avec le nouveau Bey. Ali III est majestueux mais ne possède pas la superbe de ses ancêtres ni le génie militaire des carthaginois. Il accepte de signer la convention de la Marsa le 8 Juin 1883 dans lequel il renonce officiellement à ses pouvoirs sauf en ce qui concerne son autorité nominale. En un mot, d'une seule signature de plume, le Bey Ali III vient de donner la Tunisie à la France coloniale et les articles sont éloquents à ce sujet.
Article premier. - Afin de faciliter au Gouvernement français l'accomplissement de son Protectorat, Son Altesse le Bey de Tunis s'engage à procéder aux réformes administratives, judiciaires et financières que le Gouvernement français jugera utiles.
Art. 2. - Le Gouvernement français garantira à l'époque et sous les conditions qui lui paraîtront les meilleures, un emprunt à émettre par Son Altesse le Bey pour la conversion ou le remboursement de la dette consolidée s'élevant à la somme de 120 millions de francs et de la dette flottante jusqu'à concurrence d'un maximum de 17 550 000 francs. Son Altesse le Bey s'interdit de contracter à l'avenir aucun emprunt pour le compte de la Régence.
Art. 3. - Sur les revenus de la Régence, Son Altesse le Bey prélèvera :
1/ les sommes nécessaires pour assurer le service de l'emprunt garanti par la France
2/ la somme de deux millions de piastres (1 200 000 francs), montant de la liste civile, le surplus des revenus devant être affecté aux dépenses d'administration de la Régence et au remboursement des charges du Protectorat
Art. 4. - Le présent arrangement confirme et complète, en tant que de besoin, le traité du 12 mai 1881. Il ne modifiera pas les dispositions présentement intervenues pour le règlement de la contribution de guerre.
Pau Cambon deviendra le premier Résident Français en Tunisie jusqu'au 28 Octobre 1886 et exercera les véritables pouvoirs dans le protectorat. Il va créer immédiatement le principe de l'immatriculation foncière visant à clarifier les terres foncières et autres possessions des uns et des autres. Le11 Juin 1902, Hedi Bey (né en 1855) succède à son père Ali III. Il règne jusqu'au 11 Mai 1906 comme un simple vassal. Il n'en sera pas de même de son cousin et successeur, Naceur Bey, né la même année que son prédécesseur.
Naceur Bey est violemment nationaliste. Il est un tunisien qui se veut le garant de l'héritage de sa famille et l'autoritarisme français lui déplait fortement. D'ailleurs, le Bey soutient bien volontiers le mouvement indépendantiste du Mouvement des Jeunes Tunisiens (fondé en 1907 dans les milieux bourgeois par Abdeljelil Zaouche, il s'inspire de leur alter égo des Jeunes Turcs). Le 7 Novembre 1911, une émeute éclate suite à des rumeurs de profanation du cimetière de Tunis par des Européens. Il y'aura 11 morts lors de la répression et plusieurs européens assassinés. Zaouche (élu Conseiller Municipal de Tunis) sera arrêté et trainé dans un procès. L'état de siège sera proclamé et ne sera levé qu'en 1921. Les Jeunes Tunisien se renomment en 1919 Parti Tunisien puis Parti Libéral Constitutionnel (Destour) le 7 Mars 1920. Soutenue par le Prince Moncef, une délégation du Destour rencontre le Bey et lui remet ses doléances. Création d'une assemblée nationale composée de français et de tunisiens élus au suffrage universel, droit de vote aux tunisiens, reconstitution de l'armée nationale, liberté de la presse … Naceur Bey est conquis et va tenter d'utiliser ses prérogatives pour faire pression sur les autorités du Protectorat. Il menace d'abdiquer si les Français ne cessent pas leurs razzias dans les milieux nationalistes. Le Résident Français Lucien Saint et le Bey s'affrontent ; le Bey renonce à son projet mais revient vite à la charge. Le 5 Avril 1922, il met ses menaces à exécution puisque le Protecteur refuse de faire adopter le programme nationaliste.. Le Bey voit rapidement son palais encerclé par les troupes françaises. Il renonce à son abdication et promet de se conformer dorénavant aux exigences du Résident Français tout en désavouant le Destour. Il meurt humilié le 10 Juillet 1922. Son cousin Mohamed el-Habib Bey, lui succède. Bey né le 13 Août 1858, il visitera la France sur invitation du Résident Français et régnera sous la seule haute autorité coloniale. Le 11 Juillet, une assemblée est crée mais les Tunisiens seront sous représentés.
