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Entretien avec la Princesse Kamatari et Guillaume Ruzoviyo (en construction)

Burundi

*Réalisé par l'auteur pour le Journal " La Toile ", numéro de Janvier 2010

La Toile : Est-il judicieux d'affirmer que la chute de la monarchie au Burundi va s'opérer en 3 actes principaux ? Avec en premier lieu l'indépendance accordée au Burundi, le coup d'état qui dépose le Mwami Mwambusta IV et enfin l'assassinat du Roi Ntare V qui met fin toutes chances de restauration dans le pays.


Princesse Esther Kamatari : En réalité la chute de la monarchie s'est opérée en plusieurs étapes, à savoir :
1) COLONISATON : destruction du système en place, et mise en place d'un système de gouvernance imposé par le colonisateur.
2) SYSTEME "DIVIDE & RULE" (diviser pour régner, ou "indirect rule", préparait l'après indépendance car assurait déjà au colonisateur de continuer a diriger a travers des relais/pions mis en place
3) L'INDEPENDANCE n'a été qu'une façade présentée au Burundais et au monde. Le pays qui leur était remis ne ressemblait plus en rien à celui envahi par le colonisateur quelques dizaines d'années auparavant. Donc, essentiellement une mise en scène. Officiellement les burundais sont indépendant mais la réalité est toute autre. Pendant de nombreuses années, leur destinée continuera d'être dictée de la / des capitale(s) occidentales.
4) LES ASSASSINATS de Prince Rwagasore, du Prince Kamatari, L'EXIL DU ROI, LE COUP D'ETAT, L'ASSASSINAT du Roi NTARE V n'ont été que des épisodes de la mise en scène.
5) la suite de l'histoire : les GUERES FRATRICIDES qui ont déchirés le tissu social, qui ont ébranlés le pays et l'ont mis sur les genoux.
6) aujourd'hui nous avons un pays dévasté par la GUERRE, LA FAIBLESSE INSTITUTIONNELLE et la PAUVRETE, qui a du mal à se relever
La chute de la monarchie s'est donc déroulée en plusieurs étapes, et n'a pas touché la seule monarchie. Elle a ébranlé la nation burundaise entière, car construite autour de cette monarchie. Le rôle de la Belgique en tant que nation colonisatrice est indéniable. La question que nous sommes en droit de nous poser est de savoir si le colonisateur visait la chute de la seule monarchie ou de la nation entière. Malheureusement, les burundais qui auront prêté main forte au colonisateur auront creusé leur propre tombe. Beaucoup auront perdu les leurs, leur biens voire leurs propres vies dans le processus.

LT : Peut-on dire aujourd'hui avec le recul qui s'impose qu'il ya eu une manipulation de la part des belges et une certaine volonté d'abattre la monarchie lors de l'indépendance accordée au Burundi?

PEK. : Sans l'ombre d'un doute ! Non seulement d'abattre la monarchie, mais à travers elle, d'abattre la nation burundaise. Car la même Belgique qui s'acharnait contre la monarchie burundaise, l'était elle même, et l'est toujours ! Elle a tout fait pour préserver ce qu'elle n'a pas permis au Burundi d'avoir : une stabilité politique et sociale à travers une monarchie dans laquelle toute la nation se retrouvait.

LT : En quoi les actions du Prince Rwagasore gênaient-elles les autorités Belges?

PEK. : Les autorités belges étaient gênées par un Prince royal qui défendait les intérêts de son peuple, et qui s'identifiait à ceux-ci. Elles étaient gênées par un Prince qui croyait réellement à l'indépendance de son pays, et qui ne se prêtait pas a la manipulation du colonisateur.

LT : Quelles sont les raisons exactes qui ont poussé les militaires renverser le régime du Mwami Mwambusta? On parle de règlement de comptes au sein la famille royale et de l'UPRONA ?

PEK.: Les raisons étaient tout simplement politiques. Les instigateurs du coup voulaient le pouvoir. C'est tout. Les règlements de compte existent dans toutes les entreprises humaines, familiales et politiques. Elles ne se terminent pas toutes par des assassinats ! Ici, l'engouement pour le pouvoir a dépassé toutes les autres considérations, et la fin a justifié les moyens en exploitant les différends qui existaient. Le fait qu'ils n'ont pas pu proposer et de mettre en place un projet de société viable, montre qu'ils n'avaient pas d'autres raisons que de satisfaire leurs ambitions politiques personnelles.

LT : Quels souvenirs gardez-vous de cette période trouble dont votre famille a beaucoup souffert notamment avec la disparition tragique de votre père, le Prince Kamatari ?

PEK : La disparition d'un parent est toujours très douloureuse pour n'importe quel enfant…

LT : Le Parti Royaliste Parlementaire fut l'un des premiers mouvements reconnus l'ouverture du multipartisme, obtint même des postes gouvernementaux sous la présidence de Pierre Buyoya. Mais aujourd'hui les royalistes du Burundi tout comme la famille royale sont divisés entre le Parti Monarchiste Parlementaire et Abahuza, voir ont rejoint d'autres partis politiques tel le CNDD-FDD.

PEK. : Malheureusement, les histoires de trahisons et de divisions ne sont pas nouvelles dans notre pays et sont liées aux personnalités impliquées. Elles illustrent simplement le manque de vision et d'intégrité des concernés, royalistes ou non, mais elles ne changent en rien la vérité !

LT : Votre faible score peut-il être considéré comme un échec? Les chances de restauration sont elles possibles au Burundi et si restauration il ya, la monarchie peut elle être un gage d'unité dans un pays qui a souffert dune terrible guerre civile ethnique?

PEK. : 1) Perdre une bataille ne veut pas dire perdre de la guerre. 2) Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est bien plus que la restauration de la monarchie ; il s'agit de la restauration et de la reconstruction de toute une nation. 3) La tache de restauration de la nation et du tissus social incombe a tous les burundais, toutes composantes éthiques et toutes classes sociales confondues. 4) Aux burundais de choisir le système de gouvernance qui leur permettra d'atteindre cet objectif. Apres tout, la monarchie n'a jamais ete une imposition aux burundais, mais un style de vie, un choix de société. C'est ainsi qu'ils ont pu vivre ensemble pendant plus de 300 ans !


Votre Altesse Royale, Madame la Conseillère Municipale, nous vous remercions pour ces réponses nos questions et votre aimable participation.

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