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Tanzanie (Zanzibar)
De l'indépendance à la chute de la monarchie.
Le Sultan de Zanzibar devient totalement inféodé aux anglais, envoie ses enfants et notamment le Prince héritier faire ses études à Londres. Il meurt le 18 Juillet 1902. Le sultan est mort vive le sultan ! Ali Ben Hamoud son fils lui succède. Agé de 18 ans, le Prince est malade, très malade. Il aura un règne court. Il abdique le 9 Décembre 1911 et meurt le 20 Décembre 1918. Son cousin Khalifa II (né en 1879) lui succède. Mais le pouvoir échappe désormais aux sultans. Les anglais sont les véritables maîtres de l'île. Et peu importent que le reste de la colonie soit soucieuse de prendre son indépendance. Depuis 1913, ils nomment leurs propres gouverneurs dans l'île. Les Anglais restent donc insensibles aux revendications nationales de l'île ou du reste de la colonie. C'est à peine si ils ont ouvert le conseil législatif colonial aux africains en 1945.
Le 9 Octobre 1960, Khalifa II décède. Son fils Abdullah Ben Khalifa Al Saïd (né 1910) lui succède. L'omniprésence anglaise le dérange sans le déranger. Le dérange car il la prive de ses pouvoirs temporels. Ne la dérange pas car il lui assure une certaine sécurité militaire face aux mouvements continentaux des républicains dont celui d'un certain socialiste Julius Nyerere (1922- 1999). Mais les Britanniques sont soucieux d'ouvrir l'Afrique à la démocratie à l'heure où le Ghana obtient son indépendance. Réelle volonté de démocratie ou tentative de mieux contrôler le sultanat ? Quoiqu'il en soit, en 1957, l'Afro Shirazi Party et le Zanzibar National Party sont autorisés sur l'île. Déjà, les tensions raciales surgissent de part et d'autres de Zanzibar. Le premier parti a un électorat noir tandis que le second puise ses voix dans la population arabe. Diviser pour mieux régner dit l'adage.
Le Sultan Abdullah meurt le 1er Juillet 1963. Son fils Jamshid qui lui succède est né le 16 Septembre 1929. Il hérite d'une situation tendue. Un mois avant sa mort, Abdullah avait du accepter l'instauration d'un gouvernement autonome au sein des institutions royales. Les élections de 1961 avait vu la victoire du ZNP/ Zanzibar and Pemba People 's Party (ZPPP) avec 13 sièges face à l'Afro Shirazi Party (ASP) qui n'en obtient que 10. C'est l'émeute. Pis, Nyerere qui a été nommé Premier Ministre en Septembre 1960 du Tanganyika a réussi le tour de force de faire proclamer l'indépendance de la colonie le 9 Décembre 1961 et la République un an plus tard.
Devant la nouvelle République du Tanganyika se dresse le Sultanat de Zanzibar. Face à Nyerere se trouve le Sultan Jamshid. Le nouveau Président ne cache pas ses volontés de réunir l'île à la nouvelle République et de mettre fin à ce gouvernement moyenâgeux qui y règne.
Jamshid consulte ses protecteurs anglais. Les Britanniques sont formels. Si le Tanganyika a obtenu son indépendance, il n'est pas question pour autant que Zanzibar soit réuni à l'ancienne colonie. Le 10 Décembre 1963, les anglais acceptent que Zanzibar prennent son indépendance. Un camouflet pour Nyerere. Le temps va jouer pour lui.
