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Deux monarques pour un seul trône

Afrique du Sud

Goodwill Zwelithini entend restaurer la dignité de l’Empire défunt. Il est jeune et l’avenir lui est offert. Le pouvoir politique au sein de la majorité noire est vacant depuis l’emprisonnement des leaders de l’ANC en 1962. Le jeune Roi entend bien récupérer ce vide constant autour de sa personne. L’Inkhata est remis en place avec un nouveau leitmotiv. L’indépendance du Kwa Zoulou avec à sa tête un monarque constitutionnel. Temps moderne oblige !
En face du souverain, son cousin. Mangosuthu Gatsha Ashpenaz Nathan Buthelezi est né le 27 Août 1928 d’une mère, sœur de Solomon et d’un père, chef du clan royal Buthelezi. A ce titre, il peut se prévaloir de la succession royale. Il s’est déjà fait connaître pour ses activités militantes lorsqu’il était étudiant en manifestant contre le régime de ségrégation. Héritant du titre de son père en 1953, sa gestion de sa tribu attire l’attention du gouvernement afrikaner. A l’heure où le projet des bantoustans voit le jour, Buthelezi apparaît comme un joker pour les Afrikaners soucieux de réduire les pouvoirs grandissants de Goodwill. Le 9 Juin 1970, il est nommé Administrateur de la province du Zoulouland puis Premier Ministre du Bantoustan et ses 70 territoires morcelés de part et d’autres du Kwa Zoulou en 1976. Les négociations entre le leader de l’Inkhata et le gouvernement afrikaner avait été dur. Les boers n’étaient pas prêt à céder leurs fermes et Buthelezi à brader son ethnie. De facto avec cette autonomie, Buthelezi est le véritable maître de la province. Cependant, il ne défie pas le souverain légitime. Il s’en garde car il sait sa nomination contestée par les autres mouvements de libération. Fonctionnaire du gouvernement afrikaner, Buthelezi n’en garde pas moins ses convictions que ce régime ne devrait pas être au pouvoir en Afrique noire. Afin d’apaiser les tensions, il refuse l’indépendance proposée par le pouvoir de Pretoria tant que les leaders de l’ANC ne seront pas relâchés. Habile position ! Il rejette fermement le communisme basique de l’ANC tout en étant loyal à son souverain.
Son refus de prendre l’indépendance lui vaut les faveurs de l’ANC qui lui confie un certain leadership de facto. En 1975, il jette à son tour les bases de L’Inkhata Freedom Party (ou d’abord connu comme l’Inkatha Yenkululeko Yesizwe- la liberté de la nation jusqu’en 1990) et affiche tout de suite une politique de non violence. L’ANC le pousse à se joindre la lutte armée mais Buthelezi refuse. Les tensions entre les deux mouvements vont en s’accroissant (on interdira au souverain d’accorder des interviews sans l’accord et la présence de son Ministre de la Justice). Durant les années 80, Buthelezi était considéré comme un ennemi par l’ANC auquel il avait emprunté les couleurs sur le drapeau du bantoustan. En 1982, il démontra tout son talent politique en mettant le gouvernement sud-africain devant la juridiction suprême alors que ce dernier tentait de la stopper dans la cessation du Nord du bantoustan au Swaziland voisin.





