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CAMEROUN
Le 28 Juin 1919, le Traité de Versailles cède la colonie allemande du Kamerun à la France et aux Britanniques. Après avoir appris le Prussien comme langue, les petits camerounais vont désormais apprendre le Français ou l'anglais.
Lors de l'obtention du Kamerun à l'Allemagne, celle-ci s'était prévalue du traité Germano- Douala du 12 Juillet 1884 pour obtenir la reconnaissance internationale. Mais les mauvaises relations entre les Prussiens et les populations Douala aboutirent le 8 Août 1914 à la pendaison du leader de la rébellion, Rudolf Duala Manga (né en 1872, il était le fils du Roi Auguste Manga Ndumbe (1851- 11/IX/1908). Son fils germanophile et ancien attaché à la Garde impériale, le Prince Alexandre Ndumb'a Duala, reprendra le flambeau contre les Français).
La colonie va vite aux rythmes des deux nations, la France fait prospérer la partie orientale du pays et doit s'accommoder avec les chefs tribaux du Nord islamisés qui ne reconnaissent que le régime féodal autocratique et ceux du Sud plus chrétiens ouvert au modernisme par l'influence des missionnaires. L'Allemagne nazie ne cachera pas ses vues sur la colonie. Pour éviter tout ralliement possible des populations camerounaises germanophiles, la France tolère la création de l'Union Camerounaise à Paris, association qui lutte pour l'émancipation de la colonie et dirigée par Jean Mandessi Bell et Léopold Moumé Etia. Tous deux d'origine douala. Tout en tolérant cette association, les colons vont piloter en 1938 la création de la JEUnesse CAmerounaise FRAnçaise de Paul Soppo Priso (ethnie Bell, sous ethnie ..douala). Lors de la seconde guerre mondiale, le Cameroun rejoint les Forces Françaises Libres du Général De Gaulle. Patriotes oui, les colons l'étaient. D'ailleurs, ils vont organiser l'arrivée du Colonel Leclerc et de son commando à Douala dans la nuit du 26 au 27 Août 1940. Le Gouverneur vichyssiste Richard Brunot lui remettra bientôt ses pouvoirs. Cependant les colons seront moins patriotes lorsque le représentant de la France Libre va faire son célèbre discours de Brazzaville. De Gaulle va crisper les colons par ses déclarations et ses promesses d'autonomie. En Mai 1944, le Parti Communiste s'installe à Douala et Yaoundé et crée des cercles d'études marxistes. Autorisés par décret dès le 8 Août 1944, les syndicats vont se multiplier. Ils vont s'unir finalement en 1945 sous le nom d'Union des Syndicats Confédérés du Cameroun (affilié à la C.G.T française).
Les colons s'inquiètent de ces syndicats qui menacent leurs plantations. Ils s'unissent aussi et se rapprochent des leurs confrères situés en Afrique Equatoriale Française et de la Côte d'Ivoire. Jean Rose qui dirige les colons de Côte d'Ivoire entend bien décider du futur de l'Afrique et empêcher toutes tentatives d'indépendance. Du 24 Septembre au 9 Octobre 1945, Jean Rose réunit les états généraux de la colonisation à Douala afin de faire condamner les propos de Brazzaville. L'U.S.C.C. manifeste, les colons aussi. C'est l'affrontement entre les deux mouvements. Il y'aura 70 morts dont un européen, des maisons brûlées. La Colonie est sous le choc, elle est mise sous tutelle par les Nations Unies. La JEUCAFRA tombe en désuétude.