A Zanzibar, le monarque absolu s'est mué de force en souverain constitutionnel. Il craint d'être renversé en ce début de Janvier 1964. Des informations lui parviennent alarmantes. Le leader de l'ASP, Sheikh Abeid Amani Karume (né en 1905) a pris des contacts avec Julius Nyerere. Il considère à tort ou à raison que sa victoire lui a été volée en 1961. Au sein de l'ASP, un certain John Gideon Okello. Okello est un passionné, un révolutionnaire au sens strict du terme. Il est né en 1937 en Ouganda et sa condition de jeune orphelin le pousse à faire de multiples travaux. Inculpé de meurtre au Kenya, il passera deux ans dans les geôles du Sultan et du pouvoir colonial. Son ressentiment à l'égard de la monarchie va grandir à l'ombre de sa cellule pour un crime qui n'a jamais clairement été élucidé. Mais néanmoins, son curriculum vitae de prisonnier fait de lui un martyr de l'absolutisme du sultanat de Zanzibar. En 1959, il s'installe dans l'île de Pemba où il devient … officier de police puis rejoint l'ASP. En 1963, il s'installe à Zanzibar, prend un travail de peintre et milite activement. Ses harangues anti monarchiques teintés de théologie sont connues de la place publique. Rapidement, une milice armée se forme autour de lui où il impose à tous ses membres de suivre des règles strictes de vie comme l'abstinence sexuelle, la non consommation d'alcool où de la viande rouge ….. Bref Okello intrigue les leaders de l'ASP comme il les passionne.
Karume se méfie tout de même de son camarade de parti. De plus, Okello annonce partout qu'il tient son pouvoir de Dieu et qu'il doit délivrer l'île du pouvoir royal et de l'oppression. Face à de telles déclarations, le Sultan Jamshid se sent bien seul. Les Anglais sont bien présents (il y'a 130 fonctionnaires anglais au sein du gouvernement Zanzibari) mais n'entendent plus se mêler des affaires internes de Zanzibar et d'ailleurs avaient refusé d'agréer à sa demande d'obtenir un bataillon permanent de soldats anglais sur l'île.
Dans la nuit du 12 Janvier 1964, vers 3 heures du matin, 600 à 800 personnes fondent sur la capitale de Zanzibar et s'en rendent maître très rapidement. La police qui n'a reçu aucun entraînement n'arrive pas à endiguer la rébellion qui s'empare des rues de la capitale les unes après les autres. Le Sultan réveillé brutalement par les tirs qui parsèment les rues de Zanzibar comprend qu'une révolution a éclaté. John Okello qui vient de se proclamer Maréchal de Zanzibar et Pemba ordonne au Sultan et sa famille (ses 7 enfants) ni plus ni moins de se suicider sinon il exécutera sa décision lui-même. Les Anglais ont déjà exfiltré le Sultan et sa famille pour l'emmener loin des troubles. Dans les bagages, il y'a aussi le Premier Ministre Sheikh Mohammed Shamte Hamadi (depuis le du 5 Juin 1961). Devant ce coup d'état et la prise de pouvoir par Okello, Karume a préféré se réfugier dans la future Tanzanie (futur ex-Tanganyika). Okello furieux de la fuite du Sultan ordonne le massacre des arabes. Durant 3 jours entre le 18 et le 20 Janvier, 5000 à 20000 arabes âgés de 18 à 25 ans seront tués selon les ordres formels du Maréchal Okello qui avait tenu également à ce que les personnes âgées, femmes enceintes et jeunes vierges soient épargnées. Le seul ministre (des Affaires Etrangères) arabe du gouvernement royal, Ali Mushin Al Barwani (1919-2006) réussi à s'enfuir en Tanzanie où il est arrêté (il sera relâche en 1974 et se réfugiera à Dubaï).
Le Sultan de Zanzibar appellera les forces anglaises présentes au Tanganyika à bien vouloir intervenir mais le Foreign Office se désolidariser de son ancien protectorat et ce malgré les craintes communistes que lui inspire cette révolution. Seuls quelques centaines de militaires furent officiellement envoyés à Zanzibar le 20 Janvier pour contenir une mutinerie d'un régiment du Tanganyika Rifles (connu sous le nom de colonial King's African Rifles) qui protestait contre la faiblesse de leurs salaires et le peu de remplacement d'officiers anglais pars des officiers africains. Le Commonwealth et les Etats-Unis ne reconnaîtront le régime qu'un mois plus tard.