D’ailleurs, des rumeurs au sein de l’ANC accusent le Premier Ministre du Kwa Zoulou de faire entraîner des milices armées par le gouvernement sud –africain. Et le Roi dans tout cela ? Ici aussi, le souverain n’apprécie pas l’omniprésence de son cousin dans les affaires internes du royaume. Ostensiblement, Goodwill se rapproche de l’ANC. Le fossé se creuse au sein de la famille royale. Déjà en 1979, le souverain avait tenté de créer un parti politique, l’Inala. Buthelezi avait menacé Goodwill Zwelithini d’utiliser ses pouvoirs juridiques contre lui ; le souverain avait retiré son projet de parti politique.
La libération de Nelson Mandela à l’aube des années 90 remet en question le leadership de Buthelezi. Le leader historique de l’ANC est désormais promis à son destin pour lequel il a été élevé parmi les membres de la famille Thembu de l’ethnie Xhosa.
L’histoire est un éternel recommencement. Les négociations pour la fin du régime d’apartheid devant aboutir aux premières élections multiraciales du pays s’ouvrent dès 1991. L’extrême –droite afrikaner tente de saboter les négociations. Mangosuthu a compris que l’heure n’est plus à la diplomatie. La famille Royale se divise. Le Roi des Zoulous se rapproche de l’ANC auquel adhère l’ancien régent, le Prince Mcwayizeni. Les tensions entre le Premier Ministre, chef de l’autonome bantoustan du Kwa Zoulou et Goodwill Zwelithini vont s’accroître. Déjà lors de la cérémonie annuelle pour la commémoration de Shaka Zoulou, le Roi fut évacué par hélicoptère grâce à l’intervention des troupes fédérales. Les partisans du Premier Ministre menaçaient ceux du Roi et le bantoustan frisait la guerre civile. Mangosuthu Buthelezi défendait âprement sa position de Chef légitime du Bantoustan tandis que son souverain combattait pour l’idée d’un royaume indépendant sous son autorité. Nelson Mandela proposa au Roi des Zoulous de lui conférer un statut de monarque constitutionnel, qu’il siège à la future assemblée nationale, une liste civile garantie, des gardes du corps personnels, ses droits et privilèges assurés. Cette proposition remettait largement en cause le futur de Buthelezi. Le Premier Ministre du Kwa Zoulou refusa de dissocier ses demandes de celle du souverain. Devant l’intransigeance de Buthelezi, il fut décidé que les élections se dérouleraient sans l’Inkhata.
Le Bantoustan devint dès lors sur l’année 1992-1993 le théâtre d’affrontements armés entre les deux camps (et qui fit des dizaines de milliers de morts), les soupçons de manipulation par l’extrême- droite restant très présente. D’ailleurs, le leader de l’Inkhata sembla confirmer cet état de fait en rejoignant le mouvement de l’Afrikaner Volksfront ( Front du Peuple Afrikaner), hostile aux négociations en cours et conduite par un ancien Chef des Armées Sud-Africaine. On parla même de financement occulte du parti zoulou par le gouvernement sud-africain qui en sous mains tentait de faire échouer les négociations en cours. Il est difficile de parler de conflit ethnique entre zoulous de l’IFP et Xhosas de l’ANC car d’un point de vue historique, jamais les deux ethnies furent en conflit. Le terme de guerre civile est plus approprié certainement.




La popularité dont jouissait Mangosuthu Buthelezi au sein du Kwa Zoulou le sauva d’une révolution interne comme cela se passa dans les autres bantoustans voisins qui mirent à bas leurs régimes collaborationnistes.
L’extrême- droite afrikaner échoua a faire annuler la mise en place d’élections multiraciales dont la date fut finalement fixée à fin avril 1994. Jusqu’au dernier moment (8 Avril 1994), Mangosuthu se refusa à faire enregistrer son parti pour ces élections historiques. Au-delà du conflit avec l’ANC, c’était aussi la rivalité entre le Premier Ministre et le Roi qui avait forcé le leader de l’Inkhata à refuser tout compromis. Finalement un accord qui confirmait le seul statut cérémonial du souverain Zoulou dans la prochaine constitution au détriment d’un réel pouvoir à l’instar des souverains du Swaziland et du Lesotho fut signé entre l’Inkhata et les autres partis. Mangosuthu venait de remporter une nouvelle manche dans le conflit qui l’opposait à son souverain. Il faut dire aussi que les fonctionnaires zoulous grondaient fortement. Qui paierait leurs salaires une fois la nouvelle Afrique du Sud en place après les élections, mais néanmoins officiellement en place depuis le 1er Janvier 1994 ?
Les élections d’Avril 1994 portèrent naturellement au pouvoir Nelson Mandela, l’ancien prisonnier de Robben Island et de Pollsmoor. L’Afrikaner Volksfront fut dissous devant la faiblesse de ses résultats aux élections, l’Inkhata Freedom Party montra sa force réelle avec 11% des voix et 43 sièges au Parlement, faisant du parti zoulou le troisième sur le plan national. Le nouveau gouvernement multiracial dessiné, Mangosuthu Buthelezi y trouva sa place comme Ministre de l’Intérieur et accessoirement comme Président par intérim (1998) lors des déplacements de Nelson Mandela à l’étranger.

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