Le 10 Avril 1948, le mouvement Union des Peuples Camerounais est crée à Douala. C'est la première fois qu'un mouvement marxiste réclame ouvertement l'indépendance. En face de lui c'est le (socialiste) Bloc Démocratique Camerounais qui va bientôt avoir ses premiers élus à l'Assemblée Territoriale dont un certain André Mbida (né le 1er Janvier 1917) élu en 1952. Le jeune député est un fervent catholique fort respectueux de la hiérarchie religieuse. C'est un africain assimilé qui a épousé en 1946 Marguerite Embolo, la fille d'un chef de tribu et le plus grand propriétaire de plantation de cacao. Et un excellent agent d'Affaires à qui tout réussit. Tout le contraire du leader de l'U.P.C. âgé de 35 ans, Ruben Um Nyobé. Bien que parfaitement éduqué, Um Nyobé est un protestant qui a fait les écoles de missionnaires américains installés dans le pays. C'est un autodidacte qui va devenir un communiste convaincu. Il déclenche des grèves qui finissent toujours en émeutes sanglantes. La répression coloniale est d'autant plus forte que l'U.P.C. n'arrive pas à s'implante dans le pays. Les chefs tribaux refusent d'écouter l'U.P.C qu'elle juge trop sudiste et susceptible de remettre en cause leur pouvoir. Même dans le Royaume Bamiléké, les chefs traditionnels s'empressent de renvoyer les upécistes dans la capitale.
En 1954, Mbida claque la porte du B.D.C après avoir été accusé de trahison par le leader du mouvement, Louis Paul Ajoulat. Il fonde alors le Comité de Coordination du Cameroun. Ruben Um Nyobé quant à lui va armer l'U.P.C et entrer en rébellion ouverte contre le régime colonial. Il avait organisé des émeutes entre le 22 et le 26 Mai 1955 mais cela avait été un échec qui avait coûté la vie à 21 personnes et 114 blessés. On frise la guerre civile. Les Colons demandent l'intervention des troupes françaises afin de protéger leurs biens. Ils craignent que les marxistes ne détruisent les plantations. Mbida réclame en vain l'amnistie pour les opposants en prison.
André-Marie Mbida se présente aux élections législatives du 2 janvier 1956 dans la troisième circonscription du territoire. Il se veut un candidat catholique qui défend les petits exploitants, des fonctionnaires et des souverains coutumiers qui peuplent le Cameroun dont il revendique une large autonomie au sein de l'Union Française. La lutte entre Ajoulat, qu'il accuse ouvertement d'être anti camerounais, et Mbida ne se fera pas sans heurts.
Mbida sortir vainqueur de cette joute en obtenant le poste de député, raflant ainsi le siège qu'occupait depuis 1949 un certain Louis Paul Ajoulat , déjà débarqué de son poste leadership au sein du BDC le 28 Avril 1954 par un certain.. Paul Soppo Priso, bientôt leader d'un autre mouvement qu'il va fonder à son tour, le Mouvement D'Action Nationale du Cameroun. Le colon Louis Paul Ajoulat sera nommé alors ( à titre de compensation ?) Ministre de la Santé et du Travail sous les gouvernements de Mendès France et d'Edgar Faure. Ajoulat ne retrouvera plus de poste politique après cela.
Le long chemin vers l'indépendance est pavé d'embûches et André- Marie Mbida va vite s'en apercevoir. Um Nyobe qui a tenté de se présenter aux élections débute une lutte armée avec ses partisans dans la nuit du 18 au 19 Décembre 1956 en faisant assassiner le candidat médecin-chef camerounais de l'Hôpital Edéa et son colistier, d'autres notables et sabotant la voie ferrée qui mène à Yaoundé. Crée le 2 Décembre de la même année, la branche armée de l'UPC, le Comité National d'Organisation rassemble autour de lui des anciens militaires de la Seconde guerre mondiale. Autant dire que l'UPC ne serait être comparé à un mouvement insurrectionnel sans importance. La guerre civile se profile dans le pays.