Des grèves éclatent en 1924 sur les docks de Tunis, manifestent contre l'inhumation des tunisiens naturalisés français dans les cimetières musulmans. Le Destour qui est à l'origine de ces manifestations compte alors 45000 membres, la plupart issus des milieux bourgeois du pays. Le Destour va bientôt pouvoir également compter sur la coopération du nouveau syndicat crée en 1925, la Confédération Générale des Travailleurs Tunisiens (CGTT). Naturellement la France n'a pas autorisé la fondation de ce syndicat affilié au Parti Communiste Tunisien, fondé le 18 Décembre 1921 (dont il va peu à peu se séparer). Le Destour accusé de menées révolutionnaires au sein de la Régence doit se réfugier dans la clandestinité.
La levée de l'état de siège, le leader du Destour pardonné, le Résident Général octroie aux tunisiens le siège du Ministère de la Justice
Habib Bey meurt le 13 Février 1929, peu regretté. Son cousin et successeur Ahmed II Bey, né le 13 avril 1862 , ne fera pas mieux et décédera le 19 juin 1942. Il n'était lui aussi qu'un Bey fantoche et savait à peine lire ou parler le Français… Il apposera sans difficultés les sceaux sur les décrets de Vichy relatifs au statut des juifs (7% de la population tunisienne). La Tunisie avait sombré dans la crise du chômage avec le Krach de Wall Sreet en 1929. L'Afrique du Nord voit dès lors un renouveau du nationalisme notamment en Egypte. La Tunisie n'est pas exsangue de ce nationalisme. La colonisation de la Régence est difficilement supportée pour les Tunisiens et la passivité des Beys en agace plus d'un. D'ailleurs, le jeune avocat Habib Bourguiba n'a de cesse de dénoncer l'attitude de la Régence dans les journaux. En 1932, il fonde l'Action Tunisienne que le Résident Général François Manseron s'empresse de dissoudre le 27 Mai 1933. Le 9 Septembre 1933, Bourguiba décide de démissionner du Destour, provoquant une crise ouverte dans le parti. Au Destour s'oppose désormais le Néo- Destour. La France suit la crise avec intérêt. Le Néo- Destour réclame ni plus ni moins que la souveraineté nationale, le protectorat. Pour la Résidence Générale, ce parti ne doit pas poursuivre ses actions. Un an après sa démission du Destour, Bourguiba est interné dans un camp par les Français, le Résident Général censurant également la presse dans l'espoir de briser toutes velléités nationalistes. La CGTT continue ses grèves, le Bey refuse de contrarier les Français en prenant position pour les nationalistes.
La Tunisie est étroitement liée à la vie politique tourmentée de la IIIème République. L'année 1936 qui voit la victoire du Front Populaire permet la libération de Bourguiba le 11 Septembre 1936. Des négociations entre le gouvernement de Léon Blum et le Néo- Destour (qui compte à lui seul 100 000 membres) sont entamées mais les réformes restent timides. Pas question d'indépendance pour le moment, la liberté de la presse rétablie, le droit de réunion autorisé. En Février 1937, des émeutes éclatent dans des bidonvilles qui se poursuivent le mois suivant. La chute du Front Populaire aggrave la situation en Tunisie. Dès 1938, Bourguiba appelle publiquement les Tunisiens à boycotter les produits français, à la désobéissance civile ou au sabotage des voies de chemin de fer. Le 9 Avril, la convocation de cadres du néo- Destour provoque de violentes manifestations réprimées par la Résidence Générale. Le gouvernement français dissout le mouvement de Bourguiba, emprisonne ses cadres (dont Salah Ben Youssef 1903- 1961) et 3000 de ses membres. Le Destour original (dirigé par Abdelaziz Thâalbi) a perdu de son aura, le Néo-Destour se réfugie dans la clandestinité.
La guerre approche, le Néo Destour souhaite naturellement la défaite de la France, le Destour se rallie à la République. D'ailleurs, le Résident Général Eric Labonne fera interdire toute propagande susceptible d'affaiblir le moral de la Régence.