Les partisans de l'UPC occupent rapidement quelques villages et mettent en place de véritables administrations parallèles. Chef du gouvernement depuis le 12 Mai 1957, André- Marie Mbida va se retrouver entre la guérilla upéciste et l'hostilité croissante que lui vaut les colons et le clergé catholique qui refuse d'intégrer des locaux comme prêtres ou évêques. En effet, dès son arrivée au pouvoir, il a mit fin à la ségrégation raciale qui prévaut dans la colonie et n'a pas hésiter à expulser les colons récalcitrants. Mbida devient un héros aux yeux des camerounais alors que la guérilla commence à perdre de son aura révolutionnaire. Acculé, Um Nyobé tente de négocier avec Pierre Messmer, le représentant de la France, un poste de Premier Ministre d'un gouvernement d'Union Nationale. La France fait mine de l'accepter mais sait que le rebelle manque cruellement d'armes. Quant à Mbida, son attitude commence à agacer la République Française. Son Haut- Commissaire dans la colonie, Jean Ramadier, tente un coup d'état constitutionnel en février 1958 et distribue des milliers de Franc CFA aux parlementaires qui veulent bien l'accepter en échange d'un refus de soutien au récent remaniement ministériel. Alors qu'il est à Paris pour prétexter contre de tels agissements, Mbida est forcé de remettre sa démission le 18 Février.
C'est Ahmadou Ahidjo qui est nommé à ce poste de Président du Conseil. Vice Ministre de l'Intérieur depuis 1957, Ahidjo a suivi Mbida dont il est un ami proche. Pourtant les dissensions vont vite apparaître entre les deux hommes, notamment sur l'attitude à adopter avec la France dont Ahidjo se sent poche. La démission brutale d'Ahidjo mettra fin à l'unique gouvernement de la pré- indépendance d'André- Marie Mbida.
Jean Ramadier, désavoué subitement par le Ministre de l'Outre Mer, sera rappelé à Paris
Ahidjo va bientôt amener le Cameroun sur les chemins de l'indépendance, une indépendance contrôlée par la France en tous points de vue.
| Mbida sera encore élu député en 1960 mais son parti n’obtient plus que 4 sièges à l’Assemblée. Arrêté à l’issu d’un congrès upéciste, il ne sortira de prison qu’en 1965, presque aveugle. Mis en résidence surveillée du 3 Août 1968 au 20 Mai 1972, il meurt le 2 Mai 1980 en ayant toujours refusé d’adhérer à l’idée du parti unique. Son parti, le P.D.C, sera dirigé par son épouse Marguerite Mdiba (1928-1993) lors de son incarcération et se présentera aux élections fédérales d’Avril 1964 dont les principaux colistiers seront vite embastillés. Le 1er Décembre 1966, le multipartisme sera interdit. Le P.D.C. sera dissout par le gouvernement. Autorisé de nouveau en 1991, c’est Louis- Marie Mbida (né en 1956), le fils du Premier Ministre, qui dirige le P.D.C actuel. Il a participé à toutes les élections législatives depuis la réinstauration du multipartisme en 1992. Felix Moumié, nouveau leader de l’UPC après la mort d’Um Nyobe, sera victime d’un empoisonnement à Genève par les services secrets français en Octobre 1960 (il meurt le 3 Novembre) et Ernest Ouandié qui lui succède rentre en Août 1970 au Cameroun afin de renverser Ahidjo. Arrêté le 19 Août, il sera fusillé le 15 Janvier 1971 à Bafoussam. Il faudra attendre 1991 pour que l’UPC refasse surface. Quelques élus jusqu’en 2007 , deux candidatures lors de la présidentielle de 1997 et celle invalidée en 2004, l’UPC n’a pas un grand impact sur la vie politique actuelle camerounaise Paul Soppo Priso fera parti du premier gouvernement Ahidjo mais sera battu à Wuri I lors des élections du 10 Avril 1960 face au Prince Alexandre Ndumb’a Duala. Le MANC se rebaptisera Parti Progressiste. Le Prince Alexandre Ndumb’a meurt en 1966. Son frère Eitel Manga (1902- 1969) lui succèdera puis le fils de celui-ci et actuel souverain, Rene Duala Manga. |